[scald=108545:sdl_editor_representation]par Simon Gardner et Philip Pullella

SANTIAGO DE CUBA (Reuters) - Quatorze ans après son prédécesseur Jean Paul II, le pape Benoît XVI est arrivé lundi à Cuba, où il a appelé à l'édification d'une "société rénovée et ouverte" et pressé le régime communiste d'accorder plus de libertés à l'Eglise catholique pour qu'elle aide l'île dans cette époque de changement.

"Je vous implore de redonner de la vigueur à votre foi, de vous dire que vous vivez par et pour le Christ et, armés par la paix, le pardon et la compréhension, de vous évertuer à construire une société rénovée et ouverte, une société meilleure, plus digne d'humanité et qui reflète mieux la bonté de Dieu", a-t-il dit lors de la messe en plein air qu'il célébrait sur la place de la Révolution à Santiago de Cuba.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient présentes, dont le président Raul Castro, au premier rang.

Un incident s'est produit au début de la messe lorsqu'un homme a crié "A bas le communisme" avant d'être emmené par des agents de sécurité tandis que d'autres participants le huaient en scandant "Cuba, Cuba".

Le souverain pontife, qui venait du Mexique, avait atterri un peu plus tôt dans la journée à l'aéroport de Santiago de Cuba, la deuxième ville du pays, où Raul Castro l'a accueilli.

"LES ASPIRATIONS JUSTES ET LES DÉSIRS LÉGITIMES"

Dans une brève allocution, Benoît XVI a évoqué le souvenir de la visite de Jean Paul II en 1998, soulignant qu'elle avait laissé "une marque indélébile dans l'âme de tous les Cubains", qu'ils soient ou non croyants.

Cette visite pontificale, a-t-il ajouté, était comme un bol d'air qui a donné "une force nouvelle à l'Eglise de Cuba" et a marqué "une nouvelle phase" dans les relations entre l'Eglise et l'Etat "dans un esprit de coopération et de confiance, même dans les nombreux domaines où de plus grands progrès doivent être accomplis, particulièrement pour ce qui est de la contribution indispensable que la religion est appelée à apporter à la vie de la société".

Alors qu'il avait lancé vendredi une pique inattendue au régime de La Havane, évoquant devant la presse l'échec du système communiste sur l'île et la nécessité d'un nouveau modèle économique, il a été moins critique dans sa première allocution en terre cubaine.

Se livrant à une dénonciation voilée du capitalisme - il a imputé la crise économique "à l'ambition et à l'égoïsme de certains pouvoirs qui tiennent peu compte de l'intérêt véritable des individus et des familles" -, il a cependant dit "porter dans (son) coeur les aspirations justes et les désirs légitimes de tous les Cubains, quels qu'ils puissent être".

Il a également mis en exergue les "souffrances" des détenus et de leurs familles, une référence qui devrait être bien accueillie par les dissidents même si le pape n'a pas prévu de rencontrer les opposants cubains, précise l'Eglise.

Benoît XVI a aussi noté que "Cuba vivait un moment clef de son histoire" et, reprenant comme en écho les paroles prononcées par Jean Paul II il y a douze ans, a appelé Cuba "à s'ouvrir au monde" et "le monde à s'ouvrir à Cuba".

Dans son discours de bienvenue, Raul Castro a dénoncé lui les injustices qui découlent de la politique hostile des Etats-Unis à l'égard de Cuba, et a salué la "résistance opiniâtre" de l'île pour préserver son indépendance et "suivre sa propre voie".

Après avoir passé la nuit près du sanctuaire de la Vierge de la charité d'El Cobre, la sainte-patronne de l'île, Benoît XVI se rendra mardi à La Havane pour des entretiens plus formels avec le président cubain.

On ignore s'il rencontrera lors de son séjour Fidel Castro, frère aîné de Raul, ou le président vénézuélien Hugo Chavez, arrivé à Cuba durant le week-end pour suivre des séances de radiothérapie contre le cancer dont il souffre.

Il célébrera enfin une messe mercredi à La Havane.

"IL VA VOIR UN CUBA QUI N'EXISTE PAS"

Depuis le rétablissement de la liberté religieuse en 1991, et plus encore le voyage de Jean Paul II en 1998, l'Eglise catholique est redevenue l'institution la plus influente sur le terrain social, en dehors du gouvernement.

Raul Castro la sollicite régulièrement sur des questions liées aux prisonniers politiques ou à la sortie progressive d'une économie de type soviétique, ce qui passe par la suppression de nombreux postes dans la fonction publique.

Mais l'Etat et les évêques cubains s'affrontent encore sur l'accès aux médias ou l'enseignement, que l'Eglise considère comme des points fondamentaux pour le rôle qu'elle entend jouer comme force morale.

Les "Dames en blanc", organisation de la dissidence, ont demandé dimanche à être reçues ne serait-ce qu'une minute par le Saint-Père. "Nous voulons qu'il connaisse la réalité actuelle du peuple cubain", a dit Berta Soler, qui dirige ce groupe de femmes a été fondé en 2003 après la vague de répression qui a conduit à l'arrestation et à l'incarcération de 75 dissidents.

Mais les "Dames en blanc", dont plus de 70 membres ont été brièvement interpellées la semaine passée, ont indiqué que les autorités leur avaient clairement signifié que leur présence à la messe de Santiago n'était pas souhaitée.

"Ils vont présenter au pape une façade de la réalité, et pas le véritable Cuba", a dit Ana Celia Rodriguez, 42 ans, qui voulait tout de même tenter d'assister à cette messe. "Je n'attends pas grand chose de la visite du pape. Il va voir un Cuba qui n'existe pas", a-t-elle ajouté.

Eric Faye, Tangi Salaün, Guy Kerivel et Henri-Pierre André pour le service français

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