silvio berlusconi replonge l'italie dans la crise politique
silvio berlusconi replonge l'italie dans la crise politique © reuters

Silvio Berlusconi a provoqué la démission des ministres appartenant à sa formation, le Peuple de la liberté (PDL. Il accuse le président du Conseil Enrico Letta d'avoir trahi le "pacte de coalition" unissant le PDL et le Parti démocrate (centre gauche).

Le monde politique italien va une nouvelle fois entrer dans une phase de tractations pour chercher une nouvelle majorité parlementaire prête à soutenir un autre gouvernement afin d'éviter de renvoyer les électeurs devant les urnes, sept mois après les dernières législatives. A la tête depuis cinq mois d'un cabinet de coalition de centre droit et de centre gauche, Enrico Letta a éprouvé les pires difficultés à faire adopter les réformes nécessaires au pays pour mettre fin à deux ans de récession, une décennie de léthargie économique, une dette publique de 2 000 milliards d'euros et un taux de chômage des jeunes atteignant les 40%.

Cette nouvelle crise est le produit de la possible éviction de Berlusconi du Sénat à la suite de sa condamnation définitive, prononcée en août par la Cour de cassation, pour fraude fiscale dans l'affaire Mediaset. Une commission sénatoriale doit se réunir le 4 octobre pour se prononcer sur une éventuelledéchéance du "Cavaliere".

Le vice-président du Conseil et dirigeant de PDL Angelino Alfano a annoncé sa démission et celle des autres membres de PDL du gouvernement quelques minutes après que Silvio Berlusconi ait demandé leur départ tout en attaquant vivement le Premier ministre.

Letta vs Berlusconi

Il lui a notamment reproché d'avoir réclamé un vote de confiance au Parlement, qu'il qualifie d'ultimatum "inadmissible et inacceptable", et d'avoir gelé dans l'intervalle toutes les décisions du gouvernement. Silvio Berlusconi s'est exprimé dans un communiqué :

La décision prise par le Premier ministre Enrico Letta de geler les activités du gouvernement, et par conséquence de déclencher une hausse de la TVA, constitue une grave violation du pacte sur lequel ce gouvernement a été formé.

Vendredi, Enrico Letta, rentré précipitamment de New York pour affronter la crise politique, avait convoqué un conseil des ministres pour tenter d'obtenir des ministres PDL qu'ils entérinent des mesures budgétaires, au nombre desquelles un relèvement du taux de TVA de 21 à 22%. Cette hausse de la TVA, décidée par le gouvernement précédent, devait entrer en vigueur au 1er octobre, mais les ministres membres du PDL, qui a mené campagne contre le relèvelement de la TVA, ont maintenu leur opposition. Enrico Letta a immédiatement riposté en accusant Silvio Berlusconi d'avoir proféré "un énorme mensonge".

Pour justifier l'acte irresponsable et fou de ce jour, qui n'a pour but que de couvrir ses propres problèmes personnels, Berlusconi tente de tordre la réalité, en utilisant la TVA comme alibi. Chacun au parlement devra assumer la responsabilité de ses actes devant la nation.

Le chef du gouvernement pourrait renoncer à son projet initial d'un vote de confiance et soupeser d'abord le soutien dont il peut encore bénéficer au parlement.

Comment expliquer le soutien des anciens ministres du PDL à Berlusconi ?

Les explications vues d'Italie de Marie Duhamel

La crise du gouvernement italien
La crise du gouvernement italien © Radio France

Trouver au plus vite une nouvelle majorité

Le chef de l'Etat italien, Giorgio Napolitano, devait rencontrer dans la soirée le président du Conseil pour rechercher ensemble une majorité au parlement pour un nouveau gouvernement. Avant et après la démission des ministres PDL, Giorgio Napolitano a clairement fait savoir qu'il épuiserait toutes les possibilités avant de recourir en dernier ressort à l'arme de la dissolution et de rappeler les Italiens devant les urnes, sept mois après les dernières législatives :

Je cherche à voir s'il n'existe pas la possibilité d'une poursuite de l'actuelle législature. La dissolution, uniquement s'il n'y a pas d'autre possibilité.

Napolitano, sauveur de l'Italie ?

Les précisions de Marie Duhamel à Rome

giorgio napolitano accepte de rester président en italie
giorgio napolitano accepte de rester président en italie © reuters

La crise politique a relancé chez les investisseurs les questions concernant la capacité de l'Italie à adopter les réformes nécessaires pour mettre fin à deux ans de récession, une décennie de léthargie économique, une dette publique de 2 000 milliards d'euros et un taux de chômage des jeunes atteignant les 40%. Les marchés financiers ont déjà pris en compte l'instabilité politique, affirme le ministre de l'Economie Fabrizio Saccomanni dans un entretien publié dimanche.

Silvio Berlusconi a appelé de ses voeux dimanche la tenue d'élections "le plus vite possible. Nous les gagnerons", a-t-il assuré. Mais des voix dissidentes se font entendre dans son camp. Fabrizio Cicchitto, pourtant un fidèle de longue date du magnat des médias, a publiquement regretté que son mentor n'ait pas consulté la direction du PDL avant d'ordonner le départ des ministres. Deux ex-ministres PDL, Gaetano Quagliariello (Réformes constitutionnelles) et Beatrice Lorenzin (Santé) ont tous deux précisé dimanche qu'ils démissionnaient mais qu'ils n'adhéreraient pas à Forza Italia, la formation d'origine de Silvio Berlusconi que ce dernier souhaite relancer en remplacement du PDL. L'ex-ministre PDL des Infrastructures, Maurizio Lupi, a émis la crainte que Forza Italia (En Avant l'Italie) ne soit tenté par "l'extrémisme".

enrico letta de retour dans une italie au bord de la crise politique
enrico letta de retour dans une italie au bord de la crise politique © reuters

Ces déclarations confortent Napolitano et Letta dans leur conviction qu'une majorité est à rechercher au parlement pour former un nouveau gouvernement, qu'il soit dirigé par le Premier ministre sortant ou par une autre personnalité. Enrico Letta peut trouver facilement une majorité à l'Assemblée. Au Sénat, il peut rallier à lui des élus du PDL en rupture de ban avec Berlusconi, ainsi que des membres du mouvement contestataire Cinq-Etoiles de Beppe Grillo.

Berlusconi a senti le danger de désertions dans son camp, et souligné dimanche dans une nouvelle déclaration que le PDL était prêt à voter le budget 2014 qui sera présenté prochainement au parlement à condition que les mesures y figurant soient "réellement utiles à l'Italie".

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