À l’occasion ce mardi de son discours annuel à la nation, Alexandre Loukachenko, l'autoritaire chef d'État biélorusse, a de nouveau accusé le voisin Russie de tenter de déstabiliser son pays. À cinq jours de la présidentielle, l'opposition pourrait bien compliquer sa réélection.

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko a accusé Russie et opposition de vouloir orchestrer "un massacre" avant la présidentielle de dimanche.
Le président bélarusse Alexandre Loukachenko a accusé Russie et opposition de vouloir orchestrer "un massacre" avant la présidentielle de dimanche. © AFP / Maksim Gucheck / BelTA / Sputnik

À cinq jours du scrutin présidentiel, le président biélorusse a profité de son adresse annuelle à la nation pour se présenter comme le gardien de la souveraineté nationale. Pendant une heure et demie de discours, Alexandre Loukachenko a essayé de dramatiser la situation en évoquant une manœuvre conjointe de ses opposants à Minsk et du Kremlin pour organiser ce qu'il qualifie de "massacre" avant  les élections.

Et après l’arrestation très médiatique, la semaine dernière, d’une trentaine de ressortissants russes, présentés comme des paramilitaires infiltrés, Loukachenko a révélé cette fois la présence d’un autre détachement prêt à intervenir au sud de la Biélorussie : 

"Ils ont tout avoué. Nous savons tout. Aujourd’hui, nous avons des  informations selon lesquelles un autre détachement se trouve dans le sud du pays. Et pendant que nos paysans travaillent dans les champs, il y a  un détachement là-bas. Il faut les chercher et les attraper dans les  forêts !"

Le Kremlin sur la réserve

Alors qu’il est combattu comme jamais par une opposition qui ne cesse de  gagner des soutiens dans la population, le président biélorusse fait tout pour se présenter comme le seul capable de préserver la souveraineté de son pays. À l’ordre du jour donc, de nouveau, l’interventionnisme du Kremlin, qui a pour but de faire sortir Vladimir Poutine de sa réserve.

Mais, pour l’instant du moins, la stratégie de Loukachenko est perçue au mieux comme de la provocation, au pire comme un affront, estime Sergei Fedorov, chercheur à l’Institut européen de l’Académie des sciences à Moscou :

"Loukachenko a franchi les limites. Il lui sera impossible de revenir en arrière. Tôt ou tard, la Russie va devoir faire le constat qu’une nouvelle relation doit s’établir entre les deux États."

Le péril intérieur

Après 26 années de mandat, Loukachenko, à 65 ans, est aussi sous pression à l’intérieur du pays. Combattu comme jamais par une nouvelle opposition composée d’un trio féminin, mené par Svetlana Tikhanovskaya, 37 ans, inconnue du grand public il y a encore deux mois. Épouse d’un opposant emprisonné, elle accumule les soutiens dans la population.

Svetlana Tikhanovskaya, 37 ans, pourrait menacer l'autoritaire Loukachenko, 65 ans, aux commandes de la Biélorussie depuis un demi-siècle.
Svetlana Tikhanovskaya, 37 ans, pourrait menacer l'autoritaire Loukachenko, 65 ans, aux commandes de la Biélorussie depuis un demi-siècle. © AFP / Sergei Gapon

Associée à deux autres femmes proches d’autres opposants arrêtés ou en exil, elles ont toutes trois été aussi l’objet des attaques de Loukachenko dans son discours d’aujourd’hui. Le président biélorusse, que beaucoup accusent déjà de  vouloir manipuler le scrutin, n’a pas fait dans la demi-mesure, évoquant de "pauvres nanas qui ne comprennent pas ce qu’elles disent". "On ne dirige pas un pays en sortant de nulle part", a-t-il ajouté.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ne sera pas présente pour observer le vote, une première depuis 2001, faute d'avoir reçu une invitation officielle à temps. Les autorités biélorusses ont par ailleurs justifié un nombre réduit d'observateurs électoraux nationaux par l'épidémie de coronavirus.

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