En Algérie, il n’y a pas eu de «baignade républicaine» comme annoncé par certains médias. Mais il y a bien un groupe de femmes, qui se réunissent pour aller à la plage à Annaba.

 La plage d'Annaba en Algérie
La plage d'Annaba en Algérie © Leila Beiratto

Depuis le début de l'été, des Algériennes, se donnant rendez-vous sur la plage pour éviter d'y être importunées par des dragueurs grossiers ou des professeurs de morale, ont été érigées par certains médias en militantes luttant en bikini contre l'islamisme.

Le buzz est né d'un article d'un journal local d'Annaba, le Provincial, publié le 10 juillet et repris sur les réseaux sociaux puis dans les médias. Annoncée sur des réseaux sociaux, cette "baignade républicaine" - qui pourrait être un canular selon des médias algériens - était censée faire écho à de prétendues "opérations bikini" lancées en début d'été à Annaba (600 km d'Alger) pour, selon certains médias algériens, français, italiens ou britanniques, imposer par le nombre les bikinis sur les plages locales.

Le Provincial évoquait "un groupe de 2.876 femmes" qui "s'organise chaque semaine sur les réseaux sociaux pour protester de manière pacifique en se baignant en maillot de bain sur les plages de la ville", ce en réaction à une "campagne" islamiste sur internet appelant à photographier les femmes en maillot et les publier en ligne. Or si le groupe Facebook "Quelle plage à Annaba?" existe bien, il n'a pas été créé par militantisme probikini mais pour se rendre en groupe sur la plage afin de se protéger du harcèlement de certains hommes.

Un groupe que Leïla Beratto a rencontré pour France Inter sur la plage de Serraïdi. Sur la plage, les femmes en maillots de bain répètent qu’elles n’ont rien contre les femmes habillées différemment, qu’elles n’ont rien contre l’Islam. Et toutes regrettent que des médias français aient déformé leur message.

Le bikini n'est pas interdit sur les plages algériennes, où les femmes se baignent dans des tenues diverses - maillot une-pièce, deux-pièces, habillées ou en burkini.

Selon Yamina Rahou, sociologue au Centre algérien de recherche en Anthropologie sociale et culturelle (CRASC), la société algérienne est prise "entre le marteau des intégristes qui veulent une police des mœurs et des plages pour femmes, et l’enclume de la marchandisation du corps des femmes des Occidentaux qui veulent imposer une modernité débridée".

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