Depuis le coup d'État militaire du 1er février dernier, qui a renversé le gouvernement dans lequel officiait Aung San Suu Kyi, la Birmanie subit une vague de répression sanglante, et le pays bascule, jour après jour, dans le chaos : retour sur un mois de ce conflit, qui fait réagir les gouvernements du monde entier.

Manifestants face aux forces armées, Rangoun, 3 mars 2021
Manifestants face aux forces armées, Rangoun, 3 mars 2021 © AFP / STRINGER / ANADOLU AGENCY

Près de 1.700 personnes ont été arrêtées, inculpées ou condamnées en Birmanie depuis le 1er février dernier, et plus de 54 personnes tuées lors des manifestations, affirme l'ONU ce jeudi.

L'armée, qui contestait le résultat des élections de novembre remportées massivement par le parti d'Aung San Suu Kyi, avait alors renversé le gouvernement en place et soumis le pays à une nouvelle dictature militaire, promettant la tenue d'un nouveau scrutin sans pour autant donner de calendrier.

En réaction au coup d'État, la population a massivement manifesté pendant plusieurs semaines. Face à ces défilés, pacifiques dans un premier temps,  la réponse de l'armée a été de plus en plus violente : ce mercredi 3 mars a été la journée d'affrontements la plus meurtrière depuis le début de ce conflit, avec 38 manifestants tués selon l'ONU.

Retour sur ces cinq semaines d'escalade.

1er février 2021 : l'armée prend le pouvoir 

Dix ans après la sortie (déjà) d'un régime militaire d'un demi-siècle, nouveau coup d'État de l'armée qui arrête la cheffe de facto du gouvernement civil, Aung San Suu Kyi : l'état d'urgence est proclamé pour un an et les généraux s'empare des principaux postes du gouvernement.

Le putsch s'est fait sans effusion de sang, l'armée se contentant de bloquer les artères avec des soldats en armes et des véhicules blindés autour du parlement dans la capitale, Naypyidaw. À Rangoun, la capitale économique, les militaires se sont notamment emparés de l'hôtel de ville et ont fermé l'accès à l'aéroport international.

3 février : Aung San Suu Kyi inculpée

Aung San Suu Kyi, 75 ans, est inculpée, comme d'autres responsables de son parti, "pour avoir enfreint une loi sur les importations/exportations", tandis que les appels à la désobéissance civile se multiplient.

Un tribunal ordonne la "détention provisoire" de l'ex-dirigeante jusqu'au 15 février.

4 février : blocage des réseaux sociaux

Les généraux birmans ordonnent aux fournisseurs internet de bloquer l'accès à Facebook, outil essentiel de communication en Birmanie, tandis que les appels à résister au putsch se propageaient. Pas encore de manifestations, mais à Rangoun, à la tombée de la nuit, des habitants klaxonnent et tapent sur des seaux et des casseroles pour la troisième soirée consécutive, certains scandant : "Vive Mère Suu Kyi !"

5 février : premières manifestations dans les rues

Une première manifestation d'ampleur est organisée à Rangoun, avec dans ses rangs des professeurs et des étudiants. Les accès à Twitter sont réduits. En signe de contestation du putsch, des fonctionnaires cessent le travail dans plusieurs ministères et 300 députés ont organisent une session virtuelle pour dénoncer la prise de contrôle du parlement.

En réponse, l'armée multiplie les arrestations. Le lendemain, 6 février, des milliers de personnes, dont beaucoup de jeunes, défilent dans la capitale économique, près d'une des université, aux cris de "À bas la dictature militaire", et en arborant masques, foulards et bracelets rouges aux couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d'Aung San Suu Kyi.

7 février : le pape soutient les manifestants

Alors que la contestation prend de l'ampleur, avec des dizaines de milliers de manifestants dans les rues du pays, le pape François exprime sa "solidarité avec le peuple birman" et appelle l'armée à œuvrer en faveur d'une "coexistence démocratique". Il s'agit des plus grosses manifestations depuis la "Révolution de safran" de 2007, au cours de laquelle des dizaines de personnes avaient été tuées par les militaires.

L'ONU appelle à la libération des détenus, tandis que les États-Unis et l'Union européenne font planer la menace de sanctions. Les connexions Internet sont partiellement rétablies.

10 février : sanctions des États-Unis

Le président américain Joe Biden annonce des sanctions contre la junte militaire ("L'armée doit rendre le pouvoir", dit-il), alors que la loi martiale a été décrétée dans plusieurs villes de Birmanie, les généraux faisant planer pour la première fois la menace de représailles contre les manifestants. Ces derniers descendent par centaines de milliers dans les rues. Des moines en robe safran, des étudiants et des infirmières ont rejoint le mouvement, les arrestations par les militaires se poursuivent, les violences commencent à se multiplier et le Conseil des droits de l'homme de l'ONU demande une réunion d'urgence. 

11 février : première victime parmi les manifestants

Mya Thwate Thwate Khaing, 19 ans, reçoit une balle dans la tête lors d'une manifestation contre le putsch dans la capitale administrative, Naypyidaw. L'ONG Amnesty International appelle à l'ouverture d'une enquête indépendante. La jeune femme devient un emblème pour les manifestants et une banderole géante est déployée sur un pont de Rangoun, la capitale économique, la représentant inconsciente.

14 février : Internet coupé dans tout le pays

Alors que la pression internationale augmente sur les militaires, la junte libère près de 23 000 prisonniers, et les manifestations s'intensifient dans plusieurs villes. L'armée commence à tirer sur les manifestants, faisant plusieurs blessés, tandis qu'Internet est coupé dans quasiment tout le pays.

16 février : nouvelle inculpation pour Aung San Suu Kyi

L'ex-dirigeante birmane est à nouveau condamnée par les généraux pour avoir violé "la loi sur la gestion des catastrophes naturelles". L'ancienne cheffe du gouvernement civil est "en bonne santé", selon le nouveau gouvernement en place. Les jours suivants, la résistance s'organise dans la population : des hackers s'attaquent aux sites informatiques gouvernementaux, tandis que des automobilistes bloquent le trafic de Rangoun pour empêcher les militaires de se déployer.

21 février : funérailles de la première victime et rassemblements 

Les funérailles de Mya Thwate Thwate Khaing ont lieu dans la périphérie de la capitale Naypyidaw, en présence de plusieurs milliers de personnes. La mobilisation pro-démocratie ne faiblit pas avec des dizaines de milliers de personnes dans les rues . Deux jours plus tôt, deux manifestants ont été tués et une trentaine blessés à Mandalay, dans le centre de la Birmanie.

25 février : montée de tensions à Rangoun, condamnation de Londres

Des affrontements violents ont lieu, cette fois en plus au sein de la population, quand des partisans de la junte birmane armés de tuyaux et de lance-pierres affrontent des habitants de Rangoun. Facebook annonce la fermeture de tous les comptes restants liés à l'armée birmane, le Royaume-Uni annonce des sanctions contre la junte, et la Banque mondiale suspend toutes ses aides accordées à la Birmanie. Peu après, l'ambassadeur birman a l'ONU rompt publiquement avec la junte. Le bilan de la répression depuis le coup d'État s'élève alors à cinq morts et plus de 720 personnes arrêtées (selon l'Association d'aide aux prisonniers politiques).

1er mars : nouvelles inculpations pour Aung San Suu Kyi

Aung San Suu Kyi est inculpée pour deux nouvelles infractions, pour violation d'une loi sur les télécommunications et "incitation aux troubles publics", quatre au total depuis son arrestation. La journée de la veille a fait monter la violence d'un cran : 18 morts annoncés lors des actions de répression de l'armée. 

Mercredi 3 mars 2021 : journée la plus meurtrière du conflit

Ce jour-là, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles dans plusieurs villes pour disperser des rassemblements pro-démocratie, des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants couverts de sang et blessés par balles à la tête. Au moins 38 morts ont été décomptés, selon l'émissaire onusienne pour la Birmanie, la Suissesse Christine Schraner Burgener. Plus de 50 civils ont été tués et des dizaines blessés depuis le putsch. Parmi les victimes, quatre mineurs, dont un adolescent de 14 ans, d'après l'ONG Save the Children.

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Un bilan qui a vivement fait réagir la communauté internationale : Emmanuel Macron a exhorté à "l'arrêt immédiat de la répression" et le département d'État américain s'est dit "horrifié et révulsé", appelant la Chine à "utiliser son influence" auprès des généraux. En revanche, Pékin et Moscou, alliés traditionnels de l'armée birmane aux Nations unies, n'ont pas formellement condamné le coup d'État, considérant la crise comme "une affaire intérieure" au pays.

Jeudi 4 mars : la Birmanie enterre ses morts

Malgré la peur engendrée par les violences de la veille, des militants pro-démocratie sont descendus une nouvelle fois dans la rue. Une foule importante s'est rassemblée à Mandalay, deuxième ville du pays, pour les funérailles d'une jeune fille de 19 ans, décédée la veille; Kyal Sin est devenue à son tour un symbole dans le pays: une photo où on la voit, peu de temps avant d'être visée par un tir mortel, porter un t-shirt: "Tout ira bien", est devenue virale sur les réseaux sociaux. Le parti d'Aung San Suu Kyi a annoncé mettre les drapeaux en berne dans ses bureaux pour commémorer les morts.

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