bo xilai
bo xilai © Reuters

L'ancien dirigeant communiste chinois Bo Xilai a, dès l'ouverture de son procès jeudi, contesté une accusation de corruption retenue contre lui, et il est apparu en public pour la première fois depuis son arrestation au début 2012.

Cet ancien patron du Parti communiste de la mégapole de Chongqing doit répondre d'accusations de corruption et d'abus de pouvoir et sera très vraisemblablement reconnu coupable . Son rejet de l'une des accusations de corruption laisse cependant penser que le procès ne se déroulera pas sur du velours comme l'espéraient les autorités chinoises.

Le maître de la Chine, Xi Jinping, qui souhaite rééquilibrer l'économie de son pays, souhaite avoir ce procès derrière lui avec un minimum de bruit, afin de garantir la stabilité et l'unité du Parti communiste et de la société chinoise.

La chute de Bo, ancien membre du bureau politique du PC chinois, a creusé le fossé entre ses partisans, tenants d'un égalitarisme social d'inspiration maoïste, et les adeptes de la marche vers le capitaliste, suivie par la direction en place.

Dans le même temps, le procès de Bo est perçu comme un test pour les promesses de transparence et de lutte contre la corruption de Xi Jinping . Son procès, qui doit durer deux jours selon la chaîne de télévision CCTV, marque le point d'orgue du plus grand scandale politique en Chine depuis la chute de la "bande des quatre", dont la veuve de Mao, Jiang Qing, à la fin 1976. Le verdict devrait quant à lui tomber au début septembre, ajoute CCTV.

La mine sombre, Bo Xilai, âgé de 64 ans, est apparu en chemise blanche, encadré de deux policiers qui l'ont conduit dans le box des accusés, sans menottes.

Le tribunal de Jinan, capitale de la province de Shandong, qui est chargé de juger l'affaire, a indiqué sur son microblog que Bo Xilai, cinq membres de sa famille et 19 journalistes assistaient à l'audience. Une poignée de partisans de Bo s'étaient rassemblés devant le tribunal pour dénoncer une "persécution politique" de celui qui se présentait en héritier du maoïsme face aux réformistes, qui plaident pour une accélération de la modernisation de l'économie chinoise.

L'un des manifestants brandissait une pancarte sur laquelle était écrit: "L'expérience de Chongqing était bonne pour le pays et pour le peuple, le peuple veut la prospérité pour tous." Le rassemblement a été rapidement dispersé par la police

Bo Xilai est accusé entre autres d'avoir reçu 21,8 millions de yuans (2,67 millions d'euros) de pots-de-vin de la part de deux hommes d'affaires chinois à l'époque où il était maire du port de Dalian: Xu Ming, un homme d'affaires et ami intime, et Tang Xiaolin, a précisé le tribunal.

Les précisions de Joris Zilbermann à Pékin

Bo Xilai risque la peine de mort

Le sinologue Jean-Louis Domenach, auteur notamment chez Fayard de "Mao, sa cour et ses complots" était l'invité du journal de 13h.

Si Bo Xilai arrive à tenir tête, ça veut dire que la sécurité publique ne tient pas les tribunaux.

Bo Xilai a nié avoir reçu de l'argent de l'un d'eux, Tang Xiaolin , directeur général de la société d'import-export Dalian International Development, basée à Hong Kong. Le tribunal a par ailleurs confirmé jeudi que Bo Xilai était poursuivi pour abus de pouvoir pour avoir tenté de soustraire à la justice sa femme, Gu Kailai, condamnée l'an dernier pour son rôle dans le meurtre d'un homme d'affaires britannique, Neil Heywood, en novembre 2011.

L'ancien chef de la police de Chongqing, Wang Lijun, a lui aussi été incarcéré pour avoir tenté d'étouffer l'affaire. En février 2012, il s'était réfugié quelques jours au consulat américain de Chengdu, avant d'en sortir et d'être inculpé.

Quelques semaines plus tard, Bo Xilai était démis de ses fonctions de chef du PCC dans la région, puis écarté du bureau politique, avant d'être exclu du PCC. Il n'est pas réapparu en public jusqu'à l'ouverture de son procès et ne s'est jamais expliqué publiquement sur l'affaire.

Avant sa chute,l'ancien cadre du PCC était considéré comme l'une des principales figures des "princes rouges" , la nouvelle génération de descendants de l'élite du PCC, en raison d'un discours et de mesures populistes qui tranchaient avec la rhétorique prudente des courants qui domine au sein parti.

Bo Xilai était à la fois craint par les réformistes pour ses références fréquentes à Mao Zedong, et admiré par une partie de l'aile gauche du PCC pour ses déclarations en faveur du rôle de l'Etat dans la réduction des inégalités, ainsi que ses campagnes de lutte contre le crime organisé. Bo Xilai risque la peine de mort , même si celle-ci est généralement commuée en prison à vie dans les cas de délits financiers.

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