Le procès de Bo Xilai se poursuit à Jinan, en Chine. C'est un procès politique pour lequel le régime communiste a organisé une mise en scène judiciaire. Une petite foule de supporters de Bo Xilai manifeste devant le tribunal.

Les précisions de Joris Zylberman

Le déroulement du procès

Bo Xilai a rejeté un témoignage à charge de son épouse qu'il a qualifiée de "folle", vendredi au deuxième jour de son procès pour corruption et abus de pouvoir. Dans une vidéo postée par le tribunal de Jinan sur une plateforme de microblogging, Gu Kailai contredit la défense mise en place la veille par l'ex-premier secrétaire du Parti communiste dans la ville de Chongqing. Elle déclare qu'il savait qu'un homme d'affaires, Xu Ming, avait financé une villa sur la Côte d'Azur pour le couple. Bo Xilai a répondu :

Gu Kailai a changé. Elle est folle, elle dit souvent des mensonges. Son témoignage, de mon point de vue, a été donné sous pression psychologique, dans l'espoir d'obtenir une réduction de peine.

Gu Kailai a été condamnée l'an dernier à la peine capitale , avec sursis à exécution, pour l'assassinat de l'homme d'affaires britannique Neil Heywood, un ami du couple, en novembre 2011. Ce meurtre a déclenché le plus gros scandale politique en Chine depuis la mise à l'écart de la "Bande des Quatre" dans les années 1970.

La semaine dernière, deux sources proches du dossier avaient délaré que Gu pourrait témoigner contre son mari si elle obtenait des autorités la garantie que son fils, Bo Guagua, serait protégé. Dans la vidéo, interrogée par un fonctionnaire du ministère public, elle se met à rire lorsqu'on lui demande si elle a été forcée à fournir son témoignage. L'homme d'affaires Xu Ming, un ancien proche de la famille Bo, est lui aussi incarcéré et il a témoigné jeudi contre Bo Xilai.

L'ancien chef du PCC à Chongqing est accusé d'avoir illégalement touché 27 millions de yuans (3,3 millions d'euros), dont 21,8 millions de la part de Xu et d'un autre homme d'affaires nommé Tang Xiaolin.

Arrogance et mensonge selon les médias chinois

A l'ouverture de son procès devant un tribunal de Jinan, jeudi, Bo Xilai a contesté une des accusations de corruption retenues contre lui et dénoncé les pressions psychologiques qu'il dit avoir subies pendant son interrogatoire.

Il a aussi raillé certains des témoignages déposés contre lui, douchant les espoirs de procès sans vague des autorités de Pékin. Les médias officiels chinois tirent à boulets rouges vendredi sur l'"arrogance" et les "mensonges" de l'accusé , qui est passible de la peine de mort mais risque plus vraisemblablement la peine capitale avec sursis, qui équivaut à une réclusion à perpétuité, ou vingt ans d'emprisonnement.

Cette attitude vis-à-vis des témoins est "gonflée d'arrogance", écrit le Quotidien de Guangming, un journal contrôlé par le Parti communiste qui juge Bo Xilai "sournois, autoritaire et fourbe". Le journal ajoute :

Par le passé, Bo Xilai utilisait le mensonge pour bâtir ses rêves cupides, aujourd'hui au tribunal, il continue de nier sa culpabilité.

Pour le Quotidien du Peuple, la défense de Bo Xilai n'est rien de plus que des "tergiversations futiles". "Les preuves sont irréfutables", ajoute l'organe du PCC. "Bien sûr, Bo Xilai a le droit de se défendre lui-même (...) mais il manque de sincérité, et ses excuses seront tournées en ridicule."

Les journalistes étrangers n'ont pas accès à la salle d'audience mais le tribunal intermédiaire de Jinan, une ville située à environ 300 km au sud de Pékin, diffuse des informations sur le déroulement du procès via un microblog très consulté, puisqu'il a été suivi par 390 000 internautes jeudi.

Bo Xilai
Bo Xilai © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.