Des milliers de manifestants, nés en France ou de l'autre côté de la Méditerranée, se sont rassemblés dimanche à Paris et Marseille contre un cinquième mandat du président algérien Abdelaziz Bouteflika. À Paris, ils étaient entre 6 000 et 10 000 place de la République.

Ils étaient 6 000 à manifester dimanche place de la République, en écho aux manifestations monstre qui se déroulent en Algérie
Ils étaient 6 000 à manifester dimanche place de la République, en écho aux manifestations monstre qui se déroulent en Algérie © Radio France / Sébastien Sabiron

De ce coté-ci de la Méditerranée, ils ont décidé, eux aussi, de descendre dans la rue pour protester contre le maintien à la tête de l'Algérie d'un président de 82 ans, au pouvoir depuis vingt ans et affaibli par les séquelles d'un AVC. Une jeunesse très mobilisée en Algérie comme à Paris. 

Nous avons dialogué avec certains d'entre eux, qui manifestaient ce dimanche après-midi place de la République

Haider repartira en Algérie après ses études de médecine
Haider repartira en Algérie après ses études de médecine © Radio France / Sébastien Sabiron

Haider est étudiant en Médecine à Clermont-Ferrand. Enveloppé dans son drapeau algérien, il a fait le voyage jusqu'à Paris pour dire avec les autres que tout doit changer dans son pays. "Quand j'aurais mon diplôme je partirai en Algérie, c'est clair. Mais je veux que l'espoir revienne. En Algérie la jeunesse est sortie pour crier qu'on veut de l'espoir, parce qu'en 20 ans de pouvoir, Bouteflika n'a pas fait un changement concret dans l'économie du pays."

Une génération instruite, consciente, qui n'a pas ou peu connu la décennie noire du terrorisme en Algérie et qui aspire à réinvestir le pays.
Inès a 24 ans, un masque d'Abdelaziz Bouteflika sur le visage. Elle est chargée de projet : "C'est un peuple, une jeunesse qui retrouve sa dignité. C'est une jeunesse qui a été asphyxiée pendant hyper longtemps. La majorité des personnes qui sont ici rêvent de pouvoir revenir en Algérie et d'y construire quelque chose, mais le système est gangrené et on doit se libérer de ce système là. On veut pouvoir rentrer et construire notre pays."

Inès est derrière l'un de ces masques de ces politiques que les Algériens ne veulent plus voir à la tête du pays
Inès est derrière l'un de ces masques de ces politiques que les Algériens ne veulent plus voir à la tête du pays © Radio France / Sébastien Sabiron

Le rêve, la volonté, le projet de revenir au pays est partagé par beaucoup. C’est le cas de Karim, 39 ans, en France depuis 7 ans : "C'est la première fois que je vois des manifestations positives et un seul but commun : il faut qu'ils dégagent  Bouteflika, son frère et les autres. Il y a beaucoup de gens ici qui sont en situation irrégulière, y en a des milliers. Si le pouvoir en Algérie change, on redescend au bled parce que nous on n'a rien à faire ici. Ici ce n'est pas le paradis, ce n'est pas la Tour Eiffel qui nous a amenés ici."

En Algérie aujourd'hui y a trop trop de barrières, explique Ouafia qui est venue en France pour ses études supérieures. "On veut pouvoir rentrer et construire notre pays. Mais administrativement c'est compliqué. Si vous avez un peu d'ambition, on vous freine. Vous ne pouvez pas rentrer naïvement en Algérie avec un projet et vous dire que vous aurez toutes les possibilités de le réaliser. Ce n'est pas vrai. Il y aura toujours une barrière. Vous allez toujours être éclaboussé par la corruption. Moi je ne veux pas de ça, je veux rentrer et construire quelques chose de sain, dans un pays sain. "

Dounia, a 23 ans, elle est étudiante en journalisme à Paris. Elle a quitté l'Algérie pour faire des études et parce que c'est très difficile de faire du journalisme en Algérie, explique-t-elle, compte tenu de la censure : "Moi j'ai 23 ans et je n'ai connu que ce président-là. Je pense que c'est déjà une victoire parce que le peuple algérien se réveille et c'est beau de voir ça, de les voir prendre leur destin en main. Parce qu'à un moment, il faut savoir dire stop !"

Au delà du 5e mandat de Bouteflika, c'est tout le système qui gravite autour du pouvoir qui est remis en cause
Au delà du 5e mandat de Bouteflika, c'est tout le système qui gravite autour du pouvoir qui est remis en cause © Radio France / Sébastien Sabiron

Youcef, a 26 ans, un master, il est en France depuis trois ans. Il fait partie d'une association de jeunes algériens en France, qui, explique-t-il, représente la jeunesse algérienne qui veut que tout change. "Pas seulement Bouteflika mais aussi tout le système qu'il représente. Il faut savoir que le peuple algérien est passé par une décennie noire qui a laissé de grosses séquelles, qui ont fait que le peuple algérien avait peur de sortir, avait peur de se retrouver, mais à présent c'est fini. Il y a des gens qui disent : 'j'ai 30 ans, j'ai vécu 10 ans de terrorisme, 20 ans de Bouteflika, il y en a marre, il faut que ça s'arrête.' La jeunesse algérienne représente 75% de la population mais on est gouvernés par le 5% qui a plus de 80 ans : Bouteflika a 82 ans, le président du Sénat qui est le deuxième personnage de l'État a 81 ans."

Tous dénoncent la corruption, la mainmise de quelques un sur le pouvoir. Seule solution possible à cette impasse : manifester jusqu'à ce que le pouvoir cède. "Ce n'est pas un parti ou une association qui se bat, c'est le peuple dans tout le pays. On gagnera en restant unis et pacifistes", dit Youssef.

Et même si les élections ont lieu, la force des manifestation laissera des traces explique Walid : "Tous les votes en Algérie son truqués, y comprit le Parlement y compris les mairies. Ce qu'on veut, en fait, c'est un symbole. On veut leur compliquer la vie parce je pense qu'aujourd'hui le bourrage des urnes sera un peu plus compliqué qu'avant, depuis qu'ils ont vu la mobilisation des Algériens."

Place de la République les manifestants scandaient "Dégage, dégage" et "Pouvoir assassin". Dans une foule on lisait des pancartes "Non au mandat de la honte" ou "Le peuple veut changer de régime".
Place de la République les manifestants scandaient "Dégage, dégage" et "Pouvoir assassin". Dans une foule on lisait des pancartes "Non au mandat de la honte" ou "Le peuple veut changer de régime". © Radio France / Sébastien Sabiron
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