Confronté depuis deux semaines à une contestation inédite en 20 ans de pouvoir, Abdelaziz Bouteflika renonce à se présenter pour un 5e mandat et reporte les élections. Que retiendra l'Histoire de cet homme et de son rôle politique en Algérie ? Réponse en 10 dates.

En 1963, Abdelaziz Bouteflika, (au centre) était déjà ministre des Affaires étrangères du président de l'époque, Ahmed Ben Bella (à gauche).
En 1963, Abdelaziz Bouteflika, (au centre) était déjà ministre des Affaires étrangères du président de l'époque, Ahmed Ben Bella (à gauche). © AFP / afp

En 1962, il était élu député, puis nommé ministre. En 2019, Abdelaziz Bouteflika, à 82 ans, brigue un cinquième mandat de président après des décennies de mandats politiques divers et variés, et alors que les Algériens manifestent, chaque jour plus nombreux, pour mettre un terme à ce qu'ils considèrent pour beaucoup d'entre eux comme une confiscation du pouvoir.

Pendant longtemps pourtant, "Boutef", comme on le surnomme en Algérie, a été considéré comme le sauveur du pays, celui qui a sorti l'Algérie du chaos. Taux de chômage élevé, problèmes récurrents de pouvoir d'achat et d'inflation, corruption endémique.... Aujourd'hui, presque plus personne, au sein de la population algérienne, ne soutient celui qui est maintenant considéré comme un frein. 

Retour sur une carrière politique en 10 dates

1956, Abdelaziz Bouteflika rejoint le maquis, à 19 ans, en 1956 au sein de l'ALN (armée de libération nationale). C'est lors de son engagement pour l'indépendance du pays qu'il rencontrera en 1958 Houari Boumedienne, futur président de l’Algérie indépendante dont il devient le secrétaire particulier. Jeune surdoué de la politique, Bouteflika devient député de Tlemcen en 1962, puis ministre de la Jeunesse et des Sports. Boumedienne fera de "Little big man" (autre surnom de Bouteflika) son ministre des Affaires étrangères en 1965. Il sera le chef de la diplomatie algérienne pendant 13 ans.

1974, il est élu président de l’assemblée générale des Nations Unies. Ce titre honorifique est un grand moment de gloire pour ce pur produit du FLN qui veut défendre, dans le cadre onusien, la ligne indépendantiste et tiers-mondiste prônée par Boumedienne à l'époque. 

1978, mort de son ami et "protecteur" le président Houari Boumedienne, et début de sa longue traversée du désert.  

1981, c'est l'exil. Il quitte l'Algérie et parcourt le monde comme consultant international. 

1987, il revient en Algérie et va peu à peu réintégrer la vie politique algérienne. 

1992, l'histoire de son retour au pouvoir commence réellement en janvier. Les élections remportées par le Front islamique du Salut (FIS) sont annulées. Le parti est dissous et ses dirigeants arrêtés. S’ouvre alors un épisode douloureux et dramatique pour l’Algérie : les années noires, au cours desquelles plus de 200 000 Algériens seront tués.

1994, pendant la guerre civile algérienne, au cours de laquelle les islamistes procèdent à des massacres dans toutes les régions algériennes, le pays est à feu et à sang. Les généraux algériens poussent Bouteflika à se présenter à la présidentielle, mais Bouteflika refuse... dans un premier temps. 

1998, le président Zéroual démissionne. Cette fois, Abdelaziz Bouteflika, à nouveau pressé par les militaires, saisit sa chance lors de la présidentielle anticipée. Le régime, les généraux, les dirigeants du FLN, soutiennent le "candidat du consensus". Il sera élu le 15 avril 1999, avec plus de 73% des suffrages.

Dès son arrivée au pouvoir, il lance sa grande mesure : la loi pour la "concorde civile", promulguée à l’été 1999, texte qui accorde l’amnistie aux islamistes armés.

Les Algériens commencent à retrouver un peu de stabilité. Mais la très violente répression des Amazighs durant le "Printemps noir" en Kabylie, d’avril à juin 2001, ternit l'image du nouveau chef de l’État.

2011, les révolutions arabes ne passeront pas par l'Algérie. Pierre Haski explique pourquoi sur France Inter, dans sa chronique Géopolitique : "Depuis bientôt deux décennies, toute contestation politique se heurte à cette peur de voir revenir la période noire qu’a vécu l’Algérie dans les années 90, et qui a fait environ 200 000 morts. Ce chantage à la division et à la violence était bien présent en 2011, lorsque la révolution tunisienne a mis en branle les autres sociétés arabes. Sauf en Algérie, où le souvenir des années de plomb était encore trop frais. Par la suite, le contre-exemple des guerres de Libye ou de Syrie était mis en avant pour décourager toute contestation...."

2013, le président algérien est victime d'un AVC. Autour de cet accident circulent les rumeurs les plus inquiétantes. Pendant plusieurs mois, les Algériens n'auront aucune information fiable sur l'état de santé de leur dirigeant. La campagne présidentielle de 2014 se déroule sans qu'Abdelaziz Bouteflika ne fasse la moindre apparition publique lors d'un meeting électoral. Il apparaît finalement le jour de l'élection dans un bureau de vote, assis dans un fauteuil roulant, affaibli. Il sort de l'isoloir et reste quelques instants face aux caméras, les yeux hagards. 

2014, Abdelaziz Bouteflika remporte l'élection présidentielle avec plus de 80% des voix. Il entame donc un quatrième mandat dans un état de faiblesse tel que, pour beaucoup d'observateurs, il n'est plus en mesure de diriger le pays.

2019, cet état de faiblesse n'empêche Bouteflika d'annoncer le 10 février qu'il briguera un 5e mandat lors de la présidentielle du 18 avril.  "Bien sûr, je n'ai plus les mêmes forces physiques qu'avant (...)". "Mais la volonté inébranlable de servir la patrie ne m'a jamais quitté et elle me permet de transcender les contraintes liées aux ennuis de santé (...)", écrit-il.

24 février, le président algérien part pour la Suisse. Il est hospitalisé à Genève pour "des examens".

Le 3 mars, malgré une succession de manifestations d'une ampleur jamais vue, l'agence officielle APS annonce que le dossier de candidature de Bouteflika a été déposé par son directeur de campagne. 

Dimanche 10 mars, le président Bouteflika regagne l'Algérie, alors que les Algérien sont à nouveau dans la rue et que deux jours avant, une marée humaine a envahi pacifiquement les rues d'Alger et des grandes villes d'Algérie pour le troisième vendredi consécutif.

Lundi 11 mars, de nouvelles manifestations ont lieu en Algérie mais cette fois c’est pour fêter l'annonce d'Abdelaziz Bouteflika, qui renoncer à briguer un 5e mandat et reporte sine die de la présidentielle prévue le 18 avril.  Dans un message à la nation publié par l'agence officielle APS, le président précise que la présidentielle aura lieu "dans le prolongement" d'une conférence nationale" chargée de réformer le système politique et d'élaborer un projet de Constitution d'ici fin 2019.  

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