vladimir poutine signe le traité intégrant la crimée à la fédération de russie
vladimir poutine signe le traité intégrant la crimée à la fédération de russie © reuters

Vladimir Poutine a qualifié ce mardi la Crimée de partie intégrante de la Russie et accusé l'Occident de recourir à une logique de Guerre froide en cherchant à empêcher le rattachement de cette péninsule ukrainienne à la Russie. La communauté internationale proteste.

Dans un discours aux accents patriotiques marqués, régulièrement interrompu par des applaudissements nourris, le président russe a assuré devant les deux chambres du Parlement que la Russie ne souhaitait pas prendre d'autres régions à l'Ukraine.

Au son de l'hymne national russe, il a ensuite paraphé avec les dirigeants criméens un traité intégrant la Crimée à la Russie. Le texte doit encore être ratifié par le Parlement.

Rappelant que "l'impossible s'est produit" avec la dislocation de l'URSS et la séparation de l'Ukraine et de la Russie au début des années 1990, Vladimir Poutine a déclaré :

Lorsque la Crimée est soudainement devenue une partie d'un autre pays, c'est alors que la Russie a éprouvé le sentiment que non seulement quelque chose lui avait été volé mais qu'elle avait été dévalisée.

"La question (de Crimée) est d'une importance vitale, historique, pour nous tous", a poursuivi Vladimir Poutine lors de ce discours au Kremlin devant les deux chambres du parlement russe, des ministres, des hommes d'affaires et les dirigeants criméens", a-t-il ajouté dans ce discours de 47 minutes, qui, outre les fréquents applaudissements, a arraché des larmes à certaines femmes dans l'auditoire :

Dans les coeurs et les esprits, la Crimée a toujours été et restera une partie indissociable de la Russie. Cet engagement, basé sur la vérité et la justice, est ferme et s'est transmis de génération en génération.

Le rattachement de la Crimée à la Russie a été fêté ce mardi soir sur la place Rouge, dans le centre de Moscou. Reportage sur place de Marc Crépin.

Près de 30.000 personnes étaient réunies à l'appel du parti majoritaire "Russie unie".

Violences et un premier mort

Hier, un militaire ukrainien d’une base de Simferopol a été tué lors d’une fusillade, premier mort depuis le début de la crise en Crimée. Des hommes armés ont pénétré dans cette unité, située dans les faubourgs de la ville et ont fait feu. Le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, évoque un « crime de guerre ».

Selon lui:

On est passé d’un conflit politique avec la Russie à un conflit militaire.

Mais les forces ukrainiennes sont largement inférieures en nombre et en armement à l'armée russe et hormis de petits détachements de camions militaires et quelques véhicules blindés aperçus dans la région ces derniers jours, aucun mouvement de troupes massif n'a été constaté.

Les Occidentaux ont "dépassé les bornes"

Les électeurs de Crimée ont voté à près de 97% dimanche en faveur d'un rattachement à la Russie, ce qui a été rejeté par l'Ukraine et a amené les Etats-Unis et l'Union européenne à adopter des sanctions contre des responsables russes et ukrainiens.

Qualifiant cette péninsule de la mer Noire de lieu saint pour la Russie, Vladimir Poutine a en revanche assuré que Moscou ne chercherait pas à s'emparer d'autres territoires d'Ukraine, dont la partie orientale est peuplée en grande partie de russophones.

la crimée va adopter le rouble
la crimée va adopter le rouble © reuters

"Ne croyez pas ceux qui cherchent à vous effrayer avec la Russie et qui hurlent que d'autres régions vont suivre l'exemple de la Crimée", a-t-il dit. "Nous ne souhaitons pas une partition de l'Ukraine, nous n'en avons pas besoin."

Le président russe s'en est pris vivement aux pays occidentaux, qui ont selon lui "dépassé les bornes" et agi de manière "irresponsable" concernant l'Ukraine, où ils ont soutenu le mouvement de contestation ayant abouti à la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, le 22 février dernier :

Nos partenaires occidentaux, emmenés par les Etats-Unis, préfèrent ne pas se laisser guider par le droit international dans leurs politiques concrètes mais par la loi du canon.

Il a en revanche salué la Chine pour son soutien. Vladimir Poutine a enfin livré une charge féroce contre les "prétendues" nouvelles autorités ukrainiennes, accusées d'ouvrir la voie aux "néo-nazis".

La communauté internationale vent debout

Les réactions se multiplient après la signature par Vladimir Poutine du traité intégrant la république autonome ukrainienne de Crimée à la Fédération russe. Florilège.

François Hollande, président français :

Je condamne cette décision. La France ne reconnaît ni les résultats du référendum tenu en Crimée le 16 mars dernier, ni le rattachement de cette région d'Ukraine à la Russie.

William Hague, secrétaire britannique au Foreign Office :

Il est regrettable d'avoir entendu le président Poutine choisir aujourd'hui la voie de l'isolement, privant les citoyens de son propre pays, et de la Crimée, d'un partenariat avec la communauté internationale et du statut de membre à part entière d'un certain nombre d'organisations internationales.

Donald Tusk, premier ministre polonais :

L'annexion de la Crimée par la Russie ne peut pas être acceptée par la communauté internationale, Pologne comprise. Cela change d'un seul coup les frontières (de l'Ukraine) et la situation géopolitique dans cette région du monde.

Joe Biden, vice-président des Etats-Unis, en visite en Pologne :

La Russie a avancé divers arguments pour justifier ce qui n'est rien de plus qu'un vol de territoire (...) Mais le monde a percé à jour les initiatives russes et en a rejeté la logique faussée.

David Cameron, premier ministre britannique :

Les démarches effectuées aujourd'hui par le président Poutine pour annexer la Crimée à la Russie sont une violation flagrante du droit international et envoient un message glacial à travers le continent européen.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.