Les candidats à l'élection présidentielle brésilienne avaient jusqu'au mercredi 15 août pour déposer leur candidature officielle auprès du Tribunal Supérieur Électoral. Tour d'horizon des différentes personnalités qui briguent le poste de la présidence.

Les huit candidats brésiliens en lice pour la présidence se sont affrontés lors d'un débat télévisé le jeudi 9 août, à Sao Paulo, au Brésil.
Les huit candidats brésiliens en lice pour la présidence se sont affrontés lors d'un débat télévisé le jeudi 9 août, à Sao Paulo, au Brésil. © AFP / NELSON ALMEIDA

Les hostilités sont lancées. Les treize candidats en lice pour l'élection présidentielle brésilienne entament officiellement à partir de mercredi 15 août, date de clôture du dépôt des candidatures, leur campagne électorale. Mais l'affrontement a déjà commencé depuis longtemps avec, comme point d'orgue, le débat télévisé qui s'est tenu jeudi 9 août. Huit candidats y ont participé. Quatre en ont été exclus car considérés comme insuffisamment représentatifs. Quant au cinquième candidat, le grand absent de ce débat, il s'agit de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, en prison depuis le mois d'avril. Lula a été condamné à douze ans d'emprisonnement pour corruption et blanchiment d'argent.

Pourtant son parti - le Parti des travailleurs (PT) - l'a officiellement désigné samedi 4 août comme son candidat dans la course à la présidentielle. Mais pour le moment rien n'assure que Lula puisse participer à cette élection. En effet, deux instances pourraient l'en empêcher. Tout d'abord le Tribunal Supérieur Électoral qui devrait rendre sa décision mercredi 15 août. Et puis évidemment la justice qui doit encore examiner des recours dans cette affaire. 

Quoi qu'il en soit son inéligibilité est très probable en vertu de la loi brésilienne "casier propre" qui rend inéligible toute personne condamnée en deuxième instance, ce qui se trouve être le cas de Lula.           

En prévision de cela, l'ex-président a désigné comme colistier l'ancien maire de Sao Paulo, Fernando Haddad. Ce dernier a également été ministre de l'Éducation dans les gouvernements de Lula et de Dilma Rousseff. Fernando Haddad devra se charger de représenter Lula lors des débats et tout au long de la campagne électorale. 

De cette manière, Lula reste dans le jeu et espère transférer son capital électoral à l'ancien maire de Sao Paulo. "Haddad joue ce rôle de candidat à la vice-présidence pour le moment, pour être la voix de Lula durant la campagne", a affirmé la présidente du PT, Gleisi Hoffmann, dans un entretien au journal O Estadao de S.Paulo. Selon un sondage réalisé par DataPoder360, en juillet, 44 % des électeurs connaissent Fernando Haddad et 33 % n'en ont jamais entendu parler.

Quatre autres candidats potentiellement présidentiables 

Jusqu'à présent Lula demeure parmi les favoris avec 30 % d'intentions de vote selon plusieurs observateurs. Mais sa situation rend l'issue de cette élection plus qu'incertaine, d'autant que d'autres candidats se détachent. 

Jair Bolsonaro

Jair Bolsonaro s'exprime, le 9 août, lors du premier débat télévisé organisé avant l'élection présidentielle brésilienne qui se tiendra les 7 et 28 octobre.
Jair Bolsonaro s'exprime, le 9 août, lors du premier débat télévisé organisé avant l'élection présidentielle brésilienne qui se tiendra les 7 et 28 octobre. © AFP / NELSON ALMEIDA

À commencer par Jair Bolsonaro du Parti Social Libéral (PSL). Pour avoir un aperçu du personnage, il est surnommé le "Le Pen brésilien" par le journal Le Monde et comparé à Donald Trump par certain médias. Cet ancien militaire d'artillerie de 62 ans est originaire de la ville de Campinas, dans l'État de Sao Paulo. Député d'extrême droite, Jair Bolsonaro ne cache ni son homophobie, ni son machisme. "À côté de lui, Trump fait figure de philanthrope éclairé", compare Armelle Enders, professeure d’histoire contemporaine à Paris 8, spécialiste du Brésil, dans un article de La Croix.

Jair Bolsonaro est un grand nostalgique de la dictature militaire (1964-1985). Candidat des extrêmes, il se différencie des autres candidats traditionnels dont les électeurs ne veulent plus. Il profite également de la peur d'une partie des brésiliens qui craignent de voir revenir au galop le communisme en la personne de Lula. Autre élément qui joue en sa faveur, Jair Bolsonaro n'a, jusqu'à ce jour, jamais été éclaboussé par des scandales de corruption. En l'absence de l'ex-président au scrutin, Jair Bolsonaro arriverait premier avec environ 19 % des intentions de vote selon la dernière grande enquête d'opinion.

Marina Silva

Marina Silva, candidate à la présidence brésilienne pour le parti REDE, s'exprime lors d'un forum technologique à Sao Paulo, le 7 août 2018.
Marina Silva, candidate à la présidence brésilienne pour le parti REDE, s'exprime lors d'un forum technologique à Sao Paulo, le 7 août 2018. © AFP / NELSON ALMEIDA

À l'opposé, Marina Silva, 60 ans. Candidate écologiste du parti Rede, Marina est originaire de Rio Branco, en Amazonie. Elle a déjà été ministre de l'Écologie dans le gouvernement de Lula. En 1996, elle reçoit le prix Goldman pour l'environnement et en 2009 le prix Sophie, récompense internationale pour l'environnement et le développement. Candidate à l'élection présidentielle de 2010, elle arrive troisième en remportant 20 % des voix. Si Lula est exclu de la course à la présidentielle, les sondages la créditent de 16 % des intentions de vote. Elle est l'une des rares personnalités afro-brésiliennes engagée en politique.

Pour Thiago Vidal, analyste politique du cabinet de consultants Prospectiva, Jair Bolsonaro et Maria Silva sont les candidats qui ont su profiter au mieux du mécontentement de la population. 

Ils ont des discours très focalisés sur l'insatisfaction sociale, la corruption, et, plus spécialement dans le cas de Jair Bolsonaro, la violence dans les grandes villes.

Geraldo Alckmin

Geraldo Alckmin, ancien gouverneur de l'État de Sao Paulo, brigue la présidence brésilienne.
Geraldo Alckmin, ancien gouverneur de l'État de Sao Paulo, brigue la présidence brésilienne. © AFP / FOTORUA / NURPHOTO

À droite de l'échiquier politique on retrouve Geraldo Alckmin. Il se présente sous les couleurs du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB – centre droit –). À 65 ans, le gouverneur de l'État de Sao Paulo depuis 2011, s'est déjà présenté à l'élection présidentielle de 2006 où il avait remporté 39,17 % des voix au deuxième tour, face à Lula. Élection pendant laquelle il a fait partie des rares personnes à avoir perdu des votes entre le premier et le deuxième tour. Les sondages lui attribuent 9  % des voix sans la participation de Lula à l'élection.  

Ciro Gomes

Ciro Gomes lors d'un débat organisé par la Chambre brésilienne de la construction industrielle avec d'autres candidats pour la présidentielle, le 6 août 2018.
Ciro Gomes lors d'un débat organisé par la Chambre brésilienne de la construction industrielle avec d'autres candidats pour la présidentielle, le 6 août 2018. © AFP / MATEUS BONOMI

Enfin le quatrième candidat potentiellement éligible est Ciro Gomes du Parti Démocratique Travailliste (PDT – centre gauche –). Il a été ministre sous les gouvernements de Fernando Henrique Cardoso et de Lula. Comme le souligne un article du Monde, Ciro Gomez peine à s'exprimer en public. La preuve en est lors de la campagne présidentielle de 2002 où il a prononcé ces quelques mots : "Ma femme a un des rôles les plus importants, qui est de coucher avec moi. Coucher avec moi est un rôle fondamental", rapportait le journal Folha de Sao Paulo. Contrairement à Geraldo Alckmin qui est parvenu à créer des alliances, Ciro Gomes n'a aucun allié. Toutefois, en cas d'absence de Lula, il obtiendrait 12 % des voix selon les sondages.

Pour le professeur de Relations internationales Matias Spektor, de la Fondation Getulio Vargas, "contrairement à d'autres pays, nous n'avons pas vu surgir de nouveaux leaders qui pourraient surfer sur cette vague de mécontentement populaire." Selon une première enquête, 45 % des Brésiliens se disent "pessimistes ou très pessimistes" quant aux élections. Et d'après un autre sondage 33 % à 41 % des citoyens sont indécis ou pensent s'abstenir en octobre, lors du vote. 

► Découvrez la liste complète des autres candidats à la présidentielle 

  • Luciano Huck (indépendant) : 46 ans, présentateur télé et entrepreneur. Il souhaite "réparer une classe politique brisée, introduire l'éthique et l'altruisme tout en mobilisant une nouvelle génération."
  • Manuela D’Avila (PCdoB - Parti Communiste du Brésil) : 36 ans, journaliste et députée. 
  • Álvaro Dias (Podemos - centriste -) : 73 ans, historien de profession. Depuis 1999, il est sénateur de la République pour l'État de Paraná.
  • João Almoedo (Novo - le nouveau parti - droite libérale -) : 55 ans, ingénieur et économiste. Il est l'un des fondateurs de Novo.
  • Cinq pré-candidats du PSOL (Parti socialisme et liberté - gauche) : En 2018 il compte 147 096 adhérents.
  • Paulo Rabello de Castro (PSC - Parti social chrétien - centre droit) : 69 ans, économiste et président de la Brazilian Development Bank. 
  • Henrique Meirelles (MDB - Mouvement Démocrate Brésilien - centre-droit) : 72 ans, ancien ministre de l'économie et ancien président de la banque centrale brésilienne. 
  • Fernando Collor de Mello (PTC - Parti Travailliste Chrétien) : 68 ans, ancien président de la République du Brésil (1990-1992).  
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