La justice brésilienne refuse à l'ancien président Lula le droit de se présenter à l'élection présidentielle, alors qu'il est emprisonné pour corruption.

Lula, l'ex-président brésilien qui suivra la campagne depuis sa prison
Lula, l'ex-président brésilien qui suivra la campagne depuis sa prison © Maxppp / FERNANDO BIZERRA JR./EPA/Newscom

Ancien métallo devenu deux fois président du Brésil, Lula a vu son fabuleux destin stoppé net par la justice électorale qui l'a mis hors course de la présidentielle d'octobre dont il était pourtant l'immense favori.  

Luiz Inacio Lula da Silva, 72 ans, emprisonné pour corruption et blanchiment d'argent, ne pourra pas une troisième fois briguer la présidence, a tranché, sans surprise, le Tribunal supérieur électoral (TSE).  La chute est d'autant plus vertigineuse que Lula était crédité dans les enquêtes d'opinion de 39% des intentions de vote des Brésiliens, huit ans après son départ avec un taux de popularité record.   

Le parti des Travailleurs (PT) de Lula va "lutter par tous les moyens pour garantir sa candidature" à la présidentielle du 7 octobre, a annoncé vendredi la formation de gauche après la disqualification de l'ex-président emprisonné pour corruption.  Le Tribunal Supérieur Electoral (TSE) a invalidé en soirée la candidature de l'ex-président qui purge depuis avril en prison une peine de plus de 12 ans pour corruption passive et blanchiment d'argent.  

Des recours contre son invalidation ne sont pas exclus

Sans même attendre le vote du dernier des sept juges, le PT a dénoncé "la violence commise" par le TSE contre l'égérie de la gauche brésilienne et annoncé qu'il allait "présenter tous les recours devant les tribunaux pour que soient reconnus les droits de Lula prévus dans la loi et les traités internationaux ratifiés par le Brésil".  "Nous allons défendre Lula dans les rues, avec le peuple, parce que Lula est le candidat de l'espoir", a écrit la direction du PT dans son communiqué.  "C'est un mensonge de dire que la loi Ficha Limpa ("Casier propre") empêche la candidature de toute personne ayant été condamnée en seconde instance", poursuit le parti, invoquant 145 candidats aux municipales de 2016 dans le cas de Lula et dont plus de la moitié ont été élus.  "C'est un mensonge de dire que Lula ne peut pas participer à une élection parce qu'il est prisonnier", ajoute le PT, cofondé par Lula dans les années 80.  Le parti invoque également la recommandation du Comité des droits de l'Homme de l'ONU qui a récemment appelé le Brésil à autoriser Lula à participer à l'élection présidentielle tant que tous ses appels en justice n'auront pas été examinés.  "Le Brésil à une obligation de se soumettre" à la décision du Comité, assure le parti.

Le choix d'un remplaçant

Le TSE a donné au PT dix jours pour choisir un successeur à son leader historique. Le dauphin est tout trouvé : Fernando Haddad, 55 ans, ancien maire de Sao Paulo et colistier de Lula.  Hasard du calendrier ou non, M. Haddad doit faire campagne samedi dans l'Etat pauvre de Pernabouc (nord-est), plus particulièrement dans la petite ville de Caetés, terre natale de Lula.  

Lundi, ce fils de commerçants libanais ira rendre visite à son mentor dans la prison où il purge une peine de 12 ans et un mois de réclusion.                     

"Le PT doit redéfinir sa stratégie et rien ne sera décidé avant la rencontre d'Haddad et d'autres membres du parti avec Lula lundi", a affirmé l'éditorialiste Tereza Cruvinel dans l'édition de samedi du Jornal do Brasil.  

"Le transfert des intentions de votes aura peut-être lieu, mais il sera sans doute plus compliqué", ajoute-t-elle.  

D'après le dernier sondage de l'institut Datafolha, Lula caracole en tête, avec 39%, 20 points de plus que le deuxième, le député d'extrême droite Jair Bolsonaro. Mais M. Haddad, peu connu du grand public, peine à dépasser les 4%.  

Le PT espérait prolonger l'incertitude jusqu'au bout, mettant à profit l'immense popularité de son leader, mais les juges du TSE ont préféré trancher avant la diffusion des premiers spots de campagne des présidentiables à la télévision, ce samedi.

L'an dernier, le juge anticorruption Sergio Moro l'avait condamné à neuf ans et demi de prison pour avoir obtenu un triplex en bord de mer d'une entreprise de bâtiment en échange de contrats publics.  Une peine alourdie à 12 mois et un an en appel, en janvier.  "Ma seule préoccupation est de prouver mon innocence", avait affirmé Lula avant son incarcération très médiatisée en avril dernier.                      - 

De la success-story  à la chute       

Rien ne prédisposait à un tel destin ce cadet d'une fratrie de huit enfants, né le 6 octobre 1945 dans une famille d'agriculteurs pauvres du Pernambouc (nord-est).  Enfant, Lula a arpenté les rues pour cirer des chaussures dans l'espoir de ramener un peu d'argent à la maison. Il a sept ans lorsque sa famille déménage à Sao Paulo pour échapper à la misère.   Vendeur ambulant puis ouvrier métallurgiste à 14 ans, il perd l'auriculaire gauche dans un accident du travail. A 21 ans, il entre au syndicat des métallurgistes et en devient le président en 1975.  Personnage charismatique, il conduit les grandes grèves de la fin des années 1970, en pleine dictature militaire (1964-1985).  

Fondateur du PT au début des années 80, Lula se présente pour la première fois à l'élection présidentielle en 1989 et échoue de peu. Après deux nouveaux échecs, en 1994 et 1998, la quatrième tentative sera la bonne, en octobre 2002. Il est réélu en 2006.  Premier chef de l'Etat brésilien issu de la classe ouvrière, il a mis en oeuvre d'ambitieux programmes sociaux, en bénéficiant des années de croissance portées par le boom des matières premières.  Sous ses deux mandats (2003-2010), près de 30 millions de Brésiliens sont sortis de la misère.   Sa success-story a conféré au Brésil une stature internationale de premier plan, lui permettant de décrocher l'organisation des deux plus grands événements sportifs planétaires: le Mondial de football (2014) et les jeux Olympiques (2016) à Rio de Janeiro.                      

Idéaliste mais pragmatique, Lula est passé maître dans l'art de tisser des alliances parfois contre-nature ou de se débarrasser d'amis devenus gênants.  En 2005, il a décapité la direction PT, impliquée dans un scandale d'achat de votes.   Cela ne l'a pas empêché de terminer son second mandat avec un taux de popularité de 87%. Mais, paradoxe, Lula est aussi franchement détesté par une partie des Brésiliens.  

Même s'il a été rattrapé par les méandres du plus grand scandale de corruption de l'Histoire du Brésil, Lula reste perçu comme "près du peuple" et est resté très populaire, notamment dans les régions pauvres du nord-est.   Celui qui a longtemps incarné l'image d'un pays conquérant et ouvert sur le monde s'est dit victime d'une machination politique visant à l'empêcher de revenir au sommet.

L'an dernier il a été rattrapé, comme tant d'autres hommes politiques brésiliens, par la justice pour corruption.   

En dépit d'un bataillon d'avocats très inventifs, l'égérie de la gauche a dû prendre le chemin de la prison en avril dernier, avec avoir prononcé un discours de tribun devant ses fidèles.   Depuis sa cellule, ce combattant pugnace a continué à tisser la stratégie de son parti pour l'élection.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.