Pour essayer de se maintenir, face à la rébellion qui monte au sein du camp conservateur, la Première Ministre britannique dans la tourmente, se raccroche aux chefs d’entreprise. Avec un discours, lundi, devant les membres de la principale organisation patronale Britannique et des dirigeants qui font bloc derrière elle

La Première ministre britannique, qui se prépare à ce qui pourrait être sa semaine la plus difficile, en appelle aux patrons
La Première ministre britannique, qui se prépare à ce qui pourrait être sa semaine la plus difficile, en appelle aux patrons © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS

À la tribune, Theresa May parle de chaîne d’approvisionnement, de stocks, de détails techniques et de salaires. "Il ne s’agit pas de théorie politique, lance la première ministre, mais de la réalité de la vie des gens" avant de développer son programme : "Il est essentiel de garantir la libre circulation des biens." Nombre d’emploi, immigration limitée, nécessité de ne pas perturber les chaines d’approvisionnement, de développer l’interconnexion des circuits de marchandises. La première ministre parle en termes techniques. Puis elle s’adresse directement à la salle : "vous aussi vous devez jouer votre rôle". Autrement dit : faites pression sur vos amis députés pour que je ne sois pas mise en minorité.

De toute façon, la plupart des chefs d’entreprise le disent : ils n’ont pas le choix. L’accord négocié entre Bruxelles et Londres n’est pas parfait, mais il existe, et le climat l’incertitude actuel est bien pire pour les affaires. Il faut donc, disent-ils, soutenir Theresa May coûte que coûte et faute de mieux.

La première ministre a trouvé des arguments qui portent

Theresa May est enfin convaincante, reconnaît Michael Sipitt, président de la société de services juridique Clarkslegal : "Mon sentiment, c’est que les hommes d’affaires sont rassurés parce qu’il y a un plan qui pourrait fonctionner. Ce n’est pas forcément le meilleur résultat qu’on pouvait obtenir, mais ça peut marcher pour le commerce britannique. Il faut que tout le monde se penche dessus et qu’on trouve un consensus au Parlement".   

Pour l’instant, rien n’est joué. Le pire des scénarios pour Wayne Harvey du cabinet Deloitte, ce serait le départ de Theresa May et une sortie de l’union européenne sans aucun accord commercial : "Il y a une gigantesque incertitude. Elle a parlé de manière très positive, bien présenté le dossier, donné beaucoup de détails, mais ce qui va se passer au Parlement, c’est une autre histoire. Et les prochaines 48 heures vont être très importantes pour elle." Car il ne manque au clan des frondeurs que trois ou quatre députés de plus pour déclencher un vote de défiance.

Le nombre de députés conservateurs qui réclament un vote de défiance contre Theresa May ne cesse d'augmenter

Face au risque de tout perdre, la solution est peut-être entre les mains de l'Europe, explique David Wells  directeur de de la fédération des transporteurs de fret : "Ceux qui pensent qu’il y a un problème, ce sont les hommes politiques les plus extrêmes dans les deux camps, pro et anti-Brexit. Cet accord n’est sans doute pas trop mal. Je pense que si l’Union européenne pouvait donner des gages aux Britanniques qui craignent de rester coincés à l’intérieur de l’UE à cause du plan de sécurité pour l’Irlande, la plupart des députés voteraient pour." 

David Wells le rappelle : il y a chaque jour 10 000 camions qui traversent la Manche dans un sens et dans l’autre. 20% seulement sont britanniques. L’Europe - dit-il - doit prendre ses responsabilités. 

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