Londres déclenche ce mercredi l'article 50 du traité de Lisbonne marquant la séparation entre la Grande-Bretagne et l'Europe. Deux ans de négociations complexes s'annoncent.

Coup d'envoi du Brexit, alors que l'Ecosse s'oriente vers un nouveau référendum
Coup d'envoi du Brexit, alors que l'Ecosse s'oriente vers un nouveau référendum © Reuters / Toby Melville

L'article 50 du traité de Lisbonne a été rédigé par un diplomate britannique en 2002. Il permet à un pays membre de l'Union européenne de quitter l'institution, moyennant un référendum puis un processus complexe. Le Royaume-Uni devrait ainsi se retrouver en 2019 hors de l'UE, après le référendum du 23 juin 2016 qui a décidé du Brexit avec 52% des voix et laissé le pays divisé, réveillant les velléités indépendantistes des Écossais.

Le négociateur en chef de l'Union européenne, Michel Barnier, a prévenu que le Royaume-Uni devrait solder ses comptes avant de quitter l'UE. Selon un haut responsable européen, la Commission a évalué la facture pour les Britanniques dans une fourchette de 55 à 60 milliards d'euros.

L'avenir des expatriés reste incertain

L'autre problème à régler sera celui des 1,2 million de ressortissants britanniques vivant dans l'UE et des plus de 3 millions de citoyens de l'UE résidant en Grande-Bretagne. Les employeurs britanniques demandent le maintien d'un flux migratoire suffisant en provenance de l'UE, afin de garantir le renouvellement d'une main-d'œuvre dont l'activité du pays a largement profité ces dernières années. Les arrivées en Grande-Bretagne sont plus éparses, et les secteurs du commerce, de l'hôtellerie-restauration et du BTP s'inquiètent d'une pénurie de main-d'œuvre.

La Première ministre britannique Theresa May s'est dite prête à un Brexit sans accord avec le reste de l'Europe si les conditions offertes par Bruxelles étaient trop abruptes. À défaut d'accord, ce sont les règles de base de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s'appliqueront, avec notamment des barrières douanières

La Grande-Bretagne devra payer

L'UE se dit prête aux négociations, avec en ouverture une facture : Londres devra payer pour tous les engagements pris dans le cadre du budget européen, soit entre 55 et 60 milliards d'euros. Le négociateur en chef de l'UE, le Français Michel Barnier, est catégorique :

Nous devons solder les comptes, ni plus ni moins.

Théoriquement, Londres pourrait ne pas payer, mais il s'agirait d'une déclaration de guerre diplomatique.

Londres cherchera à obtenir des garanties sur le sort des 1,4 million de Britanniques vivant dans les pays de l'Union, avec en monnaie d'échange les garanties qu'elle accordera aux 3,3 millions d'Européens vivant au Royaume-Uni. Quant aux nouvelles relations commerciales entre Londres et l'UE, elles ne font pas partie des négociations de sortie et pourraient durer des années, ce qui a fait naître l'hypothèse d'un accord de transition.

Avec le Brexit, des visas et des échanges universitaires plus restrictifs

A partir du moment où le Brexit sera effectif, un visa sera sans doute nécessaire pour voyager en Grande-Bretagne. Le gouvernement britannique pourrait imposer des permis de travail plus contraignants. Les étudiants britanniques risquent de pâtir de la situation, car ils devront voyager hors programme Erasmus. De leur coté, les étudiants européens au Royaume-Uni pourraient payer des frais universitaires beaucoup plus importants, car ils seront considérés comme tous les autres étudiants étrangers.

L'économie britannique a résisté... pour l'instant !

Londres aborde cette étape cruciale avec une économie solide, qui a bien résisté au choc du référendum du 23 juin 2016. Mais une tempête financière n'est pas à exclure. D'autant que la livre sterling a été dévaluée après le vote du Brexit. Les prix sont partis à la hausse.

Deux secteurs stratégiques sont particulièrement inquiétés par la perspective d'un échec des négociations : les services financiers et l'industrie automobile. A défaut d'accord, les exportations de voitures britanniques seraient ainsi taxées à 10% aux frontières du continent européen. Selon l'accord trouvé, les produits britanniques importés en Europe seront plus chers.

Certains craignent un système bureaucratique à grande échelle, à l'image de Peter Westmacott, ancien ambassadeur du Royaume Uni à Paris au micro de Bertrand Gallicher:

Mais avant tout, l'Écosse veut faire sécession

A la veille du déclenchement de l'article 50, le parlement régional écossais, dominé par les indépendantistes du SNP, s'est prononcé ce mardi pour la tenue d'un référendum sur l'indépendance après en avoir déjà organisé un en 2014 où le non l'avait emporté à 55%. Depuis, il y a eu le Brexit et l'Écosse a voté contre à 62%. De son coté, la Première ministre britannique Theresa May est restée ferme :

Sur le plan constitutionnel, Theresa May a le pouvoir de s'opposer au référendum écossais.

Brexit : la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon lors d'un débat sur un référendum sur l'indépendance de l'Ecosse
Brexit : la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon lors d'un débat sur un référendum sur l'indépendance de l'Ecosse © Reuters / Russell Cheyne

La situation est très complexe : si l’Écosse organise son référendum après la sortie de l'UE comme le souhaite Theresa May vote pour l'indépendance, le pays devra reformuler une demande pour intégrer l’UE puisque, à ce moment-là, elle ne fera plus partie de l’Europe. L'idée de la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, est de faire le référendum avant le Brexit car elle espère que l’Écosse pourra préserver son appartenance à l’UE.

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