Les députés britanniques se prononcent jeudi sur un report du Brexit, la Première ministre Theresa May leur promettant qu'il sera court s'ils adoptent l'accord de retrait qu'elle a négocié avec l'Union européenne et qu'ils ont déjà retoqué deux fois. Retour sur les propositions et les échecs de Theresa May.

Theresa May
Theresa May © AFP / Tolga Akmen

Les députés britanniques ont tranché mercredi soir : ils refusent la sortie de l'Union européenne sans accord. Pas de "no deal", donc, puisque 312 députés ont voté contre cette possibilité (tandis que 308 ont voté pour). Compte tenu des précédents votes, on peut dire qu'à Londres, les parlementaires sont à la fois contre le traité proposé par Theresa May pour sortir de l'UE, mais aussi contre une absence d'accord. C'est donc pour ou contre un report qu'ils se prononcent ce jeudi.

Theresa May veut à tout prix les convaincre de voter un accord, même s'il faut passer un report. Résumé des propositions de la Première ministre retoquées par les parlementaires.

Quitter le marché unique européen

En janvier 2017, les choses étaient claires dans l'esprit de la Première ministre britannique. Son projet pour le Brexit était le suivant : 

  • Pas de liberté de circulation des travailleurs
  • Pas de contribution obligatoire au budget de l'UE
  • Pas de supervision de la Cour de justice européenne 
  • Liberté de définir les relations commerciales avec le reste du monde

Le Royaume-Uni voulait ainsi quitter le marché unique de 500 millions de consommateurs et ne plus appartenir à l'espace économique européen ou à l'union douanière.

Depuis, Theresa May a dû faire face aux exigences européennes et à celles des parlementaires britanniques, sans jamais réussir à les convaincre de voter des compromis. 

Brexit soft, out

En juillet 2017, May propose un Brexit soft et rencontre l'hostilité des parlementaires britanniques. Son projet de loi "Taxation" a dû être remodelé selon le bon vouloir de ses opposants. Ce projet d'arrangement douanier simplifié avec l'UE prévoyait que le Royaume-Uni collecte à terme les droits de douane pour le compte de l'UE, sur les marchandises transitant par son sol à destination de pays européens, et réciproquement. 

Sous le feu croisé des partisans d'un Brexit dur, et de ceux d'un maintien dans l'Europe, elle a essuyé une vive hostilité. Certains lui ont reproché aussi de ne pas défendre le secteur des services, représentant la grande part de l'économie britannique.

La question irlandaise

En septembre 2018, les partisans du Brexit dur s'opposent à la proposition de Theresa May d'association douanière avec l'Union européenne pour les marchandises. L'enjeu, c'est d'éviter le retour de contrôles physiques à la frontière entre la République d'Irlande (membre de l'UE) et l'Irlande du Nord britannique. Cela a aussi pour conséquence de soumettre la Grande-Bretagne aux réglementations industrielles de l'UE. Ce que les "hard brexiters", comme on dit à Londres, refusent catégoriquement. 

Bref, au final le Brexit possible (si les députés l'acceptaient) serait assez contraire aux intentions de janvier 2017, avec :

  • Le maintien pour l’instant dans l’union douanière (accord mars 2019 avec Juncker)
  • Le respect des règles européennes en matière sociale, fiscale, environnementale
  • La soumission aux  décisions de la Cour de justice européenne
  • La facture au prix fort :  45 milliards d’euros

"La négociation est terminée"

Les députés britanniques se prononcent ce jeudi sur un report du Brexit.

À quinze jours de la date théorique du divorce le 29 mars, on semble parti pour un court report du Brexit jusqu'au 30 juin, si les députés approuvent l'accord de retrait d'ici le 20 mars.

"Une courte extension technique ne sera offerte que si nous avons un accord en place", a averti mercredi soir Theresa May, tentant d'unifier des députés incapables jusqu'à présent de dégager une majorité sur la voie à suivre avec le Brexit.

Malgré les échecs précédents, elle espère parvenir à ses fins, face à la perspective que le Brexit finisse par ne jamais se faire.

L'UE a souligné qu'une demande de report devait être justifiée et acceptée à l'unanimité par les 27 pays de l'UE. "La négociation, elle est terminée", a réaffirmé le négociateur en chef de l'UE pour le Brexit Michel Barnier. "Le Royaume-Uni doit nous dire ce qu'il veut pour notre relation future", a-t-il ajouté.

Le Brexit de 2016 à 2019, avec variations des cours de la livre sterliing et de  l'euro
Le Brexit de 2016 à 2019, avec variations des cours de la livre sterliing et de l'euro © AFP / .
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