Les manifestants place de la Nation à Ouagadougou
Les manifestants place de la Nation à Ouagadougou © REUTERS/Joe Penney

Alors que des milliers de manifestants étaient réunis place de la Nation à Ouagadougou, pour demander une transition démocratique, l’armée a pris le contrôle des lieux. Des soldats ont tiré en l'air et ont lancé des grenades lacrymogène. Un homme a été tué devant le siège de la télévision.

Outre la place de la Nation, l'armée a également pris le contrôle de la radio-télévision nationale, autre lieu stratégique. Des soldats du régiment de sécurité présidentielle -l'unité du lieutenant-colonel Isaac Zida- ont tiré en l'air dans la cour d'entrée du bâtiment de la télévision peu après 14h00 (15h à Paris) pour disperser les milliers de manifestants qui s'étaient dirigés vers la radio télévision nationale, certains portant des pancartes "Non à la confiscation de notre victoire, vive le peuple !", "Zida dégage", ou encore "Zida c'est Judas". Tous les personnels de la radio-télévision ont été évacués, ainsi que les journalistes étrangers.

« Zida, on veut pas »

Des milliers de manifestants s'étaient rassemblés dimanche matin à Ouagadougou, pour dénoncer la prise de pouvoir par l'armée après la démission du président Blaise Compaoré. L'opposition et la société civile du Burkina Faso appellaient la population à une démonstration de force pour contester le nouvel homme fort de la transition, le lieutenant-colonel Isaac Zida, adoubé par l'armée. Sur une pancarte brandie par un manifestant on pouvait lire "Zida = Judas", la foule expliquant qu'elle se sent trahie par ses militaires. Quelques leaders de l'opposition sont sont exprimés. L'l'un d'entre eux , Jean-Hubert Bazié, chef du parti Convergence de l'Espoir a prononcé une courte allocution :

Restez vigilants pour préserver la victoire du peuple. Restez mobilisés pour les mots d'ordre à venir. L'opposition réaffirme la nécessité d'une transition consensuelle pour ramener l'ordre constitutionnel.

Le principal parti d'opposition, l'Union pour le progrès et le changement (UPC), avait réclamé, dès samedi, l'ouverture immédiate de consultations pour déterminer le calendrier de prochaines élections :

L'opposition politique et les organisations de la société civile ont réaffirmé que la victoire issue de l'insurrection populaire appartient au peuple. Et, par conséquent, la gestion de la transition lui revient légitimement et ne saurait être, en aucun cas, confisquée par l'armée, dit-elle dans un communiqué.

L'opposition entre "opposition" et discussion avec l'armée

Visiblement hésitante et quelque peu dépassée par l'accélération de l'histoire en quelques jours, l'opposition n'avait pas semblé exclure dimanche en début de journée une entente avec les militaires. Les principaux leaders ont rencontre en milieu d'après-midi le lieutenant-colonel Isaac Zida, chef désigné par l'armée d'un régime de transition, au Conseil économique et social, où le nouvel homme fort s'est installé. Il n'y a eu aucune déclaration à la fin de la rencontre, et aucune information n'a filtré sur le contenu des discussions.

Le coup de force de l'armée se confirme

Dans un communiqué diffusé samedi, l'armée avait annoncé que "le lieutenant-colonel Isaac Zida avait été retenu à l'unanimité pour conduire la période de transition ouverte après le départ du président Blaise Compaoré", manière de mettre fin à la confusion puisqu'un autre gradé, le général Honoré Traoré, le chef d'état-major, s'était autoproclamé président de transition la veille.

Mais menée par le colonel Isaac Zida, ou un autre, la forme et le calendrier de cette transition n'ont pas été précisés. Le communiqué précisé juste que des précisions seront données "lors de consultations avec l'ensemble des acteurs de la société civile".

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