Alors que les manifestations continuent en Biélorussie contre le régime de Loukachenko, des milliers de Biélorusses installés en France vivent cette contestation à distance. Certains décident de se réunir pour discuter et soutenir leurs compatriotes.

Depuis l'arrivée de Loukachenko au pouvoir, près de 750 000 Biélorusses ont quitté le pays
Depuis l'arrivée de Loukachenko au pouvoir, près de 750 000 Biélorusses ont quitté le pays © Radio France / Benjamin Recouvreur

Ils n'ont pas choisi le lieu par hasard. Au pied de la fontaine des Innocents au cœur de Paris, une vingtaine de Biélorusses se sont rassemblés pour une action. "Stop aux répressions politiques", peut-on lire sur l'une des pancartes, disposée sur des marches au milieu de plusieurs photos de victimes de la répression.

"On se réunit d'abord pour se parler, parce que la période que nous vivons est très douloureuse", confie Alicia, ingénieure installée en France depuis sept ans. "On vit en France, on sait ce que c'est la démocratie, alors on vient soutenir tous ceux qui se battent dans notre pays." Sur fond de musique biélorusse, ils se tiennent ensemble, drapeaux blanc et rouge à la main, pour montrer leur solidarité avec le peuple biélorusse.

"J'ai des retours des gens en Biélorussie, ils disent merci", lance Alice, 37 ans, ancienne opposante politique. "Ils sentent que la communauté biélorusse du monde entier est à leurs côtés, pour faire tout son possible pour empêcher Loukachenko de commettre un nouveau massacre." Au-delà de l'aspiration démocratique, ils dénoncent la violente répression policière que les manifestants ont subi à Minsk et partout dans le pays.

Agir malgré la distance

Les larmes aux yeux, Alice raconte comment elle a été sans nouvelle de son frère pendant trois jours, après la première journée de manifestation. "J'étais en état de choc, je n'ai pas les mots pour vous le dire, quand je vois toutes les images des victimes, mon cœur se déchire", confie-t-elle. Tous ou presque ici ont des proches, famille ou amis, qui ont vécu de très près les violences policières. L'impuissance le dispute alors à l'inquiétude et à la frustration d'être si loin.

"Nous y croyons et nous vaincrons" lançaient en chœur les manifestants hier, au pied de la fontaine des Innocents à Paris
"Nous y croyons et nous vaincrons" lançaient en chœur les manifestants hier, au pied de la fontaine des Innocents à Paris © Radio France / Benjamin Recouvreur

Pourtant, il faut continuer à y croire, agir pour ne pas subir cet épisode historique pour l'Histoire de la Biélorussie. "Nous y croyons et nous vaincrons", lancent-ils en chœur en biélorusse. Alexei, pianiste de trente ans, habillé lui aussi de rouge et de blanc, reprend espoir. "Je suis parti il y a onze ans car ce pays est absurde", dit-il. "Aujourd'hui, quand je vois les grèves générales dans le pays, je me dis que les choses peuvent changer !"

En face d'eux, les passants s'arrêtent, interpellés par les images et la musique. C'est l'autre objectif de ces actions : interpeller l'opinion publique française et demander une aide d'urgence à l'Union Européenne. "On a besoin de l'aide de l'Europe", implore Alicia. "On a écrit des lettres au ministère des Affaires étrangères, au président Macron, au président de la Commission Européenne, j'espère qu'ils vont nous entendre, nous aider et nous permettre d'avoir des élections libres."

L'occasion aussi pour eux de soutenir Svetlana Thikanovskaia, l'opposante principale d'Alexandre Loukachenko, réfugiée en Lituanie. "Elle a raison d'avoir fui, on a besoin de leaders, mais de leaders vivants : en Biélorussie, elle était en danger", lance Alicia. L'espoir qu'elle suscite est immense. Elle pourrait même convaincre certains de ces Biélorusses de rentrer au pays. "J'ai des amis en Europe qui pensent rentrer rapidement, si tout change, je pense que je pourrais aussi le faire." Depuis l'arrivée de Loukachenko, près de 750 000 Biélorusses ont quitté le pays.

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