Après que l'équipage a déclaré l'état d'urgence sur le navire humanitaire, l'Ocean Viking est toujours coincé entre la Sicile et Malte, avec 180 migrants qui attendent de pouvoir débarquer. La sécurité n'est plus garantie à bord assure SOS Méditerranée.

L'Ocean Viking, ici en octobre 2019 à l'entrée du port de Tarente en Italie.
L'Ocean Viking, ici en octobre 2019 à l'entrée du port de Tarente en Italie. © Maxppp / INGENITO/EPA/Newscom

La tension ne retombe pas, à bord de l'Ocean Viking. Ce navire humanitaire géré par l'ONG SOS Méditerranée accueille à son bord depuis une semaine, dix jour pour les plus anciens, 180 migrants, secourus en mer. Mais à bord, la situation a dégénéré : bagarres, tentatives de suicide, et menaces physiques de certains envers l'équipage. À tel point que le bateau s'est déclaré en "état d'urgence" vendredi soir. 

"C'est la première fois en quatre ans et demi d'opération, en 270 opérations de sauvetage que nous menons, que nous en arrivons à une telle situation", souligne Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée. Selon SOS Méditerranée, 44 personnes sont en grande détresse psychologique à bord, avec en deux jours six tentatives de suicide, des personnes qui se jettent à l'eau. L'équipage est également pris à partie, et menacé par certains, persuadés à tort qu'ils font durer le temps de traverser, pour gagner de l'argent en lien avec la marine italienne. "J'insiste sur l'urgence, on n'est plus en mesure de garantir la sécurité des personnels et des rescapés", alerte Sophie Beau. "Il faut faire quelque chose, il faut débarquer ces personnes en sécurité, c'est l'urgence."

Toujours aucune instruction officielle

Ce samedi, un médecin italien et une médiatrice culturelle se sont rendus à bord pendant deux heures. "Ça a donné de l'espoir", affirme Laurence Bondard, porte-parole de SOS Méditerranée à bord de l'Ocean Viking. "Les rescapés sont contents d'avoir pu parlé à un médecin italien, d'avoir pu poser des questions. Mais ces espoirs peuvent être déçus. Ce qui nous inquiète, c'est que l'urgence reste absolument majeure."

À bord, l'état d'urgence n'a rien d'anodin, explique Laurence Bondard : "C'est extrêmement grave pour nous de faire ça. Si on le fait, c'est que l'on a plus d'autre choix. On est une équipe professionnelle, on est en soi en contrôle, mais on ne peut pas garantir qu'à tout moment un acte désespéré ne se produise, et qu'on ne pourra pas cette fois l'empêcher", s'alarme-t-elle, en référence aux six personnes qui ont tenté de se suicider à bord, notamment en se jetant à l'eau. Certains ont pu en être empêchés, mais deux migrants sont parvenus à sauter par dessus bord, et ont dû être sauvés par l'équipage de l'Ocean Viking. "Ça ne peut absolument plus durer, ce n'est pas possible", s'alarme Laurence Bondard.

"Six tentatives de suicide, des gens qui expriment leur volonté de recommencer, qui expriment un désespoir terrible, qui ne comprennent pas pourquoi ils sont encore aujourd'hui en mer."

Face à cette situation tendue, l'Ocean Viking attend plus que jamais de savoir quoi faire : "nous demandons de recevoir des instructions officielles de la part des autorités maritimes compétentes", explique Laurence Bondard. Depuis dix jours, le navire humanitaire multiplie les demandes de débarquement au près de Malte et de l'Italie, qui ont adressé chacune une fin de non-recevoir.

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