un calendrier électoral dévoilé en egypte
un calendrier électoral dévoilé en egypte © reuters

Le président intérimaire égyptien a dévoilé tard lundi soir un calendrier de transition sur environ six mois, une initiative qui vise à faire baisser la tension alors que les Frères musulmans appellent à manifester aujourd'hui après la mort de plusieurs dizaines de partisans du président déchu Mohamed Morsi sous les balles de l'armée.

Selon un dernier bilan des services de secours, 51 personnes ont été tuées et plus de 430 autres blessées hier matin aux abords de la caserne de la Garde républicaine où serait détenu Mohamed Morsi, destitué mercredi dernier par les militaires. L'armée et les islamistes se sont rejeté la responsabilité de cette tuerie, la première parlant d'attaque d'un "groupe terroriste" et les seconds d'agression gratuite.

Le président par intérim Adli Mansour a promis la mise en place d'une commission d'enquête sur ces événements, qui ont poussé les salafistes du parti Al Nour à annoncer la suspension de leur participation au processus politique. Il a aussi fixé par décret un calendrier de transition sur six mois, avec la rédaction d'une nouvelle Constitution qui devrait être soumise à référendum d'ici quatre à cinq mois, puis des élections législatives et présidentielle.

La Constitution d'inspiration islamiste adoptée en décembre dernier par référendum a été suspendue mercredi lorsque l'armée a destitué Mohamed Morsi. Dans un geste d'apaisement à l'intention des islamistes, Adli Mansour a précisé que le nouveau pouvoir ne remettrait pas en question l'article 2, qui stipule depuis des décennies que la charia (loi islamique) est la principale source de législation, et dont certains laïcs réclament l'abrogation.

Election dans six mois?

Un comité doit être formé d'ici quinze jours pour amender la Constitution adoptée en décembre, a-t-il dit, la nouvelle loi fondamentale devant ensuite être soumise à référendum dans un délai de quatre mois et demi. Dès la Constitution adoptée, des élections législatives seront organisées dans un délai de quinze jours, poursuit le décret, puis une élection présidentielle une fois que le nouveau parlement se sera réuni.

Le président intérimaire sera entre temps habilité à émettre des lois, après consultation du gouvernement transitoire qui devrait être prochainement formé. Selon des sources politiques haut placées, l'ancien ministre des Finances Samir Radouane est le nouveau favori pour devenir Premier ministre par intérim, après le veto opposé par les salafistes d'Al Nour à la nomination de Mohamed ElBaradeï, puis de Ziad Bahaa ElDin.

Samir Radouane a cependant dit lundi soir ne pas avoir été encore approché, malgré l'urgence pour le pouvoir de trouver une porte de sortie à l'impasse politique, alors que le pays s'enfonce dans les troubles et que l'économie est en plein marasme. Les Frères musulmans, qui avaient appelé au "soulèvement" après les violences de la matinée, ont baissé le ton d'un cran leur rhétorique guerrière dans la journée. Ils ont néanmoins appelé à de grandes manifestations ce mardi.

Certains espèrent un apaisement de la situation pendant le ramadan, Sébastien Baer

Hatem Azam, porte-parole d'une coalition islamiste dirigée par la confrérie a déclaré:

En réaction au coup d'Etat militaire suivi par des actions répressives, culminant par le massacre de la Garde républicaine qui s'est produit à l'aube, nous appelons tous les citoyens et honorables personnes à protester à travers toute l'Egypte.

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Des tirs à balles réelles

Les Frères musulmans affirment que leur sit-in a été pris d'assaut par surprise à l'aube, alors que la première prière de la journée se terminait.

"Ils nous ont pris pour cibles avec des gaz lacrymogènes, de la grenaille, des balles en caoutchouc. Puis ils ont tiré à balles réelles", a raconté Abdelaziz Abdel Chakoua, qui a reçu une balle dans la jambe.

Outre les nombreux morts, presque tous par balles, des centaines de manifestants ont été soignés dans les hôpitaux.

L'armée a de son côté soutenu pendant une conférence de presse que le quartier général de la Garde républicaine avait été attaqué par des "terroristes", ce qui a entraîné selon elle la riposte des militaires. Elle a fait état d'un officier tué et de quarante blessés dans les rangs des forces de l'ordre.

La multiplication des violences alarme les alliés de l'Egypte, dont l'Union européenne et les Etats-Unis, qui ont toutefois assuré lundi ne pas avoir l'intention de revoir, "dans l'immédiat", leur programme d'aide au Caire, principalement militaire.

Le porte-parole de la présidence américaine, Jay Carney a précisé:

Nous ne pensons pas qu'il est de notre intérêt de prendre une décision précipitée ou de nous déterminer maintenant. Cette décision aurait de lourdes conséquences et c'est une question extrêmement importante pour des millions d'Egyptiens qui ont des points de vue divergents sur les événements en cours.

La Turquie, dont le parti AKP du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est proche des Frères musulmans, a de son côté condamné les violences de lundi, parlant de "massacre". Pour l'Iran, le rôle joué par l'armée égyptienne depuis mercredi est "inacceptable".

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