C’est le plus important kidnapping dans la zone anglophone depuis le début du conflit entre des groupes séparatistes et l'armée camerounaise. Ce n’est pas la première fois que les écoles sont prises pour cible.

Un manifestant dénonce la discrimination en faveur des francophones (22 septembre 2017 à Bamenda, Cameroun)
Un manifestant dénonce la discrimination en faveur des francophones (22 septembre 2017 à Bamenda, Cameroun) © AFP / Stringer

Les établissements scolaires : un enjeu de la bataille pour la reconnaissance de la cause anglophone. 

Dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, une crise socio-politique sans précédent s'est installée fin 2016. Elle s'est transformée fin 2017 en conflit armé. Des affrontements entre armée et séparatistes, regroupés en groupes épars dans la forêt équatoriale, s'y produisent quasiment tous les jours depuis plusieurs mois.

Les séparatistes ont décrété un boycott des établissements scolaires, estimant que le système scolaire francophone écarte les étudiants anglophones. Parce qu’ils représentent le symbole de leur marginalisation, plusieurs lycées ont été attaqués ou incendiés par des groupes sécessionnistes qui reprochent au pouvoir de Yaoundé d’envoyer des enseignants francophones qui maîtrisent mal la langue anglaise

Des manifestants protestent contre la discrimination en faveur des francophones le 22 septembre 2017 à Bamenda, dans le Nord-Ouest anglophone du Cameroun
Des manifestants protestent contre la discrimination en faveur des francophones le 22 septembre 2017 à Bamenda, dans le Nord-Ouest anglophone du Cameroun © AFP / Stringer

Depuis un an, les "Ambazoniens" (Ambazonie est le nom donné par les indépendantistes anglophones du Cameroun à l'ancien Southern Cameroons, à l'ouest du pays), qui militent pour l’indépendance du Cameroun anglophone, se sont radicalisés face à la répression menée par les autorités incarnées par le président Biya (réélu récemment pour un 7ème mandat consécutif) et qui refuse de dialoguer avec eux.

Une multitude de petits groupes armés a fait son apparition. Ce sont ces groupes  qui s'en prennent aux forces de sécurité ainsi qu'aux symboles de l'administration et en particulier aux écoles. Mi-octobre, six élèves avaient été enlevés dans une attaque de lycée à Bamenda, selon des sources concordantes. Les autorités avaient démenti.

Depuis la rentrée scolaire, nombreux sont les enseignants qui n’ont pas voulu retourner dans leurs établissements de peur d’être victime d’agressions, comme ce professeur auquel on a coupé deux doigts, ou ce directeur assassiné en septembre dernier.

De nombreuses attaques depuis le début du conflit

Le conflit armé a redoublé d'intensité dans la région du Nord-Ouest après plusieurs mois d'accalmie, les affrontements s'étant concentrés durant l'été dans la région du Sud-Ouest. Le 30 octobre, un missionnaire américain a été tué par balles dans son véhicule à Bambui, en banlieue de Bamenda. Les raisons de son assassinat restent inconnues, mais l'État a accusé les "terroristes" d'être à l'origine de sa mort alors que Washington a évoqué des "tirs croisés".

Plus de 175 membres des forces de défense et sécurité camerounaises ont perdu la vie dans ce conflit, ainsi que plus de 400 civils, selon les ONG. Dans la zone, plus de 300.000 personnes ont fui les violences, pour la grande majorité en brousse et dans les grandes villes des régions voisines, et pour certaines au Nigeria voisin.

Dans la même région du Nord-Ouest du Cameroun, le sous-préfet de l'arrondissement de Noni a également été enlevé dimanche. Il a été "été enlevé à bord d'un véhicule de transport public et non dans son lieu de service", a indiqué lundi à l'AFP une source sécuritaire, confirmant une information d'une source proche des autorités régionales.

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