Que se passe-t-il en Inde depuis le mois de novembre ? Des dizaines de milliers d'agriculteurs manifestent dans le pays, soutenus dans leur lutte par des stars internationales. Ils protestent contre les réformes agricoles imposées par le gouvernement.

Un fermier couché sur l'autoroute bloquée par les manifestants contre les réformes agricoles du gouvernement indien
Un fermier couché sur l'autoroute bloquée par les manifestants contre les réformes agricoles du gouvernement indien © AFP / MAYANK MAKHIJA / NURPHOTO / NURPHOTO

Voilà plus de deux mois que des dizaines de milliers d'agriculteurs indiens, la plupart venus du Pendjab dans le nord du pays, manifestent dans des camps érigés sur de grands axes routiers en périphérie de New Delhi. Ils protestent contre des réformes gouvernementales qui libéralisent les marchés agricoles, dont ils affirment qu'elles vont faire tomber le secteur agricole du pays aux mains de grands conglomérats. Il s'agit de l'une des plus rudes épreuves auxquelles le Premier ministre Narendra Modi se trouve confronté depuis son arrivée au pouvoir en 2014.

Manifestation d'agriculteurs soutenus par des députés à Jaipur (Inde) contre les réformes agricoles
Manifestation d'agriculteurs soutenus par des députés à Jaipur (Inde) contre les réformes agricoles © AFP / VISHAL BHATNAGAR / NURPHOTO / NURPHOTO

Alors que les autorités ont augmenté la pression sur ces camps de manifestants (coupant l'approvisionnement en eau et en internet), les agriculteurs ont juré de poursuivre leur mouvement pendant encore des mois.

Barrages de police, métro fermé à New Delhi, 

Des dizaines de milliers de policiers ont été déployés dans toute l'Inde pour faire face aux nouvelles manifestations prévues par les agriculteurs. Dix stations de métro ont été fermées dans le centre de New Delhi le week-end dernier, où un rassemblement de tracteurs avait dégénéré en heurts violents le mois dernier, et des milliers de policiers ont installé des barricades et des barrages routiers.

Un important déploiement de police a également été ordonné dans l'État agricole de l'Uttar Pradesh. Les agriculteurs y ont suspendu leur action pour éviter une confrontation. En dehors de Delhi et de l'Uttar Pradesh, d'importants déploiements de police ont été ordonnés dans les principaux États agricoles de l'Haryana et du Punjab.

"Le business ne passera pas avant la faim" prévient le leader du mouvement

Rakesh Tikait, l'une des principales figures du mouvement, a déclaré que les manifestations se poursuivraient jusqu'au 2 octobre, date du premier anniversaire du lancement de leur campagne, "à moins que le gouvernement n'abroge les nouvelles lois".

Il a souligné auprès du journal Indian Express que des milliers d'autres agriculteurs voulaient venir à New Delhi pour se joindre aux manifestations et que les clôtures en fil barbelé installées autour des camps ne les en dissuaderaient pas.

"Ils peuvent jeter des clous sur le sol. Nous les couvrirons de terre et nous ferons pousser des fleurs. Nous n'avons pas peur des barricades ou du déploiement sécuritaire. Nous ne pensons pas que la police va fermer la zone. S'ils le font, il y a des manifestants ici qui peuvent faire tomber toutes les barricades", a dit le leader du mouvement.

"Le business ne passera pas avant la faim. Cela ne sera jamais autorisé dans ce pays", a déclaré le leader des manifestants.

Le soutien de Rihanna et Greta Thunberg n'a pas plu aux Indiens

Comme d'autres personnalités publiques, la chanteuse Rihanna et la militante écologiste Greta Thunberg ont apporté leur soutien aux fermiers indiens dépossédés de leurs terres.

"Pourquoi ne parlons-nous pas de cela?! #FarmersProtest" (manifestation des agriculteurs)" a écrit Rihanna sur son compte Twitter auquel plus de 100 millions de personnes sont abonnées. Elle a également partagé un reportage de CNN traitant des coupures internet à Delhi pendant les manifestations d'agriculteurs la semaine dernière : 

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Mais le ministère indien des Affaires étrangères lui a reproché de s'immiscer de façon "sensationnaliste" dans le dossier des réformes agricoles du pays. La militante pour le climat Greta Thunberg a retweeté le même reportage : "Nous sommes solidaires de la #FarmersProtest en Inde." Malgré les critiques du gouvernement indien à son encontre, elle a maintenu sa position. "Je soutiens toujours les fermiers et leur manifestation dans le calme. Aucune marque de haine, menace ou violation des droits de l'homme n'y changera quoi que ce soit."

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Des "affaires internes" selon le gouvernement indien

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Le gouvernement nationaliste hindou qualifie les manifestations d'agriculteurs d'"affaires internes".  Dans un communiqué  accompagné des hashtags #IndiaTogether ("L'Inde Ensemble") #IndiaAgainstPropaganda ("Inde contre la propagande"), le ministère des Affaires étrangères avait invité tout le monde "à bien saisir les enjeux avant de s'empresser de commenter ces questions". "La tentation des hashtags et des commentaires sensationnalistes sur les réseaux sociaux, n'est ni juste ni responsable, surtout quand des célébrités entre autres y ont recours." Des comptes Twitter qui soutiennent ce mouvement ont même été bloqués en Inde.

Des comptes Twitter bloqués pour "menace à l'ordre public"

Twitter a temporairement bloqué la semaine dernière un grand nombre de comptes et de tweets à la demande du gouvernement, notamment ceux d'un important magazine d'information et ceux d'agriculteurs qui organisent des manifestations dans la capitale. 

Une source au sein du ministère des Technologies de l'Information a déclaré à l'AFP que le gouvernement avait demandé à Twitter d'agir à l'encontre de quelque 250 comptes Twitter et de tweets au motif qu'ils représentaient une "grave menace pour l'ordre public"

Présentée souvent comme la plus grande démocratie au monde, l'Inde se place au 142e rang sur 180 pays du classement mondial 2020 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.