[scald=61575:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Jugé une seconde fois en France où il est emprisonné depuis 17 ans, le Vénézuélien Ilich Ramirez Sanchez dit "Carlos", légende du terrorisme des années 1980, s'est proclamé lundi devant ses juges révolutionnaire de métier.

A la cour d'assises de Paris qui menait le rituel interrogatoire d'état civil, il a répondu: "Je me prénomme Ilich, comme l'homme de la révolution russe (...) je suis révolutionnaire de profession". Il répond de quatre attentats qui ont fait onze morts et près de 200 blessés en 1982 et 1983.

Agé de 62 ans, l'accusé, remis à la France par le Soudan en août 1994, purge une première condamnation à perpétuité prononcée en 1997 pour les assassinats de deux policiers français de la DST et leur informateur, en 1975 à Paris.

Silhouette bedonnante, cheveux blancs et barbe naissante, vêtu d'un blouson et d'un pull, l'accusé, entouré de trois gardes, souriait au public et a levé le pouce en signe d'approbation quand un avocat a plaidé que ce procès était organisé par "les impérialistes qui viennent de tuer Mouammar Kadhafi, chef d'Etat légitime de la Libye".

Il a mis a profit les formalités de début d'audience pour assurer que la nationalité honoraire palestinienne lui avait été accordée "par Yasser Arafat en personne".

Ses trois avocats, notamment Me Isabelle Coutant-Peyre, qu'il a épousée en prison, parlent de "procès politique". Ils entendaient contester l'impartialité de la cour d'assises spéciale antiterroriste, composée de sept magistrats professionnels et non de jurés populaires.

Si Ilich Ramirez écope de la peine maximale à la fin de ce nouveau procès le 16 décembre, la perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans - ce qui est légalement possible contrairement au premier procès - l'échéance pour une demande de libération conditionnelle serait repoussée de 2012 à 2016 au minimum.

Trois autres accusés seront jugés par défaut. Le Palestinien Ali Kamal al Assawi, 68 ans, est introuvable, l'Allemand Johannes Weinrich, 64 ans, purge une peine pour d'autres faits en Allemagne, l'Allemande Margot Fröhlich, 69 ans, a fui la France en 2001 et l'Allemagne refuse de la remettre à Paris.

LE SOUTIEN DE DIEUDONNÉ

Ilich Ramirez dirigeait dans les années 1980 un groupe d'activistes d'extrême gauche qui fut soutenu, armé et hébergé, on le sait aujourd'hui, par le bloc communiste d'Europe de l'Est, notamment la RDA, la Hongrie et la Roumanie, mais aussi protégé par la Syrie, l'Irak, le Yémen.

C'est la date tardive de son arrestation et surtout les 13 ans pris par le juge Jean-Louis Bruguière (1994-2007) pour instruire le procès, ainsi que des délais de procédure, qui expliquent la tenue aujourd'hui de cette audience. Quelque 65 témoins sont convoqués, notamment l'ex-épouse de Carlos, l'Allemande Magdalena Kopp, et d'ex-agents secrets de l'Est.

Carlos est accusé d'avoir organisé les attentats à la bombe le 29 mars 1982 contre le train Capitole Paris-Toulouse (5 morts, 77 blessés), le 22 avril 1982 rue Marbeuf à Paris devant le siège du journal El Watan (un mort, 63 blessés) et le 31 décembre 1983 dans le TGV près de Tain-l'Hermitage et à la gare Saint-Charles de Marseille (5 morts et 50 blessés au total).

Les deux premiers attentats ont eu lieu à un moment où la France détenait Magdalena Kopp, et un autre membre du groupe, Bruno Bréguet, arrêtés à Paris le 16 février 1982.

Les attentats de la Saint-Sylvestre 1983 faisaient suite, selon l'accusation, à un raid de l'aviation française au Liban contre une base du Hezbollah pro-iranien. Carlos nie être impliqué dans tous ces faits et parle de montage politique.

Plusieurs dizaines de victimes de ces actions, assistées par une dizaine d'avocats au procès, sont venues à la cour. Philippe Rouault, qui a eu une jambe presque arrachée rue Marbeuf, a dit aux journalistes avoir vécu "l'apocalypse".

"On espère que Carlos ne sera pas arrogant et aura au moins du respect pour les victimes. On sait qu'il aime faire son spectacle, mais on espère qu'il sera humble et respectueux", a-t-il dit.

Carlos a reçu un soutien inattendu, celui de l'humoriste Dieudonné, qui s'est rendu devant la cour pour dire aux journalistes qu'à ses yeux les faits étaient trop anciens et qu'on devait laisser l'accusé rentrer chez lui.

Edité par Patrick Vignal

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