La juge de l'Audience nationale espagnole devait émettre vendredi un mandat d'arrêt européen contre l'ancien président catalan Carles Puigdemont. Huit membres du gouvernement catalan ont été écroues et la Catalogne s'enflamme

La détention des élus catalans a provoqué des manifestations
La détention des élus catalans a provoqué des manifestations © AFP / Miquel Llop / NurPhoto

Le mandat d'arrêt européen contre Charles Puigdemont et quatre de ses ministres a été émis ce vendredi par la juge Carmen Lamela de l'Audience Nationale.

La justice belge va maintenant "étudier" le mandat d'arrêt a indiqué un porte-parole du parquet fédéral belge. "On va l'étudier, puis il sera donné à un juge d'instruction", a expliqué Eric Van der Sijpt. 

Le parquet fédéral de Bruxelles aura 60 jours pour étudier le dossier et décider. Elle devra également statuer sur l'appel que le président catalan destitué par Madrid ne manquera pas interjeter.

Huit membres du gouvernement catalan écroues

Les menaces d'emprisonnements n'étaient donc des paroles en l'air. Oriol Junqueras, le numéro deux de ce gouvernement, et sept autres de ses membres ont été inculpés de sédition et de rébellion et écroués à l'issue de leur audition à Madrid. 

Dans son ordonnance, la juge explique l'ordre d'incarcération par le risque de fuite des inculpés qui pourtant se sont présentés à la convocation, contrairement à Carles Puigdemont et quatre de ses confrères. 

Cinq membres du bureau du Parlement catalan, dont la présidente Carme Forcadell, ont quant à eux obtenu un report au 9 novembre de leur audition, pour pouvoir préparer leur défense. 

Tous sont accusés, avec deux dirigeants d'associations indépendantistes, l'ANC et Omnium, déjà incarcérés, d'avoir organisé depuis fin 2015 "un mouvement d'insurrection active" pour parvenir à la sécession, ignorant toutes les décisions de justice, y compris l'interdiction d'organiser un référendum d'autodétermination le 1er octobre.  

La maire de Barcelone, Ada Colau, a qualifié cette décision d'"erreur politique gravissime qui nous éloigne de la solution", affirmant qu'elle ne s'expliquait que "par l'esprit de vengeance et la volonté d'humilier". 

Jeudi soir, dans un court message diffusé par la télévision régionale catalane, Carles Puigdemont a "exigé la libération" de ses collègues incarcérés, affirmant que la décision de la justice n'était "plus une affaire interne espagnole" et que la communauté internationale devait "se rendre compte du danger" qu'elle constituait. 

Et vendredi soir, dans une interview à la RTBF, le président destitué de la région de Catalogne a estimé que "ce n'est pas avec un gouvernement en prison que les élections seront neutres, indépendantes, normales".                     

Carles Puigdemont, dont on ignore toujours e lieu de résidence, explique que son but n'est pas de "fuir la justice", mais qu'il veut collaborer avec "la vraie justice" c'est-à-dire, "la justice belge", "parce que nous nous considérons comme un gouvernement légitime donc il doit y avoir une continuité". Le leader séparatiste veut "expliquer au monde ce qui se passe en Espagne." 

Manifestations de soutien

Des dizaines de milliers de personnes manifestent depuis jeudi à travers la région catalane. Concerts de casseroles et manifestation jeudi soir dans le quartier qui abrite à la fois le parlement et le palais de justice.  "Ce n'est pas une justice, c'est une dictature !", scandaient les manifestants, ou encore "honte à l'Europe !", qui a refusé d'intercéder en faveur des séparatistes.

Les incarcérations ont soudé indépendantistes, syndicats et catalans. Une grève générale est prévue mercredi prochain.

Envoyé spécial de France Inter à Barcelone Thibault Lefèvre

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.