Une heure après l'adoption d'une déclaration d'indépendance, le Sénat espagnol a validé le déclenchement de l'article 155 de la Constitution, un événement sans précédent en Espagne depuis le retour de la démocratie en 1977 et qui place la région catalane sous la tutelle de Madrid.

Carles Puigdemont, a appelé samedi les partisans de l'indépendance à s'opposer démocratiquement à l'administration directe de Madrid
Carles Puigdemont, a appelé samedi les partisans de l'indépendance à s'opposer démocratiquement à l'administration directe de Madrid © AFP / Generalitat De Catalunya / Jordi Bedmar

Carles Puigdemont a beau en appeler à "s'opposer démocratiquement à l'application de l'article 155" de la Constitution espagnole, reste qu'après avoir fête l’indépendance dans les rues de Barcelone, Gérone ou Tarragone, la Catalogne s'est réveillée ce samedi matin sous tutelle de Madrid.

La journée de vendredi a vu la crise entre Madrid et Barcelone atteindre son paroxysme après que le Parlement de Catalogne a adopté une déclaration unilatérale d'indépendance, défiant le pouvoir central et accentuant une confrontation politique sans précédent en Espagne depuis la tentative de coup d'Etat de février 1981.

La réponse du gouvernement espagnol n'a pas tardé. Cinq heures après Mariano Rajoy a annoncé la dissolution du Parlement régional catalan, la tenue d'élections anticipées le 21 décembre dans la région séparatiste et la destitution de l'exécutif autonome de Catalogne, soit environ 150 personnes, parmi lesquelles Carles Puigdemont et le directeur de la police régionale, les Mossos d'Esquadra. Des personnalités qui en principe n'ont plus le droit d'accéder à leurs bureaux, sous peine d'être accusées d'usurpation de fonction. 

Après la destitution du chef des Mossos, un note interne appelle les policiers régionaux à rester neutres, à ne pas prendre parti dans la crise qui oppose Barcelone à Madrid et à agir en professionnels.

Suspension de facto de l'autonomie de la Catalogne

Suite à ces mesures prises au titre de l'article 155 de la Constitution, la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria, devrait réunir, dès ce samedi, les secrétaires d'Etat qui seront chargés d'assumer les fonctions des gouvernants catalans.

Le parquet général d'Espagne a indiqué dès vendredi soir qu'il allait engager la semaine prochaine une procédure judiciaire contre Carles Puigdemont pour "rébellion", un délit puni d'une peine de prison allant jusqu'à 30 ans. Une procédure qui pourrait peut-être même être élargie au reste du gouvernement catalan et au bureau des présidents de l'assemblée catalane

Des élections dans 55 jours

La convocation d'élections par Madrid soulève la question de la participation ou non des indépendantistes à ce scrutin. Certains veulent  y participer pour montrer la réalité du sentiment irrédentiste catalan, d'autres n'imaginent pas répondre favorablement à une injonction de Madrid. "Ils n'ont qu'à voter eux", a réagi Gabriel Cardenas, un militant indépendantiste de 26 ans expliquant qu'il n'accepterait plus rien à partir d'aujourd'hui. 

Certains leaders indépendantistes voient ces élections comme un cheval de Troie de Madrid pour reprendre la main, en cas de résultats défavorables. Pour Benoît Pellistrandi, historien spécialiste de l'Espagne, les résultats pourraient causer beaucoup de tort aux séparatistes.

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Benoît Pellistrandi

Par France Info

Les conséquences de la déclaration d'indépendance comme de la mise sous tutelle sont incalculables. Face à l'insécurité juridique, plus de 1.600 sociétés ont déjà décidé de transférer leur siège social hors de Catalogne.  La principale organisation patronale en Espagne, la CEOE, a dénoncé le vote du parlement catalan, craignant des conséquences "très graves" pour l'économie. 

"Résister pacifiquement"   

C'est le pari et le projet de Carles Puigdemont après les violences policières qui avaient émaillé la tenue du référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre.

Les puissantes associations indépendantistes ANC et Omnium Cultural ont déjà prévenu qu'elles mobiliseraient leurs dizaines de milliers d'adhérents pour "défendre la République". Des "Comités de défense de la République" se disent également prêts à "résister pacifiquement".

Nous sommes certains que la meilleure manière de défendre les victoires obtenues jusqu'à aujourd'hui est l'opposition démocratique à l'application de l'article 155

A déclaré samedi à la mi-journée Carles Puigdemont dans un discours télévisé enregistré. "Nous continuerons à œuvrer pour construire un pays libre"

Hélène Ballestero a écoute son discours

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Hélène Ballestero a écouté le discours de Carles Pudgemont

Par Hélène Ballestero

Selon le leader indépendantiste, le déclenchement de l'article 155 est une "agression préméditée à la volonté des Catalans".  La nouvelle étape dans laquelle est entrée la Catalogne doit être défendue avec un "infatigable esprit civique et pacifique", a-t-il poursuivi alors qu'au même moment à Madrid, des milliers de personnes manifestaient pour le maintien de la Catalogne en Espagne au cris de "Puigdemont en prison!"

Les dates clés de la crise catalane
Les dates clés de la crise catalane © Visactu
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