Francophone et europhile convaincue, la ministre allemande a été choisie pour le poste de présidente de la Commission européenne. Conservatrice, modérée sur les questions de société, Ursula von der Leyen défend une vision fédéraliste de l'Europe.

Ministre de la Défense, Ursula von der Leyen est une fidèle d'Angela Merkel.
Ministre de la Défense, Ursula von der Leyen est une fidèle d'Angela Merkel. © Getty / Sean Gallup

Sa nomination a créé la surprise. Après de longues tractations, l’Allemande Ursula von der Leyen a été désignée ce mardi pour prendre la tête de la Commission européenne. À condition d’obtenir le feu vert du Parlement, cette proche d’Angela Merkel, francophone et francophile, devrait devenir la première femme à occuper la fonction.

Sur l'UE : elle plaide pour des "États-Unis d’Europe" et pour une armée européenne

Âgée de 60 ans, diplômée d’économie, Ursula von der Leyen est la fille d'Ernst Albrecht, ancien ministre-président conservateur de Basse-Saxe. Membre de l’Union chrétienne démocrate (CDU) et profondément europhile, elle a plaidé à plusieurs reprises pour des "États-Unis d’Europe".

"Une monnaie commune ne suffit pas pour survivre face à la concurrence mondiale. Une union politique est nécessaire", déclarait-elle par exemple au journal Spiegel en 2011. "Maintenir l'Europe soudée, c'est notre grande tâche politique", disait-elle également lors de la convention nationale de l'UMP.

Ancienne ministre de la Famille, du Travail et des Affaires sociales, Ursula von der Leyen est depuis fin 2013 à la tête du ministère allemand de la Défense. Dans un entretien accordé à Daniel Cohn-Bendit [à écouter ici, en anglais, à partir de la 15e minute] la ministre défend l'idée d'une armée européenne

Je suis fermement convaincue que nous aurons toujours besoin de l'Otan pour notre défense collective. Mais le président américain est ce qu'il est. Nous avons besoin de déterminer nos valeurs, ce que nous voulons défendre. Il nous faut devenir encore plus européens (...). Et pour cela nous pouvons aussi développer une structure qui nous sera utile quand nous utiliserons nos propres forces.

Alors que Donald Trump estime que Berlin doit "d’énormes sommes d’argent" à l’Otan et aux États-Unis qui fournissent à l’Allemagne "une défense très puissante et très coûteuse", Ursula von der Leyen avait répondu sèchement au président américain en mars 2017 : "Il n'existe pas de compte où sont enregistrées des dettes au sein de l'Otan"

Elle a également demandé à Washington de ne pas traiter Europe et Russie sur un pied d’égalité.

Sur le Brexit: "Tout le monde y perd"

Ursula von der Leyen a eu l'occasion de se montrer critique sur la question du Brexit. Le référendum sur la sortie du Royaume-Uni n’était selon elle "qu’une bulle de promesses creuses, provoquée par les populistes". "Ils avaient promis que le pays tirerait profit du Brexit. Le fait est qu’aujourd’hui tout le monde y perd".

Sur les Français:  un "peuple très charmant" et "détendu"

Interviewée en 2013 par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, la ministre évoquait (en français) la relation franco-allemande. 

Certes il y a des différences entre les deux pays : l'histoire, l'organisation politique, le modèle social. Mais notre plus grande proximité, c'est notre responsabilité historique. La France et l'Allemagne ne sont pas seulement le cœur mais aussi le moteur de l'idée européenne. Nous, Allemands, n'avons pas oublié c'est nous qui avons amené la Seconde Guerre Mondiale.  Et nous savons que nous ne serions pas si fort et si libres si l'Europe n'avait pas existé.

Ursula von der Leyen décrit par ailleurs les Français comme un "peuple très charmant" et "détendu", qui force l'admiration d'Allemands "un peu trop disciplinés". Elle ne trouve pas les Français "pessimistes".

Sur le mariage homosexuel : "Je viens d'une famille très conservatrice. Mais la société a évolué"

Proche d'Angela Merkel, Ursula von der Leyen a néanmoins pris parfois ses distances avec la chancelière sur les questions de société. Elle a été l'une des rares au sein de sa formation politique à réclamer la mise en place d'un salaire minimum et a essayé (en vain) d'imposer des quotas de femmes au sein de la direction des grandes entreprises. 

Elle a également voté en faveur du mariage pour tous en 2017, expliquant dans les médias s'appuyer sur sa propre expérience :

Je viens d'une famille très nombreuse, et très conservatrice. J'ai un neveu homosexuel, et je n'oublierai jamais le jour où il nous a présenté son compagnon. Mes tantes étaient si heureuses... Cela montre à quel point la société a évolué (...). C'est pourquoi je me suis prononcée en faveur du mariage homosexuel.

C'est aussi à elle que les Allemands doivent le salaire parental dont ils peuvent bénéficier pendant les 14 mois qui suivent une naissance.

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