Le djihadiste le plus recherché du monde est mort, dans la nuit de samedi à dimanche, au cours d’une opération militaire dans la région d’Idleb, en Syrie. Le chef du groupe État Islamique n’avait pas été vu en public depuis 2014.

Un portrait de al-Baghdadi brûlé dans une manifestation, en 2017 en Inde
Un portrait de al-Baghdadi brûlé dans une manifestation, en 2017 en Inde © AFP / Prakash SINGH

"Abou Bakr al-Baghdadi est mort comme un chien” : ce dimanche, Donald Trump a confirmé une information relayée par les médias américains depuis le début de la matinée. “Le président des États-Unis fera une annonce très importante”, avait simplement indiqué la Maison Blanche quelques heures plus tôt, alors que Donald Trump avait pour sa part tweeté : “Quelque chose d’énorme vient de se passer”.

Baghdadi était un homme dépravé et malade, et il est mort.

Dimanche en début d'après-midi, Donald Trump a donné une conférence de presse pour préciser les circonstances de la mort du leader djihadiste. Voici, pour l'heure, ce que l'on en sait. 

Comment Abou Bakr al-Baghdadi est-il mort ?

Le chef du groupe terroriste État Islamique était visé par un raid de l'armée américaine. Dès dimanche matin, on savait par l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) qu'une opération militaire avait eu lieu dans la région d'Idleb, en Syrie. Des commandos américains ont été héliportés et débarqués sur cette zone, après que les tirs de huit hélicoptères ont visé une maison proche de la frontière turque. 

À l'approche de cette zone proche de la frontière turque, les hélicoptères ont essuyé des coups de feu, mais ont tout de même pu se poser aux abords du bâtiment où état retranché al-Baghdadi. Craignant que l'entrée principale soit piégée, les militaires font exploser un mur. Nouvel échange de coups de feu : cette fois, les américains ripostent et tuent plusieurs combattants jihadistes. D'autres sont blessés, et 11 enfants sont récupérés indemnes.

Il a passé ses derniers moments dans la peur, terrifié par les Américains"

Al-Baghdadi, lui, est retrouvé dans un tunnel creusé pour sa protection. Il est accompagné de trois de ses enfants, qu'il a "utilisés comme bouclier humain" selon Donald Trump. Il n'a pas été tué par les soldats américains mais "a déclenché sa veste d'explosifs, se tuant ainsi que les trois enfants. Son corps a été mutilé par les explosions et le tunnel s'est effondré sur lui". Le président américain assure que les résultats des tests ADN confirment qu'il s'agit bien du leader djihadiste le plus recherché au monde. 

En revanche, plus tard dimanche, la Russie a émis des doutes quant à "la réalité et le succès de l'opération américaine". Elle évoque une "énième mort" de al-Baghdadi et pointe du doigt des "détails complètement contradictoires" de la part des "participants directs et pays qui auraient participé à cette opération". 

Qui a participé à cette opération ?

A la fois beaucoup et très peu de monde. Durant son allocution, Donald Trump a remercié la Russie, la Syrie, l'Irak, la Turquie et les Kurdes pour leur aide. Mais aucun, assure-t-il, n'était au courant du raid à venir : ces pays ont eu essentiellement un rôle d'aide au renseignement. Une déclaration qui colle avec celles des forces kurdes en Syrie qui déclaraient plus tôt avoir mené "un travail conjoint des renseignements" avec Washington, de même que la Turquie qui disait avoir travaillé "en coordination" avec les États-Unis. 

L'Irak, notamment, aurait joué un rôle-clé dans cette opération : en début d'année, les renseignements irakiens ont contribué à l'arrestation de plusieurs membres de l'État Islamique, donnant de précieuses informations sur les habitudes de leur chef. Au début de l'été, les forces de sécurité irakiennes et la CIA ont conclu qu'al-Baghdadi était à Idlib. L'agence Reuters détaille notamment l'importance du témoignage d'Ismaël al Ethawi, un conseiller du chef de l'État Islamique, arrêté par les Turcs puis remis aux Irakiens. "Ethawi a fourni des informations précieuses qui ont aidé les services de sécurité irakiens à trouver les pièces manquantes du puzzle sur les mouvements de Baghdadi et les endroits où il avait l'habitude de se cacher", a déclaré à Reuters l'un des responsables irakiens. 

Cela faisait ainsi "plusieurs semaines" que les Américains avaient des indications sur la localisation d'al-Baghdadi, et notamment qu'il y avait des tunnels sous le bâtiment visé. Mais pour éviter des fuites, même les responsables du Congrès américain n'avaient pas été prévenus. Il a donné lui-même l'ordre de lancer les opérations, et les a suivies en partie, en vidéo, grâce aux caméras embarquées des soldats

"C'était absolument parfait, comme si nous regardions un film". 

Pour Donald Trump c'est une véritable victoire : "_Les États-Unis ont cherché Al-Baghdadi pendant de nombreuses années_. Le capturer et le tuer a été la priorité de mon administration."

Et le rôle de la France dans cette traque ? "Nous étions pas dans l'équipe qui a mené ce raid", a expliqué la secrétaire d'État aux Affaires européennes Amélie de Montchalin, ce lundi sur franceinfo, sans plus de détails. La France était-elle au courant de l'intervention ? "Une question sans objet" a éludé la secrétaire d'État.

Quel est le bilan de l'opération ?

Selon l’OSDH, l’opération militaire a fait au moins neuf morts, dont deux femmes et un enfant. La Maison Blanche, qui a donc confirmé la mort de quatre personnes pour l'instant (Al-Baghdadi et ses trois fils) annoncera le bilan officiel “dans les prochaines 24 heures”, mais assure qu’il n’y a pas eu de mort côté américain. Donald Trump a toutefois déclaré qu'un "grand nombre de compagnons d'al-Baghdadi ont été tués", sans donner pour l'heure plus de précisions. 

Qui était al-Baghdadi ?

Presque tout ce que l'on sait de lui est au conditionnel. De son vrai nom Ibrahim Awad al-Badri, ce chef de groupe terroriste serait né en 1971 en Irak et se serait tourné vers la théologie après avoir tenté d’être avocat, puis militaire. Il avait créé un premier groupe djihadiste en 2003, puis rejoint un groupe sous tutelle d’Al-Qaida, qu’il avait progressivement transformé en “Etat Islamique”.  

Depuis 2014 et son intervention dans une mosquée de Mossoul, en Irak, il n’avait plus été vu en personne, mais continuait d’envoyer régulièrement des messages audio ou vidéo - les dernières images connues de lui remontent au 29 avril dernier. Il s’était autoproclamé chef du “califat” érigé par Daesh, proclamé le 29 juin 2014 et éradiqué en mars dernier, selon les forces syriennes.

Sa mort met-elle fin au groupe État Islamique ?

Il est difficile de le dire si tôt. Plusieurs éléments sont à prendre en compte. On peut effectivement penser que la mort d'al-Baghdadi affaiblisse encore un peu plus ce groupe terroriste dont l'emprise sur la Syrie a nettement reculé : le 23 mars dernier, après la bataille de Baghouz, le "califat" de l'EI a été "détruit" par les forces syriennes antidjihadistes. Sans califat ni calife, le groupe se retrouve en position de faiblesse

A-t-il un ou des successeurs désignés ? Les États-Unis assurent qu'oui, et qu'ils sont déjà sur leur piste. Reste à savoir si le groupe terroriste, très structuré (il a sa propre agence de presse, est présent sur les réseaux sociaux, etc.) continuera à recruter des membres après la mort de son fondateur. 

La communauté internationale est unanime pour dire que cette mort est une "étape importante" comme le souligne le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, mais pas la dernière : "La bataille contre ce fléau n'est pas encore terminée", a prévenu Boris Johnson au Royaume-Uni. En France, Emmanuel Macron a lui aussi déclaré que "le combat continue avec nos partenaires de la coalition internationale pour que l'organisation terroriste soit définitivement défaite".  De même, la ministre des armées Florence Parly a formulé un tweet, dans la nuit de dimanche à lundi : "Retraite anticipée pour un terroriste, mais pas pour son organisation".

Preuve du fait que le combat n'est pas fini : plus tard dans la journée de dimanche, les forces kurdes ont annoncé avoir mené un autre raid dans le nord de la Syrie, pour cette fois tuer Abou Hassan al-Mouhajir, "bras droit d'Abou Bakr al-Baghdadi et porte-parole de l'organisation Daesh"

D'autre part, la crainte de représailles est aussi présente, chez les Kurdes mais aussi en France : dimanche soir, le ministère de l'Intérieur a appelé à "une vigilance accrue : _dans les heures à venir, la possible intensification de la propagande djihadiste consécutive à ce décès, appelant éventuellement à des actes de vengeance_, doit vous conduire à la plus extrême vigilance, notamment à l'occasion des évènements publics qui pourraient être programmés dans votre département dans les jours à venir", a expliqué Christophe Castaner dans un message envoyé aux préfets. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.