Depuis le 22 février, les millions d'Algériens qui descendent dans les rues du pays contre Abdelaziz Bouteflika (et le système au pouvoir) parlent d'une seule voix et refusent de politiser le mouvement. Des figures montantes apparaissent cependant un peu plus régulièrement dans les médias ou sur les réseaux sociaux.

Moustapha Bouchachi, l'un des représentants les plus connus de l'opposition algérienne, en avril 2012
Moustapha Bouchachi, l'un des représentants les plus connus de l'opposition algérienne, en avril 2012 © AFP / Farouk Batiche

Pour trouver des figures émergeant de la masse réunie chaque vendredi dans les rues algériennes, ça n’est pas du côté des partis politiques les plus installés qu’il faut chercher. D’abord parce que dès le début, les citoyens mobilisés ont prévenu : "pas de récupération politique !" Mais aussi et surtout parce que l’opposition algérienne est moribonde, laminée ou phagocytée par le pouvoir depuis le début des années 90 et la victoire des islamistes du FIS aux élections législatives de 1991.

Ainsi, les hommes et femmes qui se font le plus entendre appartiennent à la société civile ou à des structures politiques plus modestes ou n’ayant pas reçu leur agrément pour devenir officielles.

Moustapha Bouchachi, le militant des droits de l'homme

Cet avocat de 67 ans a certes connu le monde de la politique -membre du Front des Forces socialistes, député de 2012 à 2014- mais il est avant tout un militant, ancien président de la Ligue algérienne pour la Défense des droits de l’Homme, celle reconnue par la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH). Chez nos confrères de France Culture, il saluait ce mercredi 4 avril la démission d’Abdelaziz Bouteflika -"un combat gagné par le peuple algérien"- mais prévenait que la lutte n’était pas terminée.

Bouchachi dénonce en effet la présence à la tête du gouvernement nommé dimanche 31 mars de Nouredine Bédoui, ancien ministre de l’Intérieur et à celle du pays, même le temps de la transition, d’Abdelkader Ben Salah, président du Conseil de la Nation, le Sénat algérien. "Nous n'accepterons jamais que ce chef du gouvernement, qui était derrière toutes les fraudes électorales qu'a connu l'Algérie depuis des années, organise les élections", explique Moustapha Bouchachi. Et il ajoute : 

Les Algériens ne peuvent pas avoir confiance en ce gouvernement, comme ils n'accepteront pas non plus que le président du Sénat devienne le chef de l'État.

Zoubida Assoul, l'opposante politique

Du côté des partis ou mouvements politiques, Zoubida Assoul, 63 ans, revient souvent sur le devant de la scène. Présidente du mouvement "Union Pour le Changement et le Progrès", non accrédité par les autorités algériennes, elle est porte-parole du mouvement "Mouwatana" ("Citoyenneté"). Une structure qui en réunit plusieurs, fondée en juin 2018, et qui depuis militait contre une nouvelle candidature d’Abdelaziz Bouteflika à l’élection présidentielle. "Un cinquième mandat serait irresponsable", disait-elle déjà en novembre dernier sur le plateau de France 24, déplorant également que "son quatrième mandat était un blocage total pour le pays".

Karim Tabou, la voix de la jeunesse

Quand il apparaît dans les cortèges, Karim Tabou, 46 ans, est souvent entouré de jeunes l’acclamant et le filmant avec leurs smartphones. Ancien Premier secrétaire du Front des Forces Socialistes (FFS), il en a démissionné pour créer l’Union Démocratique et Sociale. Lui non plus ne veut se contenter de la démission de Bouteflika. Assez apprécié de la jeunesse, notamment parce qu’il est un adepte des nouvelles technologies, il se bat contre l’embrigadement des Algériens par l’islam et la corruption. Fier de voir qu’Alger est devenue "la capitale la plus respectée au monde en raison du caractère pacifique extraordinaire de la mobilisation", il estime qu’aujourd’hui que "la priorité n’est pas à la structuration de la rue mais à la restructuration de l’État, pour un pays qui se trouve dans une impasse culturelle, économique et politique".

D'autres pistes loin des têtes d'affiche

Des acteurs de la contestation refusent d'en devenir les porte-paroles, reconnaissant que c’est la rue, le peuple algérien qui est à l’origine de ce mouvement. Dans cette liste pourraient aussi figurer les supporteurs de football, en tête dans les cortèges et dont les slogans et chants hostiles à Bouteflika et au régime étaient entonnés depuis longtemps dans les tribunes des matchs.

Tous devraient encore sortir ce vendredi pour un septième grand rendez-vous. Et pour demander la fin du système. La transition telle qu’elle est proposée par la Constitution ne leur convient pas. Mais l’absence dans le pays d’une opposition structurée, solide et qui n’ait jamais été associée à un moment ou un autre au pouvoir reste un problème à régler, pour assurer l’avenir politique d’un peuple qui veut tout reconstruire.

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