Le discours d'Emmanuel Macron à l'occasion de la cérémonie de commémoration de la Grande Guerre qui a fait 10 millions de morts et 20 millions de blessés parmi les combattants, était emprunt de solennité, avertissant les nations du retour des "démons" qui ont précipité l'Europe dans le chaos.

Emmanuel Macron lors de la cérémonie du 11 novembre 2018 sous l'Arc de Triomphe
Emmanuel Macron lors de la cérémonie du 11 novembre 2018 sous l'Arc de Triomphe © AFP / LUDOVIC MARIN / POOL

Les démons du nationalisme

Pour Emmanuel Macron la paix est menacée par les "démons d'aujourd'hui", dans un contexte de montée des nationalismes en Europe, et il a appelé à la vigilance et à la responsabilité.   

"Le patriotisme est l'exact contraire du nationalisme, le nationalisme en est une trahison. En disant 'nos intérêts d'abord et qu'importe les autres', on gomme ce qu'une Nation a de plus précieux : ses valeurs morales", a-t-il déclaré.  "Les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur oeuvre de chaos et de mort", a poursuivi Emmanuel Macron. 

En opposant patriotisme et nationalisme, le chef de l'état faisait référence à une citation célèbre de Romain Gary : "Le patriotisme, c'est l'amour des siens. Le nationalisme, c'est la haine des autres".

"L'Histoire menace parfois de reprendre son cours tragique et compromettre notre héritage de paix que nous croyions avoir définitivement scellé du sang de nos ancêtres".  "Faisons une fois de plus ce serment des Nations de placer la paix plus haut que tout parce que nous en connaissons le prix", a-t-il ajouté. "Nous tous, ici, dirigeants politiques, nous devons en ce 11 novembre 2018 réaffirmer devant nos peuples notre immense responsabilité, celle de transmettre à nos enfants le monde dont les générations d'avant ont rêvé"

La trahison des clercs

Emmanuel Macron a fait référence au livre de Julien Benda, La trahison des clercs, paru en 1927. Julien Benda visait à l'époque les intellectuels nationalistes. Aujourd'hui, le président français semble dénoncer, sans les nommer,  les intellectuels ou essayistes comme le polémiste Eric Zemmour par exemple (auteur du Suicide français, ou Destin français). 

Le suicide de l'Europe 

"A 11h00 du matin, il y a cent ans jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné", a dit Emmanuel Macron. "C'était l'armistice, c'était la fin de quatre longues et terribles années de combats meurtriers".  "Durant ces quatre années, l'Europe manqua de se suicider. L'Humanité s'était enfoncée dans le labyrinthe hideux d'affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants", a ajouté le chef de l'Etat. "Souvenons-nous, n'oublions pas car le souvenir de ces sacrifices nous exhorte à être dignes de ceux qui sont morts pour nous". 

Cette expression de "suicide de l'Europe", est utilisée à une autre période, celle de l'entre-deux guerres, par Stefan Zweig dans sa correspondance à  Romain Rolland, Thomas Mann ou Sigmund Freud. A l'époque l'écrivain allemand s'exilait à Londres, et le pacifiste Romain Rolland choisissait d'aider les soldats depuis Genève. 

Aujourd'hui ce sont souvent les opposants farouches à l'accueil des migrants, ou ceux qui parlent d '"invasion musulmane" à qui il arrive de parler de 'suicide' de la France ou de l'Europe. Le discours d'Emmanuel Macron semble leur indiquer que le suicide serait de choisir l'affrontement entre pays européens plutôt que la solidarité face aux enjeux du siècle. 

Pas un mot sur les Etats-unis mais...

Si Emmanuel Macron n'a pas nommé les Etats-Unis, la plupart de ses mots semblaient être destinés à Donald Trump. Dans un contexte de tensions diplomatiques alimentées par une série de décisions unilatérales de Donald Trump,  Emmanuel Macron a défendu l'existence des institutions internationales, de l'Europe d'aujourd'hui et de l'ONU.  "Cela s'appelle, sur notre continent, l'amitié forgée entre l'Allemagne et la France (...). Cela s'appelle l'Union européenne, une union librement consentie jamais vue dans l'Histoire et nous délivrant de nos guerres civiles. Cela s'appelle l'Organisation des Nations Unies". "C'est cette certitude que le pire n'est jamais sûr tant qu'existent des hommes et de femmes de bonne volonté", a-t-il dit.  Il a aussi dénoncé l'état d'esprit "qui alimente les contre-vérités, accepte les injustices nourrit les extrêmes et l'obscurantisme".

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