Centrafrique- Mpoko - Armes 2014
Centrafrique- Mpoko - Armes 2014 © Radio France / Claude Guibal

Bangui, la capitale centrafricaine est paralysée depuis trois jours par des manifestants réclamant la démission de la présidente Samba-Panza après les violences du week-end. Au moins 36 personnes sont mortes et 27.400 ont été déplacées depuis samedi. Pour Thierry Vircoulon, directeur du projet Afrique Centrale de Crisis Group, tous les élements de la crise centrafricaine sont à vif, alors que des élections présidentielles et législatives doivent avoir lieu le mois prochain. Il revient, en détail, sur les racines de la crise, au micro de France-Inter.

Quelle est l'origine de cette nouvelle flambée de violence?

Le scénario est habituel. Un chrétien ou un musulman est tué, cela déclenche des violences populaires dans lesquelles s'engouffrent les ex-Seleka ou les anti-Balakas. Le contexte est particulièrement tendu, avec l'échéance électorale qui approche, les élections présidentielles et législatives étant prévues pour un premier tour mi-octobre et un deuxième en novembre.Beaucoup d'acteurs politiques savent qu'ils ont peu de chances d'obtenir quelque chose de cette élection et ils veulent saboter le processus . Trop de questions ont été laissées en plan. A part l'ancien président, François Bozizé, dont on sait qu'il sera arrêté s'il revient en Centrafrique, on ne sait pas précisément quel candidat est éligible ou pas. Il ne faut pas oublier que ces accrochages ont eu lieu alors que la présidente de transition, Catherine Samba-Panza, se trouvait à New-York pour l'assemblée générale des Nations-Unies. Il y a clairement une volonté de déstabilisation. Il faut dire que sans désarmement, sans amélioration des relations intercommunautaires et sans réelle reconstitution de l'administration Centrafricaine, se jeter ainsi dans les élections, c'est verser de l'huile sur le feu.

Thierry Vircoulon, au micro de Claude Guibal

Une paix extrêmement fragile

L'opération Sangaris a commencé fin 2013. Mais malgré cela, et malgré une forte concentration de Casques bleus, si on prend le cas de Bangui uniquement, on trouve encore des miliciens armés musulmans notamment dans le quartier de PK5, qui ont tenu tête régulièrement aux forces de sécurité nationales et aux casques bleus. Et dans d'autres quartiers en périphérie, il y a là des groupes armés anti-balakas, qui eux non plus n'ont pas été chassés. Le travail de de désarmement des miliciens n'a pas été fait. La raison à cela, c'est qu'il n'y a pas de bailleurs prêts à financer comme il le faudrait le plan de désarmement des Nations-Unies. Les pays de la communauté internationale qui ont fait signer cet accord n'ont pas la capacité financière ou logistique de le mettre en œuvre. Il faudrait aussi accroitre la pression militaire sur les groupes armés pour qu'ils respectent l'accord signé , or les casques bleus de la MINUSCA n'ont qu'une capacité opérationnelle très mince, et les forces françaises Sangaris sont en réduction, il est prévu qu''il ne reste plus que 600 hommes à la fin de ce mois. Enfin, on ne souhaite pas toujours agir sur les sources du financement des groupes armés, comme l'exploitation des ressources naturelles, l'or ou le diamant, la taxation des activités commerciales ou le racket que les miliciens pratiquent sur la population. Tout cela a empêché de progresser sur le désarmement des groupes armés, qui restent opérationnels du centre-ville de Bangui au nord-est du pays.

►►► ALLER PLUS LOIN | Le dernier rapport de Crisis Group:Centrafrique, les racines de la violence

Un processus bâclé

Fin 2014, la feuille de route qui avait été mise au point comprenait trois étapes majeures : le forum de Bangui, un accord sur le désarmement, puis des élections avant fin 2015 . Le Forum de Bangui a eu lieu, il y a eu un accord signé par les groupes armés, mais le désarmement, lui, n'a pas eu lieu . Cette séquence fondamentale a sauté. Cependant, on a décidé de maintenir coûte que coûte l'organisation des élections. Or le processus a déraillé : il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs et faire d'élections sans avoir rétabli un minimum de sécurité en Centrafrique.Ce calendrier était irréaliste à cause de la volonté marquée de certains membres de la communauté internationale dont le but est de se désengager au plus vite de la crise, plutôt que vraiment trouver un moyen de la résoudre. Du coup, on privilégie un processus cosmétique, à la va-vite, où on va dire que tout va bien, puisqu'on a réussi à faire des élections."

La Centrafrique est l'homme malade de l’Afrique centrale. Si elle tombe pour de bon, on va voir s'enraciner les groupes armés qui vont contrôler le pays .

La Centrafrique était déjà vacillante sous la présidence de François Bozizé. Elle était tenue à bout de bras par la région et la communauté internationale et elle a trébuché avec la prise de pouvoir par les groupes armés de la Seleka. Si elle tombe pour de bon, on va voir s'enraciner les groupes armés qui vont contrôler le pays . On risque de voir une partition entre le nord-ouest du pays et le reste, à l'image de ce qui a pu se produire en Côte d'Ivoire. On peut voir le trafic d'armes s'intensifier, et des corps étrangers passer par la Centrafrique, qui sera devenue une zone refuge.Certainss'inquiètent de savoir Boko Haram, présent de l'autre côté de la frontière, au Cameroun. C'est vrai que les groupes terroristes apprécient les zones grises et ingouvernées, dans lesquelles ils peuvent établir leurs bases. Mais au-delà des djihadistes, il y a énormément d'autres groupes armés dans la région qui peuvent trouver la Centrafrique à leur gout.

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