C'est une information Radio France, un charnier a été découvert hier dans les hauteurs de Bangui. Plusieurs quartiers de la capitale centrafricaine sont désormais touchés par les violences. 44 corps ont été ramassés jeudi par la Croix-Rouge.

Sur la colline boisé des Panthères, 30 cadavres ont été retrouvés sur 200 mètres. Ils étaient éparpillés dans un ravin : des hommes d'une trentaine d'année, leurs corps ligotés pour certains, tués à l'arme blanche. On ne sait pas si ces victimes sont musulmans ou chrétiennes. Ghislain Gresenguet, le procureur de la république de Bangui a ouvert une enquête :

Des plaies sur les corps qui laissent croire qu'il y a eu des tortures.

Le charnier était situé non loin de la résidence du président Djotodia. Les affrotnements entre factuions armées se rapprochent du pouvoir. Des quartiers jusqu’à présent épargnés sont ainsi gagnés par les troubles.

Le reportage de Jérôme Jadot

Plus de 50 personnes présentant des blessures par balles ou par machette ont été reçues depuis mercredi soir au principal hôpital de Bangui, a indiqué de son côté un représentant de Médecins sans Frontières (MSF).

Comprendre les enjeux du conflit

Bangui en Centrafrique
Bangui en Centrafrique © Radio France

Plus de 1 000 morts dès les deux premiers jours du conflit, 1 600 soldats français, le conflit est parti d'une volonté de représailles par les milices anti-balaka (anti-machettes) chrétiennes contre les anciens rebelles musulmans de la Séléka, au pouvoir depuis mars.

Riche en diamants, bois précieux, or, uranium et pétrole, la Centrafrique a été minée depuis l'indépendance, en 1960, par cinq coups d'État et de multiples rébellions qui ont toutes eu, pour objectif de contrôler les ressources du pays. Cette situation instable et les retombées des conflits dans les pays voisins - République démocratique du Congo, Soudan et Tchad - ont transformé l'ancien joyau d'Afrique centrale en État fantôme à l'armée indisciplinée et à l'administration corrompue.

La Séléka a profité de ce vide pour lancer son offensive, qui visait au départ à permettre aux populations du nord du pays de bénéficier d'une part des richesses pétrolières exploitées dans leur région d'origine par la China National Petroleum Corporation.

michel djotodia, un dirigeant du séléka, se proclame président de la centrafrique
michel djotodia, un dirigeant du séléka, se proclame président de la centrafrique © reuters

Michel Djotodia, issu de l'ethnie Gula, des bergers musulmans négligés par la puissance coloniale française comme par les gouvernements post-indépendance, se sentait trahi par le président François Bozizé, qui avait sollicité son aide lors de son coup d'État, en 2003, avant de s'entourer de membres de son ethnie Gbaya une fois au pouvoir. Grâce au soutien de combattants tchadiens et soudanais, eux aussi Gula, la Séléka a mené offensive éclair qui lui a permis de s'emparer de Bangui, au sud du pays.

Le rapport de force entre Michel Djotodia et François Bozizé a basculé lorsque le président centrafricain s'est brouillé avec son homologue tchadien, Idriss Déby, qui avait appuyé son coup d'État en 2003. Lorsque les troupes de la Séléka, menées par l'ancien garde du corps d'Idriss Déby en personne, ont marché sur Bangui, les soldats tchadiens de la force de maintien de la paix des États d'Afrique centrale n'ont rien fait pour s'y opposer, rappellent les habitants de la capitale. Un contentieux qui explique les violences qui ont éclaté ces derniers jours entre miliciens anti-balaka et soldats tchadiens, désormais intégrés dans la force de l'Union africaine (Misca).

En dépit de la récente flambée de violences, nombre de Centrafricains soulignent d'ailleurs que les deux communautés ont toujours cohabité sans problème et disent espérer que le cycle de représailles va rapidement s'arrêter pour éviter que ne se creuse un fossé impossible à combler.

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