Vague de manifestations au Mexique après la disparition de 43 étudiants
Vague de manifestations au Mexique après la disparition de 43 étudiants © Reuters / Tomas Bravo

Le pays est en pleine crise, deux mois après l'enlèvement (et la mort probable) de 43 étudiants livrés par la police à des narcotrafiquants. Le président mexicain Enrique Peña Nieto promet un grand nettoyage... dont il pourrait faire les frais.

C'est la goutte de sang de trop. Celle qui a changé le visage du Mexique en quelques semaines.

Dans la nuit du 26 septembre, 43 étudiants de l'école normale rurale d'Ayotzinapa sont enlevés, et livrés par la polce municipale à un groupe de narcotrafiquants, les Guerreros Unidos. La suite est encore floue mais selon trois suspects arrêtés depuis, les victimes ont ensuite été tuées, leurs corps brûlés, concassés, puis abandonnés dans une rivière.

La violence du crime a provoqué un véritable électrochoc dans la population mexicaine. Pour Jorge Hernandez, de l'Université nationale autonome du Mexique, les habitants ont été mis face à une réalité qu'ils préféraient souvent ignorer.

Cela a marqué un réveil civil et une mise en cause de la classe politique. Le pays s'est trouvé brutalement confronté à une réalité que beaucoup ne voulaient pas voir et qui s'est exprimée de la manière la plus crue.

Depuis, pas un jour sans une manifestation, une occupation de lieux publics, un blocage d'autoroute ou des violences contre la police, dont la crédibilité a été durablement entamée par le probable massacre.

Le président peut-il tenir ?

Une méfiance qui frappe jusqu'au sommet de l'État : les étudiants de l'école frappée par le drame (par ailleurs bastion historique des radicaux du pays) réclament la démission du président Enrique Peña Nieto. Ils lui ont lancé un ultimatum, lui donnant jusqu'au 1er décembre pour quitter le pouvoir, sous peine de voir le mouvement prendre de l'ampleur.

Une démission difficilement envisageable, pour le politologue José Antonio Crespo, qui estime qu'il s'agit là d'une "utilisation de l'affaire par les anarchistes, avec leur propre objectif, pour déstabiliser".

Le bras droit du président et ministre de l'Intérieur, Miguel Angel Osorio Chong, a annoncé des mesures pour éliminer la criminalité et la corruption au sein de la police. "On doit prendre des décisions partout où existent des faiblesses de l'État mexicain." Des mesures qui ne seront peut-être pas suffisante pour sauver le parti au pouvoir lors des législatives en juin prochain...

Tués pour ne pas gêner la femme l'ancien maire

Mais l'opposition politique n'est pas épargnée par la colère des Mexicains, loin de là. Le fondateur et ancien dirigeant du PRD, le parti de gauche et deuxième force politique du pays, a lui-même démissionné, accusant l'actuelle direction d'être en partie responsable : c'est en effet elle qui a désigné José Luis Abarca comme candidat à la mairie d'Iguala. Il est depuis détenu, soupçonné d'être l'instigateur de l'enlèvement des étudiants et de leur mort probable.

L'ancien maire, marié à la soeur de trois narcotrafiquants bien connus, aurait voulu empêcher une manifestation d'étudiants en marge d'un évènement organisé par l'association d'aide à l'enfant de sa femme.

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