Les militants pro-avortement descendent dans les rues samedi en Irlande, en ce dernier week-end avant le référendum proposant de légaliser l'avortement. En Pologne aussi la loi sur l'avortement est très restrictive. Les femmes doivent user de courage et de débrouillardise pour interrompre leur grossesse.

Affiche dans les locaux du planning familial à Varsovie
Affiche dans les locaux du planning familial à Varsovie © Radio France / Valérie Cantié

Paulina a 27 ans. A 24 ans, elle découvre qu'elle est enceinte d'un garçon qui refusait d'utiliser des préservatifs. Paulina ne veut pas de cet enfant. Son obsession est de se faire avorter. Mais depuis 1993 en Pologne, les femmes n'ont pas le droit d'interrompre leur grossesse, sauf dans trois cas :

  • si la vie de la mère est en danger
  • si le fœtus présente une malformation
  • si l'enfant est le résultat d'un viol ou d'un inceste

Option 1 : aller à l'étranger

Le cas de Paulina n'entre pas dans le cadre de cette loi. Elle doit donc trouver une solution "alternative". Elle part alors en Slovaquie, de l'autre coté de la frontière. Dans sa famille, personne d'autre que  sa mère ne sait qu'elle est enceinte. 

J'ai dit que je partais à une compétition de ski. En fait, je me suis demandé : combien de femmes polonaises sont en train de faire la même route que moi pour aller se faire avorter ? 

Elle se rend dans une clinique spécialisée dans l'accueil des Polonaises. Coût de l'intervention : 1 000 euros. Paulina est issue d'une famille aisée et peut se permettre de tels frais.

Des cliniques en Allemagne, en Slovaquie, en République tchèque sont spécialisées dans les avortements de femmes polonaises.

Option 2 : prendre des médicaments vendus sous le manteau

Pour celles qui n'ont pas les moyens, il y a toujours la solution médicamenteuse. C'est l'option choisie par Ania. Il y a cinq ans, elle découvre qu'elle est enceinte de six semaines. Elle se rend chez un vétérinaire qui lui prescrit des médicaments destinés à soigner l'arthrose et à provoquer des contractions. Car en Pologne les vétérinaires ne prescrivent pas que des médicaments pour  animaux. Elle demande à sa meilleure amie de passer la soirée avec elle, au cas où elle doive être hospitalisée en urgence si elle saigne trop. Puis elle prend le traitement, qui provoque des saignements. Le lendemain, elle se rend à l'hôpital pour vérifier qu'elle a bien fait une fausse couche. Ania est alors soulagée : l'avortement médicamenteux a marché.

De nombreuses femmes parcourent également les petites annonces pour se procurer les traitements nécessaires. Elles les reçoivent ensuite de l'étranger, dans des enveloppes discrètes. Mais les courriers restent souvent bloqués à la douane ou à la poste selon les mouvements féministes.

A Varsovie, la "fenêtre de la vie" de l'association catholique Caritas pour donner son bébé à l'adoption
A Varsovie, la "fenêtre de la vie" de l'association catholique Caritas pour donner son bébé à l'adoption © Radio France / Valérie Cantié

Option 3 : trouver de rares médecins qui opèrent clandestinement

En Pologne, on trouve aujourd'hui beaucoup plus de médecins qui opposent leur clause de conscience pour refuser de pratiquer des avortements même dans le cadre légal. Mais quelques gynécologues acceptent de faire des avortements "clandestins".  

Grâce à de nombreux contacts dans le milieu médical, Natalia a choisi cette option.

Je n'ai pas du tout été traumatisée. Il faut arrêter de faire peur aux femmes ou de les faire culpabiliser parce qu'elles veulent avorter. 

La une qui a fait scandale

Le 15 février dernier, le supplément féminin du quotidien Gazeta Wyborcza publiait en couverture la photo de trois femmes. Trois militantes féministes souriantes portant des tee-shirts avec l'inscription "l'avortement est ok". Car en Pologne, non seulement l'avortement est interdit mais en plus, la loi actuelle déjà très restrictive risque à tout moment d'être durcie. 

Parmi elles : Karolina Więckiewicz 

Le fait que nous ayons le sourire, sur fond rose, et que nos tee-shirts portent une telle affirmation a contrarié beaucoup de monde y compris les féministes . Elles nous reprochaient de banaliser l'avortement, de le montrer comme étant une chose "fun".

Mais Karolina affirme qu'elle renouvellerait l'opération de la même manière. 

C'était nécessaire. Nous avons réalisé que nous ne pouvions pas attendre que la société soit prête pour porter de tels messages.  Nous devons agir pour avancer.

ECOUTER Karolina Więckiewicz (avec Valérie Cantié et Michel Gacic)

3'33

Karolina Więckiewicz a posé pour un magazine avec l'affirmation "l'avortement est ok".

Par Valérie Cantié

Vers un durcissement de la loi ?

Régulièrement, la droite ultra-conservatrice et l'Eglise, très puissante en Pologne, tentent de durcir la loi actuelle qui est déjà très stricte. Une proposition de loi citoyenne, déposée en 2016, prévoyait une interdiction totale de l'IVG et des peines de prison pour les femmes qui se faisaient avorter. Cette proposition de loi a fait descendre des centaines de milliers de Polonaises dans les rues en octobre 2016, sous la pluie, tout de noir vêtues, partout dans le pays. Les députés ont reculé. 

Manifestation contre une interdiction totale de l'avortement en Pologne en octobre 2016
Manifestation contre une interdiction totale de l'avortement en Pologne en octobre 2016 © AFP / Jaap Arriens / NurPhoto

En ce début 2018, une autre proposition de loi citoyenne a été déposée, cette fois-ci pour interdire l'avortement également en cas de malformation du fœtus, ce qui reviendrait à interdire entièrement l'avortement puisque les cas de viol et d'inceste sont très peu déclarés. Les cas de risques pour la mère lors de l'accouchement représentent quant à eux une infime part des demandes d'avortement. Cette proposition de loi a été acceptée pour le débat parlementaire mais reste en suspens pour l'instant.

RETROUVEZ le reportage de Valérie Cantié et Michel Gacic dans le magazine de la rédaction Interception le  dimanche 20 mai de 9h10 à 10h. 

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