Dans son 30e rapport annuel, Human Rights Watch lance un appel urgent à réagir face aux autorités chinoises. Pour l'ONG, parce qu'elle peut exercer un levier économique sans précédent, Pékin cherche à étendre son modèle de répression national au monde entier.

Expulsé de Hong Kong, où il devait présenter le 30e rapport annuel de Human Rights Watch, Kenneth Roth, le patron de l'ONG, a dénoncé à New York une offensive mondiale inédite de Pékin contre les droits humains.
Expulsé de Hong Kong, où il devait présenter le 30e rapport annuel de Human Rights Watch, Kenneth Roth, le patron de l'ONG, a dénoncé à New York une offensive mondiale inédite de Pékin contre les droits humains. © AFP / Johannes Eisele

Pour avoir critiqué la politique de Pékin en matière des droits humains, le directeur de l'ONG Human Rights Watch (HRW) a été jugé indésirable à Hong Kong. Kenneth Roth a été refoulé à l'aéroport de l'île, comme avant lui plusieurs autres personnalités peu tendres envers la Chine. C'est donc du siège des Nations unies, à New York, que Human Rights Watch expose son 30e rapport annuel sur les pratiques contre les droits humains, dans une centaine de pays. Les autorités chinoises "en prennent pour leur grade".

Jugeant son expulsion de Hong Kong comme "un signe de plus que Pékin est en train de resserrer son emprise sur Hong Kong et de restreindre encore davantage les libertés déjà limitées", le directeur de HRW ajoute que cette interdiction d'entrée n'est rien à côté de la répression que subissent les activistes chinois : surveillances, contrôles, arrestations arbitraires, emprisonnements, tortures, ou disparitions forcées pour quiconque demande le respect des droits fondamentaux, à Hong Kong, comme au Xinjiang ou à Pékin.

Un "État policier tentaculaire"

Le rapport annuel de Human Rights Watch incrimine le Président chinois et le Parti communiste pour avoir créé un "État policier tentaculaire afin de contrôler totalement la société" : élimination de toute dissidence, dissolution d'organisations non-étatiques, interdiction de médias indépendants et limitation sévère de l'accès à internet. Pour l'ONG, les autorités chinoises, fortes de leur puissance économique, dissuadent les États de les critiquer. Et HRW de demander aux gouvernements qui, pour accéder aux richesses et au marché chinois, ferment les yeux sur la répression de Pékin, de changer d'attitude.

Partout dans le monde, les citoyens manifestent pour avoir le droit de vivre librement et dignement. En Chine aussi, mais le Président Xi Jinping a lancé la pire oppression qu'ait connue la Chine depuis des décennies. Les libertés, déjà limitées, se réduisent encore : à Hong Kong, bien que l'île bénéficie du statut "un pays, deux systèmes", ou au Xinjiang, où des Ouïghours et d'autres musulmans d'origine turque "sont soumis de force à un endoctrinement politique" ; 1 million de personnes ont été détenues arbitrairement.

Human Rights Watch explique que "Pékin a mis la technologie au centre de sa répression". Les autorités entrent dans la vie privée des citoyens par "l'usage d'outils comme la collecte forcée d'échantillons d'ADN, puis en analysant les mégadonnées [big data] et en ayant recours à l'intelligence artificielle pour affiner ses moyens de contrôle".

"Le but est de créer une société où la dissidence n’existe pas."

"Il y a longtemps que Pékin réduit au silence ses détracteurs sur son territoire", déclare Kenneth Roth. "Mais maintenant, le gouvernement chinois essaye d'étendre cette censure au reste du monde. Afin de protéger l'avenir de chacun, les autres gouvernements doivent agir ensemble pour résister à l'offensive de Pékin contre le système international de défense des droits humains."

Un encouragement aux autocrates

Pour HRW, la Chine use de plus en plus de sa puissance économique et diplomatique pour faire taire toute critique et pour décourager tout gouvernement de lui demander des comptes sur la répression et la situation des droits humains. L'attitude de Pékin encourage les autocrates populistes à travers le monde 

"Il est urgent de résister à cet assaut qui menace plusieurs décennies de progrès en matière des droits humains, ainsi que notre avenir."

Le contexte international est plutôt défavorable aux droits humains. Et la Chine s'appuie sur les gouvernements qui ne promeuvent plus ces droits dans le cadre de leur politique étrangère, comme par exemple celui du président américain Donald Trump. De nombreux dirigeants populistes parviennent au pouvoir après avoir diabolisé les minorités, muselé la presse, les juges et toute voix discordante.

Sur la scène internationale, la Chine intimide les États-membres de l'ONU afin d'éviter toute discussion sur les droits de l'Homme. Elle mise sur le fait que les gouvernements, les entreprises et même les institutions universitaires et culturelles ne cherchent plus le respect des droits de l'homme mais plutôt les moyens d'accéder au marché chinois, qui représente 16 % de l'économie mondiale.

L'urgence de réagir

Les critiques sont donc timides et isolées. Les pays de l'Union européenne ne parlent pas d'une seule voix contre la répression. Donald Trump s'affiche avec Xi tout en imposant des sanctions pour violations des droits humains à huit entreprises technologiques chinoises. 

Pour Human Rights Watch , "l'attaque frontale de Pékin exige une réaction sans précédent de la part de ceux qui reconnaissent que les êtres humains et leurs droits sont importants". L'ONG demande aux gouvernements de s'unir pour "faire échouer la stratégie de Pékin" et "d'offrir des alternatives attractives et respectueuses des droits à l'aide au développement et aux prêts sans conditions proposés par la Chine".

HRW suggère la rédaction et la promotion de codes de conduites pour les échanges avec la Chine, et l'ouverture d'un débat sur le Xinjiang au Conseil de sécurité de l'ONU pour que les responsables chinois "comprennent qu’ils ne pourront pas obtenir la respectabilité qu’ils désirent tant qu’ils continueront à persécuter leur population".

_"À moins de vouloir retourner vers une époque où les individus ne sont que des pions pouvant être manipulés ou jetés au gré des caprices de leurs suzerains, nous devons résister à l’assaut mené par Pékin contre nos droits", c_onclut le directeur de HRW Kenneth Roth. "Des décennies de progrès en matière de droits, ainsi que notre avenir, sont en jeu."

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