86 634 cas de Covid-19 et 4 634 décès... Ce bilan officiel n'est pas celui de l'Irlande ou de Bahrein, mais bien celui, officiel, de la Chine et de son 1,3 milliard d'habitants. Chiffres discutables, dénoncés par une enquête de CNN, mais contestés surtout par des activistes, prêts à risquer leur liberté.

Chen Kun, activiste chinois installé en France, se bat pour que son jeune frère Chen Mei, détenu en Chine pour avoir relayé des vérités sur le coronavirus, soit libéré.
Chen Kun, activiste chinois installé en France, se bat pour que son jeune frère Chen Mei, détenu en Chine pour avoir relayé des vérités sur le coronavirus, soit libéré. © DR

Le compte est-il bon ? Alors que l’épidémie semble être contenue en Chine, personne, sur place, n’est en mesure de donner de chiffres incontestables. Les autorités parlent de 86 634 cas et de 4 634 décès au total, soit un bilan proche de celui de l'Irlande qui compte… 280 fois moins d'habitants. Des enquêtes, comme celle publiée récemment par la chaîne américaine CNN, ont démontré que le régime chinois a sciemment sous-évalué les chiffres au début de la pandémie. Quitte à faire taire ceux qui tentaient de dire l’étendue de la contamination.

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Chen Kun, activiste chinois, dont le jeune frère Chen Mei, 27 ans, est actuellement incarcéré à Pékin, est de ceux-là. S'il a quitté la Chine avec femme et enfant en janvier dernier, c'est par crainte de voir l'étau sécuritaire se resserrer en ces temps de pandémie. 

FRANCE INTER : Mais ce n'est pas la seule raison qui explique votre départ de Chine... 

CHEN KUN : "C'est aussi parce que, en 2014, ma femme a soutenu le mouvement démocratique à Hong Kong, explique l'archiviste de 33 ans. J’étais un militant social à l'époque et je l'ai aidée. Le gouvernement nous a arrêtés ainsi que certains de mes collègues. J'ai été détenu secrètement – je ne connais pas l'endroit précis parce qu’on a couvert mes yeux quand j'ai été arrêté – pendant trois mois."

Votre frère, Chen Mei, est actuellement incarcéré en Chine. De quoi est-il accusé ?  

"Il a été arrêté officiellement pour avoir 'cherché querelles et provoqué des troubles'. Ce type d'accusations est utilisé contre les militants sociaux en Chine. La véritable raison, c'est qu'il a créé avec son ami Cai Wei un espace sur le web pour sauvegarder les articles censurés par le gouvernement chinois.

Ils ont utilisé la plate-forme américaine GitHub, qui n'est pas bloquée par le gouvernement chinois [elle constitue un lieu privilégié de partage pour les codeurs informatiques du monde entier, NDLR] et ainsi pu conserver et remettre à disposition environ 600 articles écrits par des journalistes ou des personnalités, dont une centaine étaient liés à la Covid-19."

Récemment, CNN a révélé que les chiffres officiels au début de l’épidémie de Covid-19 en Chine étaient faux. Est-ce que cela vous surprend ?  

"Non, j’ai vécu en Chine pendant 33 ans et, selon ma propre expérience et celle de mes amis, nous savons tous que le gouvernement chinois cache les vraies données pour couvrir la situation réelle.

On ne peut pas se fier aux chiffres fournis [par Pékin], on ne peut pas faire confiance aux médias officiels. On ne connaît pas la situation réelle.

Au début de l’épidémie, je me suis donc tourné vers les médias internationaux. Dans un article, par exemple, un expert médical à l'Université de Hong Kong expliquait qu'on dénombrait environ 40 000 cas confirmés à Wuhan. C'était le 27 janvier. Le même jour, le gouvernement chinois parlait de 2 000 à 3 000 cas. C’est un écart énorme.

Certains articles sauvegardés par mon frère venaient de journalistes officiels qui étaient entrés à Wuhan pour enquêter. Et ils ont décrit la situation réelle : le manque de matériel médical, le nombre de décès, le nombre de cas qui était beaucoup plus important que les données officielles. Des textes qui ont été supprimés très vite. Aujourd’hui, parce qu'aucun journaliste ne peut enquêter de manière indépendante sur le coronavirus, personne ne connaît la vérité."

Avez-vous des nouvelles de votre frère ?  

"Non. La dernière fois que nous avons eu des informations, c’est lorsque son procès a été renvoyé, le 21 septembre dernier. Mais selon la loi, il devrait être jugé [pour avoir "cherché querelle et provoqué des troubles", ndlr], avant Noël. On lui refuse toutes les visites, tous les messages, même les cartes postales… Il est aussi privé de livres. Ses avocats officiels expliquent à ma mère que son cas relève d'une affaire criminelle, et que tous les détails sont confidentiels".  

"En Chine, quand quelqu'un est en prison, ses amis ou les membres de sa famille qui vivent à l'étranger peuvent plus facilement se battre en donnant des interviews à des médias internationaux."
"En Chine, quand quelqu'un est en prison, ses amis ou les membres de sa famille qui vivent à l'étranger peuvent plus facilement se battre en donnant des interviews à des médias internationaux." © Radio France / DR

Après voir quitté votre pays, vous êtes allé en Indonésie. Pourquoi avez-vous choisi de venir en France ensuite ?  

"Parce que j’ai peur de retourner en Chine. Comme j’ai été arrêté il y a six ans, pour le gouvernement chinois, je suis une personne "sensible". Et aussi pour mon frère : en Chine, quand quelqu'un est en prison, ses amis ou les membres de sa famille qui vivent à l'étranger peuvent plus facilement se battre en donnant des interviews à des médias internationaux.

J’espère que la pression obligera les autorités chinoises à prendre une décision. C’est pour cela que je me bats. Mais je n’imagine pas que mon frère puisse sortir de prison demain. C'est impossible."