laurent gbagbo d'abidjan à la cpi
laurent gbagbo d'abidjan à la cpi © reuters

L’ex-chef d’État ivoirien et l’un de ses fidèles lieutenants Charles Blé Goudé sont accusés de crimes contre l’humanité. Il aura fallu près de cinq ans pour voir s’ouvrir enfin le procès de l’ancien président ivoirien.

C’est la première fois que la CPI juge un ex-chef d’État. Les précédents chefs d’État jugés (Slobodan Milosevic et Charles Taylor) l’ont été par des tribunaux spécialement créés pour l’occasion.

Après cinq mois de crise post-électorale,qui auront entraîné la mort de près de 3 000 personnes de novembre 2010 à avril 2011 , Laurent Gbagbo (qui refusait de quitter le pouvoir) était arrêté le 11 avril 2011 par les forces du président ivoirien reconnu par la communauté internationale, Alassane Ouattara, avec l’appui des forces militaires françaises et de l’ONU. Aux cotés de Laurent gbagbo, Charles Blé Goudé, l’ancien chef des "patriotes", les jeunes militants du parti de l'ancien président, devenus pour certains des miliciens accusés d'assassinats et de viols à caractère politique et ethnique.

Une enquête centrée sur quatre évènements bien précis

Les deux hommes devront répondre de quatre crimes contre l’humanité : meurtres, viols, actes inhumains et persécutions en tant que "co-auteurs" . Les enquêteurs de la CPI ont ciblé quatre évènements dramatiques qui ont fait plus de deux cent morts :

  • la répression sanglante d’une manifestation devant la radio télévision ivoirienne, et l’attaque ce même jour de l’hôtel sécurisé par l’ONU où s’était installé Ouatarra
  • le bombardement à l’obus de mortier d’un marché d’un quartier populaire
  • l’ouverture du feu contre un rassemblement de femmes
  • le déclenchement de représailles dans un autre quartier populaire (Yopougon) au lendemain de la chute de Gbagbo.

Mercredi, lors d’une conférence de presse dans les nouveaux bâtiments de la Cour pénale internationale, la procureure de la CPI Fatou Bensouda a déclaré qu’elle apportera durant les audiences (qui s’étaleront sur plusieurs mois) toutes les "preuves de la culpabilité des accusés". L’ancienne ministre de la justice gambienne veut faire éclater la vérité sur les atrocités commises en Côte d’Ivoire , mettre un terme à l’impunité quel que soit le rang des personnalités poursuivies et empêcher d’autres crimes de masse.

Elle a également assuré, dans ses déclarations liminaires, que le procès n'avait pas pour but de savoir qui a gagné ou non les élections en 2010. La procureure insiste notamment sur les enquêtes en cours dans l'autre camp en Côte d'Ivoire.

Fatou Bensouda avait dû, il y a deux ans, revoir son dossier d’accusation , certains juges de la Haye ayant estimés qu’il manquait justement de véritables preuves.Les charges ont été finalement validées en 2014. Il y était clairement mis en cause "une politique", "un plan" pour s’en prendre aux civils considérés, du fait de leur appartenance ethnique et religieuse, comme appartenant au camp Ouattara.

L'ancien président veut faire entendre "sa vérité"

La défense des deux accusés entend justement dénoncer les errements de l’accusation et contester tout d’abord l’origine des déboires de Laurent Gbagbo, l’élection présidentielle de novembre 2010, le rôle de la France en particulier mais aussi celui des États-Unis. L’avocat français de l’ex-chef d'État affirme que ce procès est une chance extraordinaire pour une réconciliation du peuple ivoirien, et que son client entend dire "sa" vérité. Emmanuel Altit parle du "président Gbagbo" , loue son courage et sa force, après avoir obtenu un report du procès l’année dernière pour raisons de santé.

Du côté des avocats de Charles Blé Goudé, on affirme défendre un "homme de paix" , qui viendra clamer son innocence.Comme prévu, les deux accusés ont plaidé non-coupable à l'ouverture du procès jeudi matin.

726 victimes ont été admises à se porter parties civiles. Leur représentante, la juriste italienne Paolina Massida, affirme que les victimes attendent juste quel’on "brise enfin le silence" qui pèse sur leurs terribles souffrances depuis plus de cinq ans, et dont certaines portent encore les stigmates physiques, au-delà des traumatismes psychologiques.

Des victimes qui ne seront pas dans la salle d’audience pour l’ouverture du procès. En revanche plusieurs centaines de personnes pro-Gbagbo devraient manifester jeudi et vendredi devant la CPI, comme ce fut le cas lors de chaque étape de la longue procédure qui a conduit à l’ouverture de ce procès.

►►► Le reportage d'Emmanuel Leclère

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