La République tchèque a fermé tôt ses frontières et imposé de strictes mesures de confinement à sa population. Résultat, à peine plus de 300 victimes du coronavirus sur plus de 10 millions d’habitants. Le pays a rouvert cinémas et terrasses mais reste fermé aux touristes étrangers.

Prague, le pont Charles au coucher du soleil
Prague, le pont Charles au coucher du soleil © Radio France / Nicolas Matthias

La République tchèque fait partie des bons élèves européens dont les mesures de confinement ont porté les fruits et permis de limiter le nombre de victimes pendant l'épidémie. Dans le pays dont les frontières sont toujours hermétiquement fermées, les Tchèques se font touristes en leur propre pays et en profitent pour redécouvrir des lieux qu’ils avaient pris l’habitude d’éviter.

Passage de la frontière tchèque en provenance d'Allemagne
Passage de la frontière tchèque en provenance d'Allemagne © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Les Tchèques retrouvent leur capitale

Depuis la fermeture des frontières de la République tchèque, mi mars, Karluv Most, le célèbre Pont Charles de Prague, qui relie le château à la place de la vieille ville, est quasiment désert… réinvesti par les Praguois à l’heure du déconfinement et ils apprécient. C’est le plus ancien pont de la ville, étape incontournable pour les touristes, symbole de Prague, mais évité par les Praguois… du moins jusqu’à ce que la fermeture des frontières ne vide le pays de ses touristes étrangers. La ville s’est elle aussi murée durant de longues semaines, mais le virus a été particulièrement bien contenu en Tchéquie et l’on déconfine : terrasses, théâtres, cinémas… Masque de rigueur bien sûr, les Praguois déambulent dans leur ville. Et, comme Katka et Jiri, ils s’en réapproprient les beautés : "Nous avons voulu profiter de l’occasion", explique Katka. "Il n’y a pas beaucoup de monde et il fait beau, alors nous sommes venus ici nous promener. En temps normal, il n’y a pas moyen d’avancer, il y a des gens partout."

Le pont Charles à Prague en pleine journée, quasi désert
Le pont Charles à Prague en pleine journée, quasi désert © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Jiri opine en souriant : "Vous deviez faire attention à ne pas bousculer quelqu’un ou à ne pas vous faire marcher sur les pieds. C’était devenu impossible d’apprécier toute la beauté qu’il y a ici, surtout quand vous n’êtes pas très grand comme moi."

Normalement, les Praguois font de grands détours pour éviter un pont où les touristes se pressaient en tel nombre que l’on ne pouvait le franchir qu’en jouant des coudes. Depuis l’assouplissement du confinement, fin avril, les amoureux viennent se prendre en photo au coucher du soleil sur fond de château. Les adolescents profitent de la fermeture des lycées pour venir immortaliser quelques poses vite postées sur Instagram. On entend de nouveau le bruit de l’eau, disent les plus anciens, on redécouvre ces statues d’ordinaire cachées par la foule, l’on flâne en famille, émerveillé de ne pas être bousculé dans toutes les langues.

"On entend de nouveau parler notre langue le tchèque" s’émerveille Filip Dvorak, claveciniste.

Un mini Schengen

Les cracheurs de feu, montreurs de singe ont disparu, plus de musiciens non plus. Bojena qui vient de Bohême du nord avec sa famille en visite dans la capitale le regrette un peu : "J’apprécie aussi quand il y a du bruit, du monde, de la musique", confesse-t-elle, "des stands qui vendent des souvenirs, ça fait partie de l’ambiance de Prague aussi".

Tout en se réjouissant de ne pas se faire marcher sur les pieds, Jiri le reconnaît : "Il faut bien dire que s’il n’y avait pas les touristes, Prague ne serait pas si bien rénovée. Il ne s’agit pas seulement de l’argent qu’ils dépensent. Il ne faut pas oublier que l’état dans lequel les communistes ont laissé la ville, c’était une honte !"

Les Tchèques en profitent car ils savent bien que c’est un plaisir éphémère. Cette parenthèse va se refermer et les touristes étrangers reviendront, bientôt vont se rouvrir les frontières avec les pays voisins qui ont eux aussi réussi à contenir la pandémie. Autriche, Allemagne, Slovaquie, Tchéquie vont recréer un "mini Schengen".

De l’importance du tourisme

Car Prague comme le reste du pays a besoin de ces visiteurs étrangers. Le confinement a fait perdre de précieuses nuitées à l’hôtellerie restauration. Les habitants ont apprécié le calme mais savent aussi que c’est le tourisme qui fait tourner la ville. Il pèse plus de 3% dans le PIB de la République tchèque et son importance ne cesse de croître.

L’office du tourisme vient de rouvrir son agence à deux pas du pont, sur la place de la vieille ville, à côté de la célèbre horloge astronomique. D’ordinaire, au moins 3000 personnes en franchissent le seuil chaque jour, surtout en ce mois de mai, beau et chaud… Et là, nous explique Barbora, la responsable, le maximum a été de… 28 : "Avec la ville, explique-t-elle, nous préparons une campagne pour offrir la gratuité dans les musées en échange d’une nuit sur place". 

Barbora, responsable de l'office du tourisme de Prague
Barbora, responsable de l'office du tourisme de Prague © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Prague va aussi miser davantage sur un tourisme local, à destination des Tchèques et des visiteurs venus de pays frontaliers. Nul ne sait quand on entendra de nouveau des foules s’interpeller en italien, chinois ou japonais sur le Pont Charles.

Au loin, depuis le pont, il est en tout cas un message que l’on aperçoit très clairement. C’est une immense banderole fixée au pied du siège du gouvernement et qui proclame en majuscules « Zvladnem Tô », « On va y arriver ».

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