Dans les films hollywoodiens, c'est ce qu'on appelle un "twist", un retournement de situation inattendu. Ce jeudi, le président américain a finalement annulé le sommet potentiellement historique avec le leader nord-coréen, dénonçant dans une lettre "la colère" et "l'hostilité" du régime de Pyongyang.

Donald Trump s'était d'abord montré enthousiasthe sur cette rencontre inédite
Donald Trump s'était d'abord montré enthousiasthe sur cette rencontre inédite © AFP / Saul Loeb

Une annonce tonitruante que Donald Trump n'a pas faite par tweet, mais dans une lettre adressée directement à son interlocuteur, publiée par la Maison-Blanche et largement partagée depuis, notamment sur les réseaux sociaux (y compris par Donald Trump lui-même : la boucle est bouclée).

Une lettre pour le moins surprenante, où le président américain détaille son refus en trois étapes distinctes... Voire quasi-contradictoires. Petite analyse de texte.

Étape un : les compliments

L'introduction de la lettre ne laisse absolument pas deviner le refus qui va la suivre. Donald Trump y loue, avec force superlatifs, l'engagement de son homologue pour la reprise du dialogue (notamment avec la Corée du Sud) : "Nous apprécions grandement votre temps, votre patience, vos efforts concernant les récentes négociations, explique le chef d'État. J'étais très impatient de pouvoir vous y rencontrer."

Il y affirme aussi clairement que cette décision est "triste", mais qu'il la prend "pour le bien des deux camps", mais "au détriment de celui du monde". Donald Trump le répète un peu plus loin : il a l'impression qu'un "dialogue merveilleux se construisait" entre lui et Kim Jong-un.

Étape deux : les menaces

La rupture de ton du passage suivant est d'autant plus brutale. À peine a-t-il écrit que le sommet de Singapour n'aura pas lieu, que Donald Trump menace très explicitement le régime nord-coréen. Face à "la gigantesque colère" et aux "hostilités ouvertes" par les récentes déclarations de Pyongyang, il rappelle qu'en termes de capacités nucléaires, "les nôtres sont si massives, si puissantes, que je prie Dieu de ne jamais avoir à les utiliser".

Des termes qui rappellent les fameux "feu et fureur" que le président américain promettait à celui qu'il surnommait "Rocket Man", encore quelques mois avant de finalement planifier cette rencontre.

Une réponse brutale à des tensions croissantes depuis quelques jours : quelques heures auparavant, la vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères estimait que "la question de savoir si les États-Unis nous rencontrent à la table des négociations ou lors d'une confrontation nucléaire dépend entièrement de la décision et du comportement des États-Unis". À menace, menace et demi.

Étape trois : les politesses

Reste qu'on peut promettre à un autre pays une guerre nucléaire et pour autant savoir rester un gentleman. Donald Trump achève ce courrier en forme de montagnes russes par des remerciements, "pour la libération des otages [trois ressortissants américains libérés au début du mois de mai], qui sont à présent dans leurs foyers, auprès de leurs familles". "Un très beau geste" que le président américain dit avoir "beaucoup apprécié".

Il laisse également au leader nord-coréen une opportunité de réconciliation, en lui proposant de l'appeler ou de lui écrire "s'il change d'avis sur la question de ce sommet particulièrement important". Pas sûr que celui-ci choisisse de la saisir. La rupture semble consommée, et la guerre des mots bel et bien relancée entre les deux pays.

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