Près de la moitié de la population mondiale est aujourd'hui censée suivre des règles de confinement. Confinement partiel, total ou nul : passage en revue des différents régimes et de leur efficacité.

La ville de Wuhan 11 million d'habitants a été la première confinée en Chine. Les courbes d'infection et de décès s'y sont inversées en un mois. Le confinement devrait y être levé le 8 avril.
La ville de Wuhan 11 million d'habitants a été la première confinée en Chine. Les courbes d'infection et de décès s'y sont inversées en un mois. Le confinement devrait y être levé le 8 avril. © Maxppp / FeatureChina

Plus de 80 pays sont dorénavant en confinement total ou partiel et quelque 3,5 milliards d'individus sont aujourd'hui cloîtrés chez eux, soit près de la moitié de la population mondiale. Mais tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Les mesures de confinement varient énormément d'un pays à l'autre, avec des résultats pour le moment contrastés sur la propagation de l'épidémie.

Le confinement des Européens

Les pays européens ont été les premiers à ordonner le confinement de la totalité de leurs populations : l'Italie à partir du 11 mars, suivie quelques jours plus tard par l'Espagne, l'Autriche et la France, puis par presque tous les autres pays de la zone européenne avec des règles similaires à celles en vigueur en France. Quelques États n'appliquent qu'un confinement partiel sur certaines villes ou portion de leur territoire (par exemple en Allemagne). Seuls la Suède et les pays baltes résistent pour le moment au confinement. 

Pour les pays ayant mis en place leurs mesures au plus tôt, l'Italie et l'Espagne, ces trois semaines de mise à l'isolement des populations auraient dû commencer à produire quelques effets sur la propagation de la maladie. Mais la courbe des décès dans ces deux pays ne semble pas encore sur le point de s'inverser. Il faut dire que les règles de confinement ne sont pas forcément les mieux respectées par leurs populations respectives. 

En Italie et en Espagne (ici à Bueu), les règles de confinement ne sont pas forcément les mieux respectées.
En Italie et en Espagne (ici à Bueu), les règles de confinement ne sont pas forcément les mieux respectées. © AFP / MIGUEL RIOPA / AFP

En Italie, plus de 835 000 infractions ont été constatées la première semaine et plus de 100 000 amendes ont été adressées aux contrevenants, tandis que l'Espagne vient d'annoncer un durcissement des règles : désormais seuls les professionnels de santé, de l'alimentaire et les forces de l'ordre auront le droit de sortir. Il n'empêche que, selon une étude statistique de l'Imperial College britannique, effectuée sur 11 pays européens courant mars, le ralentissement de la propagation du virus semble bel et bien se dessiner du fait des mesures de confinement. L'étude estime même que quelque 59 000 décès ont ainsi été évités en Europe, dont 38 000 en Italie.

L'efficacité des confinements en zone réduite

On peut également apprécier l'efficacité des mesures de confinement en regardant le résultat de leur mise en oeuvre sur des zones réduites. En Italie, Codogno, à l'épicentre de l'épidémie, a été la première ville ainsi placée sous cloche, ses 50 000 habitants astreints à un confinement quasi complet dès la mi-février. Mais après trois semaines de ce régime, le nombre des infections au Covid-19 y avait  baissé de 60%

Autre confinement drastique sur un territoire réduit : la région de Seattle aux États-Unis, l'un des premiers "clusters" de l'épidémie repéré sur le continent américain. Des mesures de confinement y ont été édictées dès le 11 mars. Trois semaines plus tard l'épidémie poursuivait bien sa progression mais beaucoup moins vite qu'ailleurs : on comptait un doublement du nombre de décès toutes les semaines à Seattle, contre tous les trois jours à New-York.

En Chine, confinement partiel mais drastique

C'est en Chine que les mesures de confinement ont été les plus précocement décidées. Les 11 millions d'habitants de Wuhan ont ainsi été placés sous confinement strict dès le 23 janvier. Quinze autres villes chinoises et en tout 165 millions de personnes ont été pareillement interdites de sortie, ce qui ne représente jamais que 12% de la population du pays. Confinement extrêmement strict (à Wuhan toute sortie était interdite, les achats de denrées comestibles se faisant par le truchement d'un responsable de quartier) mais qui semble avoir payé : depuis le 19 mars plus aucun nouveau cas de Covid-19 n'a été enregistré dans la province de Hubei, dont Wuhan est la capitale. 

Les 11 millions d'habitants de Wuhan ont été placés sous confinement strict dès le 23 janvier.
Les 11 millions d'habitants de Wuhan ont été placés sous confinement strict dès le 23 janvier. © AFP / NOEL CELIS / AFP

Une levée des mesures de confinement est d'ores et déjà d'actualité dans la province, et prévue à Wuhan pour le 8 avril. Pour autant, le confinement "made in China" n'explique probablement pas à lui seul l'inversion des courbes d'infection et de mortalité. À Wuhan, la Chine a également mis en oeuvre des mesures de repérage, de dépistage et de mise en quarantaine stricte, à l'isolement, de tout malade éventuel et de ses proches. Même le dé-confinement sera soumis à ces règles : les seuls habitants de Wuhan qui pourront se déplacer à partir du 8 avril seront ceux nantis d'un "code vert", c'est à dire ceux qui n'ont pas eu la maladie, qui n'ont jamais été suspectés de l'avoir et ne sont pas non plus des proches de personnes malades ou ayant été malades.

Les pays non-confinés : de l'efficacité manifeste à la désinvolture extrême

Ce sont ces mêmes mesures de dépistage, de tests systématiques, de recherche de tout contact des personnes infectées et de leur mise en quarantaine stricte qui semblent avoir enrayé l'épidémie dans les pays qui n'ont pris aucune mesure de confinement, notamment Singapour et surtout la Corée du Sud, pays le plus touché après la Chine en février. En un mois, Séoul avait complètement renversé la vapeur,  recherchant agressivement tout porteur potentiel du virus, testant  jusqu'à 150 000 personnes par semaine, isolant tous les porteurs du virus, notamment asymptomatiques. Résultat : en un mois, entre le 15 février et le 15 mars, le nombre de personne infectées a été divisé par 10 dans le pays.

Le renoncement au confinement de la Corée du Sud s'explique aussi par les moyens qu'elle a déployés pour faire face. Touché par le MERS (Middle East Respiratory Syndrom) en 2015, le pays s'était préparé à une pareille épidémie : les laboratoires susceptibles de produire et distribuer des kits de test avaient par exemple été multipliés, en prévision d'une pareille urgence. 

Quand de tels moyens ne sont pas disponibles, le confinement des populations reste finalement la seule mesure efficace pour enrayer les contagions, même s'il s'agit d'une "mesure du pauvre". À cet égard, le choix de certains pays d'ignorer purement et simplement tout confinement alors même qu'ils ne disposent d'aucun autre moyen pour lutter contre l'épidémie confine au déni de réalité. En Biélorussie, le président Alexandre Loukachenko assure que le virus n'est aucunement présent dans le pays, ou qu'il suffit de boire un coup de vodka pour s'en prémunir et que les rassemblements sportifs qu'il affectionne (le hockey-sur-glace) ne sauraient être limités.

La palme de l'aveuglement revient sans doute aux dirigeants du Turkménistan : dans ce pays d'Asie centrale le terme même de "coronavirus" est interdit de cité et toute référence publique à l'épidémie pareillement bannie. Le pays est pourtant frontalier de l'Iran, l'un des premiers foyers de contagion du Covid-19.

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