La revanche entre les deux poids-lourds vedettes, Anthony Joshua et Andy Ruiz, aura lieu dans un endroit surprenant et dénué de toute culture sportive : près de Riyad. L'Arabie Saoudite, sort des chèques comme d'autres envoient des uppercuts, au nom de son nouveau dada : la diplomatie sportive.

L'Arabie Saoudite s'offre de plus en plus d'événements sportifs et s'appuie sur le sport comme outil de communication pour améliorer son image.
L'Arabie Saoudite s'offre de plus en plus d'événements sportifs et s'appuie sur le sport comme outil de communication pour améliorer son image. © Getty / Picture alliance

Leur première rencontre a eu lieu dans une salle mythique de la boxe anglaise : au Madison Square Garden de New York. Le combat s'est conclu sur une défaite inattendue d'Anthony Joshua, icone de la discipline, dépossédé ce soir-là de tous ces titres mondiaux par l'américain Andy Ruiz. Depuis, le monde de la boxe ne rêve que de l'organisation de la revanche.

C'est fait. Ce sera le 7 décembre dans un lieu plus inattendu : en Arabie Saoudite. "Le combat des dunes" comme l'appelle le promoteur, est une formidable promotion pour le royaume, qui a déboursé entre 30 et 40 millions de dollars pour l'événement. 

Les pétrodollars ont eu raison de Londres ou Cardiff, qui ont été évoquées un temps pour l'organisation de la rencontre. 

S'offrir une culture sportive à tout prix 

L'Arabie Saoudite a tardé à apparaître sur la scène sportive, contrairement au Qatar, son ennemi juré dans le Golfe. Doha a acheté le PSG, payé à grands frais une chaîne sport "Beinsport", va organiser la coupe du monde de football en 2022, le Mondial d'athlétisme fin septembre… 

Les Saoudiens tentent désormais de rattraper leur retard dans le domaine sportif, habituellement consensuel, et fédérateur pour les valeurs qu'il véhicule. 

En septembre dernier, un précédent combat de boxe professionnel a été organisé à Jeddah. La ville a ensuite accueilli la Supercoupe de football d'Italie. En décembre, une course de Formula-E (l'équivalent de la formule 1 pour des bolides à moteur électrique) a été organisée dans une ville ceinturée par le désert. L'an prochain, le rallye Dakar sera délocalisé en Arabie Saoudite. 

L'Arabie Saoudite accueille désormais des courses de Formula E (moteur électrique) pour embellir l'image du royaume à travers ses investissements dans le sport.
L'Arabie Saoudite accueille désormais des courses de Formula E (moteur électrique) pour embellir l'image du royaume à travers ses investissements dans le sport. © Getty / Neville Hopwood

Ce combat des géants de la boxe fait prendre une autre dimension au virage sportif de Riyad. La portée est mondiale, l'attente sportive est haletante. Les enjeux financiers pèsent des millions de dollars (près de 100 millions de dollars selon des titres de presse américaine). 

La boxe aime l'argent, la réciproque est valable 

Le combat entre Anthony Joshua et Andy Ruiz aura lieu à Diriyah, ville dans la banlieue de Riyad où le désert semble être le maître des lieux.  Une partie de sa vieille ville est classée au patrimoine de l'UNESCO. 

Une partie de la ville de Diriyah, près de Riyad, est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Une partie de la ville de Diriyah, près de Riyad, est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. © Getty / Dominique BERBAIN

La boxe a cette habitude d'aller là où les billets verts flottent dans l'air

C'est ainsi que Las Vegas et Atlantic City sont devenues, au fil du temps, incontournables pour la tenue d'importants combats. Ces deux villes vivent des casinos et originellement n'avaient aucun lien avec la boxe. 

L'Arabie Saoudite perpétue cette tradition, à quelques "détails" près. Par exemple quel rôle (et quelle tenue) pour les "ring girls", ces femmes souvent légèrement vêtues, qui arpentent le ring quand les boxeurs profitent de la pause entre les reprises ? Impossible d'imaginer une telle scène en Arabie Saoudite devant un public majoritairement composé de riches émirs du Golfe.

Devant l'incrédulité générale face au lieu choisi, le manager d'Anthony Joshua a défendu son choix : "Nous devons comprendre qu'il existe un autre monde en dehors de Cardiff et du Madison Square Garden, et nous avons l'obligation de développer la boxe dans de nouvelles régions", a-t-il expliqué sans pour autant faire taire toutes les critique.

Amnesty International s'indigne de ce choix qui "brouille l'image de l'Arabie Saoudite". L'ONG appelle le champion anglais à s'informer de la situation des droits de l'Homme et à être prêt à en parler. 

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