La diplomatie française plaide pour le déblocage d'une ligne de crédit internationale, qui pourrait compenser les pertes financières infligées à l'Iran par les sanctions américaines. Une solution qui passe par de sérieuses concessions, à Washington comme à Téhéran.

En marge du G7 de Biarritz, fin août, le président Emmanuel Macron et ses ministres des Affaires étrangères et de l’Economie recevaient le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif.
En marge du G7 de Biarritz, fin août, le président Emmanuel Macron et ses ministres des Affaires étrangères et de l’Economie recevaient le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. © AFP / Compte Twitter de Mohammad Javad Zarif

"C’est le sujet le plus difficile du moment." À l’Élysée, on ne s’en cache pas, le dossier iranien remplit les agendas diplomatiques et demande beaucoup d’attention. Voilà longtemps que la France n’a pas joué un rôle de premier plan dans une crise internationale majeure. Elle s’efforce d’instaurer un dialogue entre deux ennemis, les États-Unis et l’Iran, la première puissance mondiale et un géant du Moyen-Orient, la zone la plus instable de la planète.

La France n’a pas de mandat. Elle s’est taillée elle-même un costume de médiatrice dans ce conflit. "On crée les paramètres d’un rapprochement", dit un diplomate.

Or, Téhéran et Washington sont aujourd’hui aux antipodes. Depuis mai 2018 et le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire de 2015, les tensions s’accroissent au fil des mois. Victime des sanctions américaines, l’Iran n’est pas encore sorti de l’accord mais a violé plusieurs de ses engagements cet été. En juin, les accrochages dans le Golfe arabo-persique (pétroliers attaqués, drone américain détruit) ont fait craindre un embrasement.

Désescalade en vue ? 

Au G7, fin août à Biarritz, Emmanuel Macron a annoncé, aux côtés de Donald Trump, qu’il travaillait à une possible rencontre entre le président américain et son homologue iranien Hassan Rohani. Une éclaircie. "On a réussi à baisser la pression", a alors déclaré Emmanuel Macron invité du 20h de France 2.

"Notre objectif c’est la désescalade, faire une pause pour négocier", dit-on à l’Élysée. Mais les conditions d’un accord ou même d’une reprise des négociations entre Téhéran et Washington sont loin d’être remplies.

À l’Iran, la France demande d’abord de respecter pleinement ses engagements de l’accord de 2015, des obligations dont les Iraniens s'affranchissent de plus en plus pour riposter à la politique menée par les États-Unis. Elle souhaite aussi des garanties sur la sécurité de navigation dans le Golfe, mise à mal par les tensions dans le détroit d'Ormuz. Et enfin un dialogue sur la stabilité régionale et sur les projets nucléaires iraniens au-delà de 2025. Cela suppose des discussions sur le programme balistique : une ligne rouge pour Téhéran.

"L’Iran veut du cash"

En échange, "l’Iran veut du cash", affirme une source diplomatique. Le pays demande 15 milliards de dollars, ce qui correspond à un tiers de ses exportations de pétrole en 2017. Trois pays sont prêts à acheter du pétrole iranien : la Chine, l’Inde et le Japon. Mais pour que Téhéran puisse vendre son brut, il faut obtenir un geste des États-Unis, des waivers, des dérogations. Washington doit renoncer à une partie de ses sanctions pour que Téhéran puisse exporter du pétrole à la Chine, à l’Inde et au Japon. Voire à d’autres pays.

C’est un dossier très technique et surtout « éminemment politique ». Chaque camp doit faire des concessions. Et des concessions importantes.

En face, une première incertitude : la position de Donald Trump. Acceptera-t-il de desserrer l'étau sur les Iraniens ?

Selon Jean-Yves Le Drian, invité mardi de l'Association de la presse diplomatique française, le président américain s’est dit prêt à atténuer sa politique de pression maximale. Par ailleurs, il n’a pas fait le moindre commentaire sur l’Iran depuis le G7. Pas même un tweet. Plutôt bon signe. Mais les efforts déployés par la France prendront du temps, reconnaissait hier le ministre français des Affaires étrangères, ajoutant :

"C'est après avoir avancé que l'on règlera les problèmes de chorégraphie."

Discussions indirectes

Les Iraniens, eux, poursuivent le dialogue. Emmanuel Macron a parlé avec son homologue iranien Hassan Rohani ce week-end. Une délégation emmenée par le vice-ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi était à Paris en début de semaine.

Mais les déclarations des responsables iraniens restent fermes, voire hostiles. En témoigne cette déclaration, hier, d'Hassan Rohani :

"Nous ne voulons pas de discussions bilatérales avec les États-Unis."

Le président iranien pourrait annoncer aujourd’hui ou demain une nouvelle réduction des engagements de son pays dans l’accord nucléaire ce vendredi 6 septembre. Si cela se confirme, dit-on à Paris, l’Iran "enverrait clairement un mauvais signal. Ce n’est pas de cette manière qu’ils auront leurs 15 milliards", conclut un diplomate.

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