Le Soudan du Sud abrite de nombreuses ethnies. Mais les deux hommes forts qui s’opposent font partie des deux principales

Attaque des soldats pro gouvernementaux à Bentiu
Attaque des soldats pro gouvernementaux à Bentiu © Reuters / Andreea Campeanu

Les deux principales ethnies sont : l’ethnie Dinka (la plus importante du pays) pour le président Salva Kiir et L’ethnie Nuer pour son adversaire Riek Machar. Les deux groupes s’affrontaient déjà lors de la guerre pour l’indépendance du pays.

Une fois les premiers coups de feu tirés le 15 décembre 2013, il n’aura fallu qu’une semaine pour entendre des témoins parler de massacres et de viols à grande échelle. Et pour qu’une équipe de l’ONU ne découvre un charnier à Bentiu, capitale régionale d’Unité, une zone pétrolifère.

Carte - Soudan du Sud, Bentiu
Carte - Soudan du Sud, Bentiu © Radio France

A peine dix jours après le début des affrontements entre les militaires fidèles au président en place, et ceux qui ont suivi Riek Machar, le Haut-commissariat de l’ONU en charge des droits de l’Homme notait des "exécutions de masse, le ciblage d’individus sur la base de leur appartenance ethnique et les détentions arbitraires ".

Des massacres ciblés

Les rapports officiels s’accumulent, et sont plus effroyables les uns que les autres. En janvier 2014, Leer, ville de naissance de Riek Machar, est rasée par les forces liées à Salva Kiir. L’hôpital tenu par Médecins Sans Frontières est incendié .

Entre le 29 janvier et le 14 février 2014, des membres de l’ONG Human Rights Watch se rendent à Malakal et Bentiu, deux capitales d'Etats pétroliers du Soudan du Sud. Destruction, incendies, pillage : ils évoquent des exactions comparables à des crimes de guerre .

Mais le pire des horreurs est encore à venir. Les 15 et 17 avril 2014, des fidèles de Riek Machar (Nuer) lancent une offensive contre Bentiu. Ils tuent 287 civils réfugiés dans une mosquée puis 19 autres dans l’hôpital de la ville. Ils prennent le contrôle de la radio locale et appellent au viol des femmes de leurs tribus rivales.

Soudan du Sud : massacres à Bentiu en avril 2014
Soudan du Sud : massacres à Bentiu en avril 2014 © Reuters

Depuis, les atrocités se poursuivent. Au début de l’année 2015, le secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des droits de l’Homme s’est rendu au Soudan du Sud. "Dans une certaine partie du pays, en août je crois, un « mois du viol » a été décrété " explique Ivan Simonovic, sans mentionner quel camp en est responsable.

Dernier rapport en date : celui de Human Rights Watch, émaillé de témoignages insoutenables

Il y a quelques jours, le 22 juillet, Human Rights Watch publie un nouveau rapport. Les atrocités décrites par les témoins sont au-delà de l’entendement . Les faits se sont déroulés entre avril (début d’une offensive de l’armée régulière pour récupérer certains territoires) et juin dernier, dans l’Etat d’Unité (là où est située la ville de Bentiu). Le titre de ce rapport de 42 pages est parlant : "Ils ont tout brûlé : destruction de villages, meurtres et violences sexuelles dans l’Etat d’Unité au Soudan du Sud " (en anglais : "They Burned it All"). L’ONG a réalisé 170 entretiens. Et recueilli des témoignages d’assassinats de femmes, d’hommes, d’enfants, de personnes âgées, de pendaisons, de meutres par balles ou de brûlés vifs. Des actes commis par les forces progouvernementales mais aussi par combattants du groupe ethnique Bul Nuer. Human Rights Watch recense des viols, parfois collectifs, des passages à tabac, des enlèvements . Des militaires gouvernementaux auraient aussi tiré sur des civils s’enfuyant, puis roulé sur eux avec des chars.

Ils ont mis le feu à sa maison et comme il essayait d’en sortir, ils l’ont tué. Ils ont aussi tué sa fille. Ils les ont tués devant la maison. A bord de leurs chars, il poursuivaient les habitants, ils tiraient sur eux, puis leur roulaient dessus pour s’assurer qu’ils étaient bien morts . J’étais avec ma voisine quand ils lui ont demandé si son bébé était une fille ou un garçon. Quand elle leur a dit que c’était un garçon, ils lui ont répondu qu’ils allaient le tuer parce que quand il grandirait, il combattrait contre eux et qu’il valait mieux le tuer avant que ça n’arrive. Et ils ont abattu le bébé par balles devant sa mère.

Ce ne sont que quelques uns des témoignages édifiants que l’on peut lire dans ce rapport de Human Rights Watch, publié le 22 juillet.

Marc van der Mullen dirige la mission de Médecins Sans Frontières au Soudan du Sud. Son récit va dans le même sens.

Les négociateurs qui tentent en ce moment d’arracher un accord de paix, ont depuis proposé de créer un tribunal indépendant , en collaboration avec l’Union africaine et l’ONU, pour juger les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et un éventuel génocide, commis depuis le début du conflit.

► ► ► Suite | Une des pires catastrophes humanitaires de la planète

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