Le projet d'accord a été présenté à la COP21
Le projet d'accord a été présenté à la COP21 © Reuters / Philippe Wojazer

La conférence mondiale sur le climat a donc accouché d'un accord jusqu'au bout incertain. Le texte est bien là, vivement défendu, dans un discours visiblement ému, par le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius.

Selon lui, l'adoption de cet accord est "un tournant historique" après deux semaines de négociations inédites, autour d'un texte à la fois "ambitieux" et "équilibré" .

► ► ► DOCUMENT | Le texte intégral du projet d'accord COP21 (PDF, version française)

"Ambitieux" notamment parce qu'il va "bien au-delà des 2°C" , le fameux seuil de réchauffement climatique à ne pas dépasser pour éviter des retombées catastrophiques. Laurent Fabius évoque même un objectif de 1,5°C maximum d'ici la fin du siècle (par rapport aux niveaux pré-industriels) : "un objectif à long terme ambitieux mais nécessaire".

"Équilibré", car ce texte est évidemment une affaire de compromis. "Il permet à chaque délégation, à chaque groupe de pays de rentrer la tête haute et avec des acquis", assure le président de la COP21. "

Il fallait passer par là aussi pour espérer convaincre 195 pays aux intérêts souvent divergents d'adopter un accord "juste, durable, dynamique" et surtout "juridiquement contraignant".

► ► ► VIDÉO | Revoir les discours de Laurent Fabius, Ban Ki-Moon et François Hollande

Le discours de Laurent Fabius à la COP21
Le discours de Laurent Fabius à la COP21 ©

Au moins 100 milliards d'euros par an du Nord pour le Sud

Le texte prévoit aussi des moyens financiers importants, notamment pour aider les pays du Sud, les plus exposés et leins armés face aux changements climatiques. Les pays du Nord s'engagent à payer 100 milliards d'euros par an pour les aider, "un plancher pour l'après 2020 , avec un nouvel objectif chiffré défini au plus tard en 2025".

Visiblement ému, Laurent Fabius avait conclu son discours sous les applaudissements nourris des négociateurs, avant de céder la parole à Ban Ki-Moon et François Hollande.

Le texte entrera en vigueur en 2020.

Entre euphorie et réserves

Cet accord, c'est à coup sûr une victoire diplomatique... Dans un contexte où la France a une place bien particulière, un mois après les attentats qui l'ont frappé et qui ont choqué le reste du monde.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a d'ailleurs rappelé ce contexte à la tribune

Quant à François Hollande, il s'est félicité de ce vote favorable : "Vous l'avez fait"

Vous avez réussi là où il y avait eu l'échec il y a six ans, alors que le scepticisme était encore à un niveau élevé ces derniers mois. Vous avez été capables de dépasser vos intérêts légitime pour trouver un accord, et pas n'importe quel accord : un accord ambitieux, un accord universel, un accord contraignant.

François Gemène, chercheur à Sciences Po, est persuadé que jusqu'au bout, rien n'était gagné. Pour lui, avec 195 pays aux intérêts divergents, il était de toute façon impossible de faire mieux qu'un accord tout en compromis.

Il répond aux questions de Sandy Dauphin

Honnêtement, je pense que la présidence française et la diplomatie française ont fait un excellent travail pour contenter tout le monde... Si l'on avait abandonné l'objectif de consensus et d'unanimité, on aurait pu faire mieux, mais on aurait perdu quelques pays en route.

Justement, cette réussite diplomatique est-elle suffisante pour espérer limiter voire inverser les effets du réchauffement climatique ? Au-delà du Bourget, tout le monde n'y croit pas et on estime parfois que ce consensus n'est pas à la hauteur de l'urgence. Dans Paris samedi, des militants écologistes manifestaient d'ailleurs pour dire leur scepticisme.

Jean-Pierre Dubois est président d'honneur de la Ligue des droits de l'Homme

Pour pouvoir le faire signer par tout le monde, on a renoncé à tout contenu qui a du sens. Messieurs Hollande et Fabius pourront dire : nous sommes la capitale du monde qui s'engage pour le climat... Mais c'est un échec.

Pour John Palé, porte-parole du mouvement citoyen Alternatiba, cet accord a pour principal objectif de rassurer... alors qu'il faudrait être particulièrement inquiet.

Il répond à Yann Gallic

Ils communiquent sur 1,5°C. Mais c'est ce qu'ils écrivent sur un bout de papier : la somme des gaz à effet de serre que l'on émet, c'est pas du tout 1,5° ! Là, on se dirige au moins vers 3 degrés, et c'est bien au-delà du seuil d'impact majeur du changement climatique...

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