Le sommet climat s'ouvre aujourd'hui à Bonn en Allemagne. Il est présidé par les îles Fidji, archipel du Pacifique sud.

Le Premier ministre des îles Fidji souhaitant la bienvenue à la réunion de préparation de la COP23
Le Premier ministre des îles Fidji souhaitant la bienvenue à la réunion de préparation de la COP23 © Radio France / Sandy Dauphin

C'est la première fois qu'un petit État insulaire préside une conférence pour le climat. L'occasion pour ces îles de rappeler leur vulnérabilité face au changement climatique et l'urgence d'agir.

Plage de sable fin, cocotiers, eau turquoise, à Fidji  le décor de carte postale commence à prendre l'eau. L'archipel aux 322 îlots est aux premières loges face au changement climatique, victime de l'érosion de ses côtes et de la montée du niveau de la mer. Contrairement à certains atolls voisins du Pacifique qui peinent à garder la tête hors de l'eau, Fidji, archipel volcanique, n'est pas menacé de disparaître sous les flots, mais certaines zones côtières vont devenir inhabitables. Les autorités ont déjà commencé à relocaliser des villages de pêcheurs plus en hauteur.

[Crédit vidéo : Thomas Robine]

À Fidji, le niveau de la mer augmente en moyenne de 6 millimètres par an. Cette montée des eaux provoque des inondations localisées. Des villages côtiers traditionnels qui font de la culture vivrière (bananes, papayes, mangues, aubergines et le tubercule local Kasawa) sont confrontés à une contamination de la terre par l'eau de mer. 

À certains endroits, la déforestation de la mangrove (qui a servi pendant des années comme bois de chauffe) aggrave le phénomène d'érosion. Parmi les autres solutions, Fidji érige des digues, "des seawalls". L'archipel manque de financement pour construire de tels ouvrages.

Comme dans le Village de Karoko (sur l'île de Vanua Levu). L'agence américaine d'aide au développement USaid a financé la construction d'une digue. Sauf qu'elle fuit.

[Crédit vidéo : Thomas Robine]

Cyclones et conséquences

L'ouverture de la COP23 coïncide avec le début de la saison des cyclones aux Fidji.  L'archipel se remet à peine d'un cyclone de catégorie 5, Winston, le plus puissant cyclone à avoir "touché terre" dans l'hémisphère sud, qui a frappé les Fidji en février 2016. Il y a eu 44 morts. Les dégâts sont estimés à plus d'un tiers du PIB.

Dans le nord de l'ile principale de Viti Levu, certains habitants vivent encore sous des tentes un an et demi après. Les villages manquent de moyens pour reconstruire des bâtiments plus solides. Exemple dans le village de Navaulo (dans la région de Raki Raki).

[Crédit vidéo : Thomas Robine]

Depuis 2014, les Fidji connaissent des cyclones de catégorie 4 ou 5.  Y a t-il un lien avec le changement climatique ?

Pour le directeur des services météorologiques fidjien Ravind Kumar, "c'est trop tôt pour l'affirmer, nous n'avons pas assez de données et de recul, mais on pense qu'à l'avenir le nombre de cyclones va diminuer et leur intensité accroître."

Ce que nous dit la science c'est que si l'atmosphère est chaude, si l'eau de mer est chaude, cela peut favoriser l'apparition d'importants cyclones. Et ces cyclones peuvent être dévastateurs, on l'a vu.

Fidji, président inédit de la COP23

Les îles Fidji ont été le premier pays à ratifier l'accord de Paris conclu lors de la COP21. Elles font partie des petits états insulaires du Pacifique qui ont poussé pour que l'objectif de 1,5°C figure dans le texte.

Ces États, Tuvalu, Kiribati, les îles Marshall défendent notamment le principe "des pertes et dommages". L'argument invoqué : ils ne sont pas responsables des dégâts qu'ils subissent puisqu'ils n'émettent que très peu de CO2, les pays riches doivent donc leur octroyer des garanties financières et des mécanismes d'assurance, afin de leur permettre de se redresser après des désastres écologiques.

Le retrait américain de Donald Trump de l'Accord de Paris est une très mauvaise nouvelle pour ces états du Pacifique sud. Les Tuvalu sont d'ailleurs très remontés contre le président américain. À Fidji, le premier ministre Franck Bainimarama est plus prudent. Pas question de se fâcher avec Washington qui par le passé a financé des programmes de développement dans l'archipel.

Et pour rappeler aux grands de ce monde que nous sommes tous dans le même bateau face au changement climatique, les Fidji ont choisi de suspendre dans le hall d'entrée de la COP23 à Bonn, un Drua, une bateau de pêche traditionnel.

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