Face à la fermeture totale des établissements d’enseignement dans 56 pays ou partielle dans 17 autres pour cause de coronavirus, comment assurer la continuité des cours ? La diffusion des usages d’internet ouvre de nombreuses voies. Mais les publics sont-ils prêts ? Exemples en Italie, en Israël, au Liban ou en Chine.

La diffusion d'outils numériques chez les professeurs, les élèves et leurs parents, lorsqu'elle existe, permet de renforcer le contact à distance. Ici, Pronote chez un lycéen libanais.
La diffusion d'outils numériques chez les professeurs, les élèves et leurs parents, lorsqu'elle existe, permet de renforcer le contact à distance. Ici, Pronote chez un lycéen libanais. © Radio France

Alors que dans 73 pays les établissements scolaires et universitaires ont été partiellement ou totalement fermés, l’enseignement se trouve face à une situation inédite : comment assurer la continuité dans l’urgence sans contact physique entre professeurs et élèves et sans possibilité de regroupements ?

Partout, deux réponses s’imposent. La première consiste à gagner du temps, en avançant les vacances de printemps. C’est le cas, notamment, en Corée du Sud, où les universités avaient repoussé leur rentrée à la semaine du 16 mars. C’est ce qui se passe aussi à Washington DC (aux États-Unis, chaque État organise à sa manière la vie scolaire), où le "spring break" a été avancé à cette semaine, et les vacances prévues en avril annulées. Reprise prévue, si tout va bien, le 1er avril… Ce qui revient à reculer pour mieux sauter.

Car nul ne sait combien de temps les lieux d’enseignement peuvent rester fermés dans les autres pays affectés par le Covid-19.

En Chine, 270 millions de jeunes des écoles, collèges et lycées suivent les cours sur internet ou via la télévision depuis le 10 février. La rentrée qui devait suivre les congés du Nouvel An lunaire n’a jamais eu lieu. Devant son ordinateur, Shuo Shuo, 7 ans, est habillé comme s’il allait à l’école. Il raconte à notre correspondante à Pékin, Dominique André :

Après l’hymne national, la maîtresse a donné un cours sur le coronavirus et le travail qui est mené pour lutter contre l’épidémie.

Devant son ordinateur, le jeune Chinois Shuo Shuo, 7 ans, est habillé comme s’il allait à l’école.
Devant son ordinateur, le jeune Chinois Shuo Shuo, 7 ans, est habillé comme s’il allait à l’école. © Radio France / Dominique André

Pour lui, avec une récréation et la gymnastique obligatoire, "c’est comme à l’école, sauf que les élèves et les enseignants ne se voient pas".

"Motiver les troupes"

Mais à l’heure où certains établissements rouvrent leurs portes en Chine, d’autres viennent de les fermer. Depuis jeudi dernier, en Italie, où près de 11 millions d'élèves et d'étudiants sont à la maison, "Sans technologie point de salut, raconte Bruce de Galzain, le correspondant de Radio France à Rome. Mes trois filles reçoivent chaque matin à 8h30 un mail dans leur propre boîte scolaire avec leur emploi du temps de la journée. Et le soir les maîtresses envoient les corrigés." Pour maintenir le contact, "trois fois par semaine, [elles] se connectent aussi avec leur maîtresse pour une récitation ou pour motiver les troupes".

Ce contact est quotidien pour Matteo, 12 ans, élève à Beyrouth, au Liban, où l’état d’urgence sanitaire a été déclaré dimanche soir. Chaque jour, il est invité par mail à suivre des cours en ligne et en groupe via Google Classroom, sur le mode de la visioconférence.

Il faut dire que ici, comme d’ailleurs dans de nombreux pays où le développement d’internet le permet, les outils connectés ont été adoptés depuis des années. Ainsi Rami, 15 ans, trouve-t-il comme d’habitude sur Pronote ses enseignements quotidiens et les devoirs correspondants. Seule différence avec son ordinaire, il doit s’astreindre travailler seul et retourner ses devoirs par mail.

Étudier reste une priorité

En Israël, où les écoles, collèges, lycées et universités, sont fermés depuis jeudi au moins jusqu'à la fin de la semaine de Pessah (la Pâque juive), le 15 avril, les élèves et étudiants ont aussi recours à l'apprentissage en ligne. Seules exceptions, les yeshivot, les écoles religieuses juives où l'on étudie les textes sacrés, qui restent ouvertes en réduisant les groupes d'études à dix personnes.

Chez ceux qui sont bloqués à la maison, il y a ceux qui ne comprennent pas. Telle Emma 5 ans, dont le Papa est francais et la maman Roumaine :

Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas école, il n’y a pas de Corona ici. Mais si c’est comme ça, je pars en vacances à Bucarest avec maman et toi tu vas à Paris parce que tu fais des bêtises !

Pour Eva, 13 ans, qui n'aime ni la foule ni sortir, c'est une aubaine : "Vous voyez je vous l'avais bien dit. C'est bien le confinement !" 

L'emploi du temps numérique d'un élève israélien, ce lundi 16 mars 2020.
L'emploi du temps numérique d'un élève israélien, ce lundi 16 mars 2020. © Radio France / Frédéric Métézeau

Même écho en Corée du Sud, où la pression de l'école se relâche. Dans ce pays, la lutte contre le Covid-19 s’est révélée aussi radicale qu’efficace : confinement rapide et total et renvoi des élèves chez eux. Et pour une élève de 8 ans, citée par le Washington Post, le constat est réjouissant : "Même avec les devoirs à distance, mon temps libre a plus que doublé."

Pour autant, le système éducatif n'entend rien lâcher sur sa tradition d’excellence. Choi Bo-na, une enseignante de 29 ans citée par le Washington Post, estime qu’étudier "reste une priorité".

Le virus ne sera pas une excuse pour avoir échoué aux examens d’entrée.

Face aux enjeux éducatifs inédits mis en lumière par la crise du Covid-19, l’Unesco s’efforce de recenser les initiatives et outils utiles. Pour l’instant, essentiellement en anglais.

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