Faut-il s'inquiéter de la nouvelle souche du coronavirus découverte en Angleterre et qui a justifié le reconfinement dans le sud de pays ? Pour le professeur Étienne Simon-Lorière, de l’Institut Pasteur, jusqu'à présent les mutations n'ont pas engendré de formes plus graves de la Covid-19.

Laboratoire de l'Institut Pasteur à Paris
Laboratoire de l'Institut Pasteur à Paris © AFP / Thomas Samson

La découverte d'une nouvelle variante du coronavirus au Royaume-Uni a poussé dimanche l'Italie, la Belgique et les Pays-Bas à suspendre leurs vols avec ce pays, faisant encore grandir l'inquiétude en Europe où plusieurs pays s'apprêtent à fêter Noël sous de sévères restrictions. La nouvelle souche est "hors de contrôle", a affirmé dimanche le ministre de la Santé britannique, Matt Hancock, justifiant un reconfinement de Londres et d'une partie de l'Angleterre. "Ce sera très difficile de la garder sous contrôle jusqu'à ce qu'un vaccin soit déployé". Que se passe-t-il donc pour ce virus SARS-COV-2 ? Faut-il s'inquiéter de cette mutation ?

En fait le virus mute en permanence et depuis son apparition, les scientifiques ont déjà compté 8 variantes principales.  Mais ce qui intrigue les chercheurs dans le cas de la Grande-Bretagne, et qui pourrait devenir une 9e variante, c'est qu'elle porte un plus grand nombre de changements génétiques que les autres. Son bagage génétique témoigne en effet d'une quinzaine de modifications. Plusieurs touchent à la fameuse Spike, la protéine-clé qui permet au virus de pénétrer dans les cellules humaines. 

Cette nouvelle souche est-elle plus contagieuse ?

Ces mutations pourraient-elle rendre le virus plus dangereux ? Sur cette question, les scientifiques se veulent pour le moment rassurants. À l'image du professeur Étienne Simon-Lorière, responsable du laboratoire Évolution génomique des virus ARN à l’Institut Pasteur. Il explique à France Inter que "jusqu'ici les mutations n'ont pas changé la dangerosité du virus. Certaines ont légèrement augmenté sa transmissibilité, mais au final c'est la même maladie, le même spectre de symptômes." 

Cette nouvelle souche serait-elle en revanche plus contagieuse comme l'affirme le gouvernement britannique ? Le nombre de personnes atteintes de cette variante a fortement augmenté ces derniers jours. Selon le Pr Peter Openshaw, immunologiste à l'Imperial College de Londres, cité par Science Media Centre, cette nouvelle souche "semble de 40% à 70% plus transmissible" mais aucune publication scientifique ne le prouve pour le moment. Le relâchement de la population ou les conditions climatiques pourraient aussi expliquer cette recrudescence de cas. 

Une menace pour la campagne de vaccination? 

"Beaucoup d'équipes travaillent déjà sur ce variant" précise Étienne Simon-Lorière, "pour comprendre dans quelle mesure cette combinaison de mutations pourrait affecter une réponse d'anticorps de personnes naturellement immunisées après avoir eu le virus ou de personnes vaccinées".  Certes les vaccins sont basés sur la réponse immunitaire à la protéine Spike, mais tente de rassurer le professeur à l'Institut Pasteur "ce n'est pas parce que deux petites régions de la protéine ont changé que le reste ne sera pas neutralisé par les anticorps."

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