RT et Xinhua plus forts que Le Monde ou Le Figaro ? Selon une étude publiée lundi par l'Oxford Internet Institute, les articles en ligne de médias contrôlés par la Chine ou la Russie, mais aussi l'Iran ou la Turquie, ont engendré pour certains plus de partages sur les réseaux sociaux que ceux des médias traditionnels.

De nombreux sites liés à la Chine ou à la Russie ont suscité plus de partages et de réactions que les grands médias français
De nombreux sites liés à la Chine ou à la Russie ont suscité plus de partages et de réactions que les grands médias français © AFP / Jaap Arriens / NurPhoto

Les fake news sont-elles des phénomènes très répandus sur les réseaux sociaux, ou relèvent-elles plutôt de l'ordre des petits remous sans grande audience ? Selon une étude publiée ce lundi par l'Oxford Internet Institute, c'est plutôt la première des deux propositions qui s'impose. 

Cet institut de recherche spécialisé dans l'information sur Internet note, dans cette étude, que les articles francophones, hispanophones ou germanophones des médias détenus ou financés par des régimes autoritaires ont souvent suscité plus d'engagement que les médias traditionnels. Pour ce faire, l'équipe de chercheurs a passé au crible les contenus consacrés au coronavirus issus des médias proches du pouvoir en Chine (CRI, Xinhua, CGTN), en Russie (Sputnik, RT) en Iran (Press TV) ou en Turquie (TRT), et ce dans trois langues, le français, l'espagnol et l'allemand.

Moins d'abonnés, mais plus d'engagement

Le résultat de l'étude est clair : "La plupart des médias soutenus par l'État chinois, iranien, russe et turc ont des réseaux de distribution plus petits que les médias traditionnels mais leur contenu en français, en allemand et en espagnol est néanmoins visible par des millions d’utilisateurs des médias sociaux à travers le monde", peut-on lire. 

Par ailleurs, quand on regarde l'engagement (c'est-à-dire les partages, "likes" ou commentaires) suscités par les articles portant sur le coronavirus, la tendance s'inverse. Pour chaque article publié, les interactions générées sont beaucoup plus nombreuses chez les médias liés à la Chine et à la Russie que dans les médias traditionnels en France. Une viralité des contenus qui peut facilement contrebalancer le nombre d'abonnés plus faible. 

Affaiblissement des démocraties et promotion des régimes autoritaires

Au service de quels sujets cette audience est-elle mise à profit ? Les chercheurs du Oxford Internet Institute ont isolé trois grands thèmes relayés par ces médias : d'une part, la déstabilisation des démocraties occidentales. RT France et RT Allemagne, ainsi, ont évoqué une manifestation silencieuse contre le Premier ministre belge, ou encore des manifestations anti-confinement en France, en Allemagne ou en Pologne. Les médias chinois, Xinhua en tête, ont aussi mis en question la crédibilité des dirigeants américains, en évoquant un "virus politique". 

D'autre part, ces mêmes médias ont mis l'accent sur la réponse apportée par les pays qui les contrôlent, en particulier les médias liés à la Chine. "Les articles en français et en espagnol de Xinhua ont mis en lumière les éloges internationaux sur les initiatives de réduction de la pauvreté parmi les solutions apportées par la Chine au coronavirus", note l'étude. Même schéma avec le média turc TRT, qui "a célébré un nouvel hôpital dévoilé par des officiels turcs et japonais à Istanbul, positionnant la ville comme 'un centre international pour les soins médicaux'". Seule la Russie est restée en retrait sur cet aspect. 

Théories du complot

Enfin, ces médias ont propagé, plus ou moins directement, des théories du complot. De nombreux articles des médias liés à la Chine "rejettent les allégations affirmant que le coronavirus est apparu en Chine", évoquant par exemple une "branche française" du virus évoquée dans une étude de l'institut Pasteur (dont nous avions démontré qu'il s'agissait d'une fausse information). La théorie d'un virus conçu dans des laboratoires américains a aussi été relayée à plusieurs reprises. 

"Les médias liés à l'Etat russe ont utilisé des procédés plus subtils", explique l'étude, donnant l'exemple de "RT en allemand, qui évoque la demande d'un politicien italien d'arrêter Bill Gates pour crime contre l'humanité. L'article moque ces allégations, disant que ce sont des "théories absurdes", mais les décrit en détail, y compris les affirmations qui disent que la fondation Bill et Melinda Gates prépare des plans pour des vaccinations forcées". 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.