Avec des records de morts quotidiens et des hôpitaux au bord de l'effondrement, le Brésil, deuxième pays le plus endeuillé au monde, affronte le moment le plus violent de la pandémie. Cette deuxième vague annoncée est encore pire que la première, selon les experts.

Un employé en tenue de protection passe devant les tombes de victimes de la Covid-19 dans un cimetière de Manaus (Brésil)
Un employé en tenue de protection passe devant les tombes de victimes de la Covid-19 dans un cimetière de Manaus (Brésil) © AFP / MICHAEL DANTAS

Plusieurs raisons à cela : le manque tout d'abord de stratégie nationale, une pénurie de vaccins et la propagation du variant amazonien.

Une année de pandémie, et le Brésil s'enfonce dans une spirale mortifère : 1910 décès pour la seule journée du mercredi 3 mars, un nouveau record de morts quotidien et toujours pas le moindre signe d'une coordination nationale pour affronter le virus. Un  mois et demi après son lancement, la campagne nationale de vaccination doit faire face aujourd’hui au manque de doses.

Selon les données officielles du ministère de la santé brésilien, 7,1 millions de personnes ont, à ce jour, reçu une première injection. Ils seraient un peu plus de 2 millions à avoir complété la double vaccination. Ce coup d’arrêt dans la campagne  plonge les 210 millions de Brésiliens dans l’inquiétude sur l’ampleur que pourrait prendre la pandémie dans les semaines à venir.

Si Brasilia affirme être en mesure de récupérer rapidement 100 millions de doses Pfizer et être sur le point de signer un contrat avec Johnson et Johnson pour 38 millions de doses, la situation reste préoccupante au regard des discours et des comportements de la population dans certains états.

Absence totale de respect des gestes barrières dans certaines régions

C'est le désespoir des gouverneurs qui frappe les esprits aujourd'hui.

À Sao Paulo, l'État vient de décréter une nouvelle "phase rouge" avec la fermeture immédiate des commerces non essentiels, mais dans d'autres régions les autorités ont du mal à faire respecter les règles.

De gigantesques beuveries continuent de se tenir à Bahia, dans le nord-est du pays, où les systèmes de santé sont sur le point de s'effondrer, y compris les hôpitaux privés, alerte Rui Costa, le gouverneur de l'État, qui n'arrive toujours pas à convaincre  sa population de porter le masque : "Malheureusement tout le monde ne martèle pas ce discours, à commencer par le président… Je suis certain aujourd'hui que le Brésil va entrer dans l'Histoire comme le pays qui aura eu la pire gestion de la maladie !"

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision Globo, Rui Costa finit par fondre en larme à l’évocation de la situation sur son territoire : "Je sors d'un entretien avec un père de famille qui vient de perdre sa fille de 16 ans, à cause du Covid." Il sanglote.

"Croyez-moi, c'est dur et je continue de recevoir des messages de gens  qui me disent : 'Et mon commerce ? Et ma boutique ?'… Mais qu'est-ce qui compte le plus ? Les 48h d'ouverture d'un magasin ou les vies humaines ?"

Des gouverneurs à bout de forces, qui sont en décalage total avec le gouvernement. Depuis Brasilia, le président Bolsonaro continue de placer sur un "pied d'égalité", dit-il "l'urgence  sanitaire et le sauvetage de l'économie". Mais sur les deux tableaux, ses  résultats sont catastrophiques : 14 millions de chômeurs supplémentaires depuis l'apparition du Covid-19, et près de 260 000 victimes du virus. Un bilan toujours considéré comme sous-évalué par de nombreux scientifiques.