Pressés de vacciner leurs populations, les pays les plus riches se sont partagés une grande partie des doses. Face à la Russie et la Chine qui n'ont pas attendu pour envoyer leurs produits, en Afrique, notamment, le G7 affirme vouloir faire son entrée dans cette solidarité internationale, devenu enjeu diplomatique.

La réunion des dirigeants du G7 s'est tenue virtuellement, vendredi, présidée par le Premier ministre britannique Boris Johnson.
La réunion des dirigeants du G7 s'est tenue virtuellement, vendredi, présidée par le Premier ministre britannique Boris Johnson. © AFP / Geoff Pugh

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a dénoncé ce lundi "le nationalisme vaccinal" : "à eux seuls, dix pays se sont partagés plus de trois-quarts des doses de vaccin contre le Covid-19 administrées à ce jour". "L'incapacité d'assurer un accès équitable aux vaccins représente une nouvelle faillite morale qui nous renvoie en arrière", a-t-il jugé devant le Conseil des droits de l'Homme dans un message vidéo préenregistré. 

À l'échelle mondiale, au moins 205,31 millions de doses de vaccins anti-Covid ont été administrées dans au moins 109 pays ou territoires, selon un comptage réalisé par l'AFP à partir de sources officielles. Un chiffre toutefois sous-estimé, la Chine et la Russie n'ayant pas communiqué de données depuis le 9 février. Mais ces doses sont très inégalement réparties dans le monde.

Des doses de vaccins très inégalement réparties

Les pays riches ont commandé d'énormes quantités de doses avant d'avoir validé l'efficacité de ces vaccins. Vu le nombre de projets qui ont abouti, ou qui vont aboutir, si aujourd'hui on manque de vaccins, demain ils vont se retrouver avec des centaines de millions de doses excédentaires à leur disposition. À ce jour, 92% des doses ont été administrées dans des pays à revenu "élevé" ou "intermédiaire de la tranche supérieure" (au sens de la Banque mondiale), qui ne concentrent qu'une grosse moitié de la population mondiale (53%). 

45% des injections ont été réalisées dans les pays du G7 (États-Unis, Canada, Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie, Japon), qui n'hébergent pourtant que 10% de la population mondiale. Parmi les 29 pays à "faible" revenu, seuls la Guinée et le Rwanda ont commencé à vacciner. Israël est, de loin, le pays le plus en avance. Près de la moitié de sa population ayant reçu au moins une injection. Un Israélien sur trois a même reçu la seconde dose, complétant ainsi le processus de vaccination.

Plusieurs milliards de contributions annoncés par les pays riches

Face à cette inégale répartition des vaccins, un projet de résolution du Royaume-Uni, remis jeudi dernier par Londres à ses 14 partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU, invite les pays riches à donner des doses aux pays à faibles revenus. "Il s'agit d'une pandémie mondiale et cela ne sert à rien qu'un pays soit en avance, nous devons avancer ensemble", a déclaré le Premier ministre britannique Boris Johnson, dont le pays assure la présidence tournante du G7. Sous son impulsion et celle du président américain Joe Biden qui se réjouit du "retour" de l'Amérique et de "l'alliance transatlantique", les dirigeants du G7 se sont donc engagés vendredi à partager une partie des vaccins et à apporter une aide financière à leur déploiement.

Ils ont notamment annoncé un doublement de leur soutien collectif à la vaccination à 7,5 milliards de dollars (6,2 milliards d'euros) notamment via le programme onusien Covax, co-piloté par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Gavi - l'Alliance mondiale du Vaccin (organisme international au partenariat public-privé) - et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Cepi). Le programme Covax s’est donné pour objectif de distribuer équitablement, cette année, 2 milliards de doses de vaccins anti-Covid à la population de près de 200 pays. Il comprend notamment un mécanisme de financement qui doit permettre à 92 économies à faible et moyen revenu d'avoir accès aux vaccins.

Le Royaume-Uni a déjà promis de redistribuer la plus grande partie de ses surplus via Covax. Les États-Unis ont annoncé qu'ils vont débloquer "très rapidement" 2 milliards de dollars, ainsi qu'une deuxième tranche du même montant progressivement en 2021 et 2022. L'Allemagne, qui a déjà contribué à hauteur de 600 millions d'euros, "met 1,5 milliard d'euros supplémentaires à disposition de Covax, de l'OMS et d'autres" pour financer "vaccins, médicaments et tests", a indiqué Olaf Scholz, actuel vice-chancelier et ministre des finances. Le président français Emmanuel Macron a quant à lui plaidé pour que l'Europe et les États-Unis livrent "le plus vite possible" 13 millions de doses de vaccins à l'Afrique, afin que le continent puisse vacciner ses 6,5 millions de soignants.

Une rivalité géopolitique avec la Chine et la Russie

"Si nous annonçons des milliards aujourd’hui pour donner des doses dans six mois, dans un an nos amis africains iront acheter des doses aux Chinois, aux Russes", a poursuivi Emmanuel Macron, lors du sommet du G7. Le vaccin est devenu l’instrument d’une rivalité entre grandes puissances. La Chine et la Russie préfèrent distribuer leurs doses dans le cadre d'accords bilatéraux avec chaque pays, plutôt que d'adhérer au "multilatéralisme" prôné par les pays du G7.

De son côté, la coopération entre pays de l'ONU a pris du retard, annonçant des milliards, sans que cela ne se concrétise encore par des livraisons de vaccins. L'Afrique ne devrait recevoir sa première livraison d’un million de doses fournis par Covax que d’ici à la fin du mois de février, alors que des centaines de millions de doses fabriquées en Chine ont déjà été livrées et que 300 millions de doses du vaccin russe Spoutnik V ont été commandées pour le mois de mai. L'Algérie, l'Egypte, le Maroc, le Sénégal, la République démocratique du Congo, le Botswana, les Seychelles, la Guinée, le Zimbabwe... Tous ces pays ont déjà reçu des livraisons de doses en provenance de la Chine ou de la Russie.

Pourquoi une telle lenteur de la solidarité internationale de la part de l'Europe et des États-Unis notamment, malgré la volonté affichée d'une distribution équitable ? En réalité, alors que le système Covax a été mis en place pour éviter que les pays riches ne monopolisent l'ensemble des doses de vaccin qui sont encore fabriquées en quantité trop réduites pour répondre à la demande mondiale, le patron de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) accuse "certains pays riches de saper" ce dispositif, en persistant à approcher directement les fabricants pour avoir accès à davantage de précieuses doses. 

"Certains pays riches sont actuellement en train d'approcher les fabricants pour s'assurer l'accès à des doses de vaccins supplémentaires, ce qui a un effet sur les contrats avec Covax, et le nombre de doses allouées à Covax a été réduit à cause de cela", a tancé le directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d'une conférence de presse commune par visioconférence avec le président allemand, Frank-Walter Steinmeier. "Avoir l'argent ne veut rien dire, si vous ne pouvez pas l'utiliser pour acheter des vaccins, a-t-il ajouté. Et nous pouvons livrer des vaccins aux pays membres de Covax seulement si les pays riches coopèrent en respectant les contrats passés par Covax", a-t-il insisté, sans préciser de quels pays il s'agit précisément. 

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