Pour la deuxième fois en quelques mois, un Boeing 737 MAX 8 s'est écrasé quelques minutes après son décollage, dimanche, avec 157 personnes à bord, toutes décédées. La sécurité de cet avion, central dans la stratégie du constructeur américain, est désormais remise en question.

Le 737 Max représente 64 % de la production totale de Boeing jusqu'en 2032. L'arrêt de sa production serait un coup dramatique pour l'avionneur américain.
Le 737 Max représente 64 % de la production totale de Boeing jusqu'en 2032. L'arrêt de sa production serait un coup dramatique pour l'avionneur américain. © AFP / BEN STANSAL

La sécurité de Boeing est fortement décriée après le crash, dimanche, d'un 737 d'Ethiopian Airlines flambant neuf, au sud d'Addis Abeba en Ethiopie. Une enquête de l'Aviation civile a été ouverte dimanche après-midi pour déterminer les conséquences de l'accident dans lequel 157 passagers et membres d'équipage ont été tués, dont 32 Kenyans, 18 Canadiens, 9 Ethiopiens, 8 Américains, 9 Français, 7 Britanniques ou encore 6 Egyptiens, et les équipes recherchent les boites noires de l'appareil dans les débris de l'appareil.

Pour l'heure, "le pilote a mentionné qu'il avait des difficultés et qu'il voulait rentrer" et "il a eu l'autorisation" de faire demi-tour et de repartir vers Addis Abeba, a indiqué le PDG d'Ethiopian Airlines, Tewolde GebreMariam, lors d'une conférence de presse à Addis Abeba. On sait en outre que les conditions météorologiques étaient bonnes dimanche matin à Addis Abeba. Et dans le paysage aérien, Ethiopian est considérée comme une compagnie sérieuse.

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Pékin ordonne le maintien à terre des Boeing 737 Max

Fin octobre, c'était déjà un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie indonésienne Lion Air qui s'était, lui, abîmé en mer de Java tuant 189 personnes.

Deux accidents qui comportent des similitudes indéniables. Suffisamment pour que la Chine ordonne le maintien à terre des Boeing 737 à compter de 18h, heure de Pékin ce lundi (10h GMT). L'exploitation du 737 MAX 8 pourra reprendre lorsque les autorités américaines et Boeing attesteront "des mesures prises pour garantir avec efficacité la sécurité des vols", ont-elles précisé. 

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La compagnie aérienne Ethiopian Airlines a de son côté annoncé lundi avoir immobilisé toute sa flotte de Boeing 737 MAX 8 jusqu'à nouvel ordre. "Même si nous ne connaissons pas encore les causes du crash, nous avons décidé d'immobiliser la flotte en question par mesure de sécurité", écrit la compagnie sur Twitter.  Ethiopian Airlines dispose d'une flotte de quatre appareils 737 MAX 8, en plus de celui qui s'est écrasé dimanche, selon le site FlightRadar24.

24 heures pour rassurer les investisseurs

Depuis l'accident de Lion Air, le 737 MAX suscitait néanmoins de nombreuses interrogations dans la communauté aéronautique alors que ce programme avait rencontré des problèmes lors de son développement. L'avionneur Boeing avait même décidé de suspendre en mai 2017 les vols tests en raison d'un problème de qualité de fabrication du moteur produit par CFM, co-entreprise de l'américain General Electric et du français Safran.

Fin janvier, 350 exemplaires du nouveau biréacteur et mono-couloir avaient été livrés, sur 5 011 commandes enregistrées par Boeing, soit un carnet de commandes équivalent à plus de sept ans de production au rythme actuel. 

Ce nouvel accident est un coup dur pour Boeing dont la famille des moyen-courriers MAX est la version remotorisée du 737, best-seller de tous les temps avec plus de 10 000 exemplaires produits. "Le MAX est un programme essentiel pour Boeing pour la prochaine décennie. Il représente 64% de la production totale du constructeur jusqu'en 2032 et il a des marges opérationnelles significatives", explique à l'AFP Michel Merluzeau, directeur de Aerospace & Defence market Analysis.

Il souligne que pour Boeing, les prochaines 24 heures seront "clés" d'un point de vue de la gestion de crise car le constructeur va devoir rassurer aussi bien les voyageurs, les compagnies que les investisseurs sur la fiabilité de son avion.

Hypothèse d'un dysfonctionnement de l'ordinateur de bord

Dimanche, Boeing s'est déclaré "profondément attristée d'apprendre la disparition des passagers et de l'équipage du vol Ethiopian Airlines 302", précisant qu'une équipe technique était mise à disposition pour aider l'enquête. Pour l'expert ayant requis l'anonymat, Boeing va sans aucun doute être sanctionné en Bourse mais il souligne qu'in fine, les dégâts seront limités pour le groupe, en duopole avec l'européen Airbus. Et l'importance de cet avion est telle pour Boeing que si des corrections techniques devaient être faites, il les fera.

À la suite de l'accident du premier 737 MAX de Lion Air le 29 octobre 2018, la communauté aéronautique s'était interrogée sur le manque d'information des compagnies et des pilotes sur son nouveau système anti-décrochage. La fédération des pilotes américains avait alors mis en lumière un problème d'informations erronées des capteurs d'incidence (AOA, Angle of Attack sensor) "qui pourraient être le système causal de l'accident de Lion Air". Un dysfonctionnement sur les AOA peut conduire l'ordinateur de bord, pensant être en décrochage, à mettre l'appareil en piqué alors qu'il faudrait au contraire le redresser.

Un tel accident peut-il se produire en France ?

Au regard du nombre de vols programmés chaque jour, le risque d'un accident demeure extrêmement faible. En France, aucune compagnie aérienne française ne vole à bord de Boeing 737-MAX8, mais plusieurs liaisons régulières se font avec ce modèle. 

Il s'agit de certains vols Paris/Reykjavik - Reykjavik/Paris proposés par Icelandair, de plusieurs liaisons Paris/Oslo - Oslo/Paris ou Paris/Stockholm - Stockholm/Paris proposées par Norwegian Air Shuttle, de certains vols Paris/Varsovie - Varsovie/Paris de Lot Polish Airlines et enfin d'une liaison Fort-de-France/Montréal - Montréal/Fort-de-France proposée par Air Canada.

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