Le colonel Yuliy Mamchur
Le colonel Yuliy Mamchur © REUTERS/Vasily Fedosenko / REUTERS/Vasily Fedosenko

Les Russes ont pris d'assaut hier la base aérienne de Belbek après l'expiration d'un ultimatum adressé aux militaires ukrainiens qui y étaient retranchés. Cette base était l'une des rares installations militaires toujours contrôlées par l'Ukraine.

Un soldat ukrainien a été blessé et le commandant de la base a été emmené pour des discussions à l'issue de cette opération menée à l'aide de véhicules blindés, d'armes automatiques et de grenades assourdissantes. Le colonel Iouliy Mamtchour, commandant de la base, a déclaré qu'il a été emmené par les Russes dans un lieu inconnu pour des discussions. Auparavant, son adjoint Oleg Podovalov avait déclaré que les forces russes avait adressé un ultimatum d'une heure aux militaires ukrainiens pour obtenir leur reddition.

Le colonel Mamtchour a déclaré à ses hommes qu'il informerait l'état-major de leur résistance. Les soldats ont applaudi et scandé "Vive l'Ukraine". Plusieurs d'entre eux se sont pris en photo devant le drapeau ukrainien, qui continuait de flotter au-dessus de la base.

La prise de contrôle de la Crimée par la Russie s'est globalement déroulée sans effusion de sang, hormis la mort d'un militaire ukrainien dans une fusillade à Simféropol. Le ministère ukrainien de la Défense a déclaré vendredi que les bases militaires de Crimée étaient toujours officiellement sous autorité ukrainienne mais que la plupart d'entre elles étaient désormais occupées par les forces russes, qui ont hissé le drapeau tricolore de leur pays.

Si elle inquiète, la stratégie de Vladimir Poutine n'est pas pour autant une surprise. Le scénario était assez prévisible déclare Alexandra Goujon, specialiste de l'Ukraine, elle enseigne a l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.

La diplomatie russe est sourde aux appels de la diplomatie internationale .La Russie a agi seule et pense être dans son bon droit.

Crimée : les derniers événements
Crimée : les derniers événements © Radio France

Les Ukrainies poussés vers l'exil ?

Au moment où les Russes de Crimée célèbrent le rattachement de la péninsule à la Russie, la plupart des Ukrainiens de souche vivent quasiment retranchés et certains d'entre eux préparent même leur départ définitif. Quelques-uns se sont réunis dans un petit café du centre historique de Simféropol, la capitale régionale, pour suivre sur internet les derniers développements de la crise et réfléchir à leur avenir. Sergueï, un entrepreneur de 64 ans qui refuse de donner son nom de famille par peur d'éventuelles représailles :

Nous sommes prêts, nos valises aussi et nous pouvons partir demain si nous le décidons. Les beaux jours en Crimée sont finis. Je vais essayer de vendre mon entreprise dans les prochains jours, pour arrêter les pertes, puis partir.

Les Ukrainiens représentent 23% de la population de Crimée, ce qui en fait le deuxième groupe ethnique de cette région de deux millions d'habitants, derrière les Russes - 58%. Beaucoup d'entre eux ont pris la direction des bords de la mer Noire après 1954, quand l'URSS de Nikita Khrouchtchev a fait don de la presqu'île à l'Ukraine.

L'histoire a refait basculer la Crimée du côté de Moscou après l'éviction, le 22 février à Kiev, du président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch et l'arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants. Vendredi, Vladimir Poutine a signé les lois parachevant le processus d'intégration de la région à la Fédération de Russie, en dépit du concert de protestations des pays occidentaux et du pouvoir central ukrainien. Le président russe a justifié cette annexion par le souci de protéger les Russes d'origine contre les "fascistes", selon son expression, arrivés au pouvoir à Kiev. Ce faisant, il a entériné un choix décidé par près de 97% des électeurs qui ont fait le déplacement dimanche dernier à l'occasion d'un référendum hautement contesté.

Désormais, certains Ukrainiens de Crimée disent se sentir menacés par les milices fidèles au Premier ministre pro-russe de la région, Sergueï Axionov, comme par leurs voisins. D'après la députée ukrainienne Galina Loutkovska, environ 900 personnes ont traversé l'isthme pour gagner d'autres régions où, selon eux, leur sécurité ne sera pas menacée :

Les garde-frontières conservent des statistiques concernant les gens qui vont vers d'autres régions. Il y a parmi eux des familles entières et des gens qui voyagent seuls.

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